Humeurs

Partir : Le retour

Il m’en aura fallu, du temps, pour pouvoir livrer mon témoignage. Ce que j’ai vécu durant ces dix jours était d’une force absolue. Certains diront que j’ai simplement vécu, d’autres que je me pose des problèmes là où il n’y a pas lieu d’être. Mais tout ce que je sais, c’est que, même si mon questionnement intérieur est encore foisonnant, mon cœur est apaisé. C’est tout ce que j’attendais de mon recul vis-à-vis de la société.

Partir : Le retourIl va sans dire que mon retour à Paris a été mené tambour battant, entre un nouveau projet très compliqué qui s’annonce dans ma boîte (une des raisons pour laquelle j’ai voulu prendre ce temps), des travaux dans mon appartement, mes répétitions d’orchestre, des retrouvailles, des départs, des instants musicaux… Une vie exigeante, mais qui apporte son lot de richesses intérieures.

Un premier bilan

Après mon premier gros projet, ce pourquoi j’ai été embauchée dans ma boîte et qui trouve son aboutissement public ces prochains jours, j’avais quelques questionnements vis-à-vis de la manière dont je vivais ma foi. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup. Car à quoi bon continuer mon métier si j’en oublie le sens ? Outre la grande fatigue intellectuelle que m’avait procurée la mise en œuvre du projet, je me suis rendue compte que je lisais la Bible de façon mécanique. Certes, à force, je commence à en connaître quelques passages par cœur, mais j’ai pris peur. Peur que tout cela devienne vide de sens.

En allant à la rencontre de mes frères, chrétiens ou non, j’ai renouvelé la force de ma foi et je me suis rassurée concernant le sens que je donnais à ma vie et à ma mission. Je me suis aussi aperçue du chemin à parcourir pour que j’accomplisse ma vocation en plénitude. Ce sont des choses qui, malheureusement, ne m’appartiennent pas. Comme je le disais à un jeune homme néerlandais, à qui je faisais état de mon questionnement concernant le statut marital en accord avec ma mission, il me répondit : « Tu peux toujours devenir protestante, être pasteur, avoir ton métier et te marier avec un mec plutôt mignon. » Vu comme ça, effectivement, cela relativise toutes mes prises de tête. En gros, il faudrait que je bouleverse mes plus