Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

26. mai 2012

Mot de passe oublié

dear catastrophe

Venez vous faire enguirlander ! #2 : Noël, ça sert à rien ?

Ndlr : retrouvez pendant tout le mois de décembre les “venez vous faire enguirlander”, rubrique sous les auspices de Noël qui vous fera peut-être gagner votre place au comité de rédaction et/ou une semaine de rédaction en chef. Envoyez-vos textes les plus originaux, vos loisirs créatifs, photos, dessins en vous aidant par là et n’oubliez pas de nous envoyer tout cela à la rédaction de Ladies Room avant le 16 décembre ! Au tour de dear catastrophe de partager avec nous son évocation des fêtes de Noël !

Noël, ça sert à rien ?

J’ai toujours dit que j’aimais Noël. Noël c’est un cycle qui s’achève, un autre qui commence, c’est la lumière et la bonne bouffe au milieu de l’hiver tout sombre et tout glacial. C’est le petit Jésus entre le bœuf et l’âne - du moins dans ma famille - même si en vrai on y croit plus vraiment. Noël, c’est l’occasion rêvée de se retrouver tous ensemble pour le gueuleton de l’année, la cuite du siècle et un bordel sans nom. Ben oui, à quatorze dans une maison où il n’y a que quatre chambres, ça tourne vite au boxon.

santa.jpgNoël quand j’étais petite, c’était chez Grand-ma, avec apéro pour commencer, messe de minuit avec des adultes déjà assez bien entamés, retour dans la joie et la bonne humeur, foie gras, dinde, marrons, champagne et mousse au chocolat, dîner qui n’en finit pas et se concluait invariablement par un spectacle de danse ou autre imposé à grands cris par les gamins (mes frères et sœurs, et cousins et moi). Puis on s’endormait en vrac. ET le lendemain dépiotage de cadeaux qui tourne à la baston puis au règlement de comptes en bonne et due forme à coup de Barbie, de petites voitures et de poussette miniature « y m’a piqué ma poussette », « non mais moiii je voulaiiiiis une voituuure rouuuuge » « c’est moiiiiiii ». Le tout dans l’indifférence générale des adultes émergeants tout juste devant un café dans lequel un fer à cheval pourrait flotter, gueule de bois carabinée oblige.

Puis petit à petit les choses ont changé : Noël chez Grand-ma toujours. Mais on a grandi. On était plus des mômes hurlant, on croyait plus au père Noël. Nous aussi on avait vidé notre compte en banque pour faire un petit cadeau à tout le monde, nous aussi le 26 décembre fallait retourner bosser ou réviser parce que les exams approchent. Nous aussi on s’est mis des mines incroyables le 24 au soir. Bonne ambiance hein. Mais pas dément non plus. Le matin à 11h on émerge, les cadeaux on les échange presque vite, ma sœur part chez ses beaux-parents pour le déjeuner, alors en comptant la route, vous comprenez, un café vite fait et on file charger la bagnole.

Mais c’est Noël toujours. L’occasion de revoir ceux qui sont loin et qu’on voit trois fois par an et encore, l’occasion de raconter des histoires de quand on était petit, de radoter, de se charrier gentiment en sachant que la prochaine fois on dira la même chose mais on aura un an de plus. Moi j’ai toujours bien aimé Noël. Les préparatifs et touça touça. Et je comprenais pas les gens qui aimaient pas.

Puis j’ai compris. On a encore grandi. On était adultes maintenant. La magie de Noël c’était plus que du fake. Le Père Noël ? Haha, laissez-moi rire. Et puis on avait maintenant bien trop conscience des embrouilles, des soucis, des guéguerres familiales, des problèmes de sous, de couples, de déprime. On était trop grands pour l’ignorer, trop grand pour faire semblant.

Ce Noël là, c’était il y a deux ans. Une tablée d’adultes qui picolent en prenant l’air joyeux alors qu’ils sont moroses. Qui font semblant de trouver du plaisir à décorer le sapin, alors que le sapin, celui qui me semblait immense quand j’étais petite, ce même sapin, maintenant, ne m’arrive même pas à l’épaule. Ce Noël-là, j’ai pensé «à quoi bon faire semblant ? La magie de Noël, mon cul ouais, tout le monde connaît les coulisses ». Et c’était vrai. On avait tous ce sourire idiot collé sur le visage, ce sourire qui veut dire « on n’y croit pas du tout et on fait tous semblant parce que c’est ça Noël ». On savait même pas pourquoi faire semblant. J’ai trouvé ça glauquissime. Et je pensais que ça ne pouvait pas être pire.

Ce en quoi, je me trompais. Nouveau Noël. Un an a passé. Maintenant, il y a des bébés. Même pas un an. Le fils de mon frère, la fille de ma sœur. Ils sont mignons. Cette année-là, il y un an tout juste, on a éclaté les scores de l’engueulade familiale. Tout le monde réuni dans la joie et la bonne humeur, dans un esprit de pardon et de partage etc. Amen. Ça n’a pas tenu 12 heures. On a donc passé un Noël très très trèèèès rocknroll. Quinze jours de cris, de pleurs et de claquage de portes presqu’ininterrompus (et oui, 15 jours, la famille qui vient de loin créche à la maison). Le pire Noël de toute mon existence. Quand enfin ça a été fini, avec mes parents, on s’est regardés, on avait des cernes jusqu’au menton, le teint dégueulasse, l’air d’avoir passé un mois dans une cave. On s’est voté une bouteille de pinard et un gros fou rire qui servait à rien. On s’est juste dit « plus jamais ça ».

Alors cette année, à environ un mois des festivités annoncées, je flippe. J’avais pensé partir, toute seule, faire une colo, un job de merde, un truc qui m’éloigne un peu de cette famille qui n’en finit pas de se marcher sur les pieds. Il reste un mois, et je dois bien me rendre compte qu’en fait, je ne peux pas partir. Pas comme ça, pas aussi ouvertement pour fuir.

Et aujourd’hui, même si je flippe, je vois ma nièce et mon neveu, quasiment 2 ans. Ce ne sont plus des bébés, mais des petits enfants. Et si on fête Noël cette année, j’espère que ce n’est pas pour nous, mais pour eux. J’espère qu’on mangera comme des goinfres, qu’on boira comme des trous, et qu’on finira la soirée sur un spectacle de danse ou autre improvisé, puis que les petits s’effondreront sur le canapé vers minuit pour qu’on les porte tout ensommeillés dans leurs lits. Et que le lendemain, ils nous réveilleront, nous complètement à la masse, pour ouvrir des cadeaux en sirotant un café bien fort, un de ceux dans lesquels un fer à cheval pourrait flotter. J’espère qu’ils se taperont dessus à coups de poupée, de tracteurs en plastique et de Légo, à coups de « c’est à moi », « nonnn, aieuuuh, y m’a tapé », « vilain » « bobo-fait un bizou », le tout dans l’indifférence générale. Parce que nous autres adultes, on regardera ces petits êtres tout mignons se bagarrer avec bienveillance, en se disant, que finalement, Noël a bien un sens.

(cc) Joriel “Joz” Jimenez

Retrouvez les autres articles de cette rubrique spéciale Noël ici :

Venez vous faire enguirlander ! #1 par tevouille

 

Signaler un abus

Envoyer à un ami

Derniers commentaires

Je laisse un commentaire

NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires

Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.

Zapping

cuddle0510
cuddle0510 a posté un article. (19:13)
boenbotte
boenbotte a posté un commentaire. (18:06)
Rose H.
Rose H. a posté un commentaire. (17:26)
Rose H.
Rose H. a posté un commentaire. (17:12)
Rose H.
Rose H. a posté un commentaire. (17:08)
Previously on LR

Paulette, émancipée ?

J'en ai tellement entendu parler que je voulais voir ça par moi-même. Je parle de Paulette, bien sûr, le magazine communautaire lancé par Irène Olczak. En 2010, c'était la version web, puis plus...

Bref : un phénomène de société ?

Bref, programme court ou shortcom, est diffusée sur l’antenne de Canal + depuis septembre 2011. Ce n’est pas la première série de ce genre. Un gars une fille avait aussi eu un grand succès...

Récit de concert où glam et bière peuvent rimer

Ce jour-là, j'avais mis trois heures à me préparer pour le concert qui m'attendait et j'ai bien fait. Habituée des petits concerts de ma ville, frêle esquif aimant la bière, j'étais encore une fois parée...

Paradigme de la vie et des relations par mon chat

Parfois, je me sens proche des idées de Brigitte Bardot. Je ne parle pas de cette obsession pour la choucroute ou l’aigreur haineuse, mais plutôt de la croyance en un monde animal...

Ne pars pas

C’est sous la pluie battante que je le regarde partir, la nuit tombe doucement ce soir, timidement. Dois-je le rattraper pour lui dire ce que je ressens ou laisser faire la vie qui peut-être le ramènera à moi ? Je n’ai pas le courage...

D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère

Travaillant depuis peu dans le domaine du droit, une collègue m'a conseillé de lire le roman d'Autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère afin de mieux appréhender le monde de la jurisprudence...

Les Partenaires

Les Amies

Paperblog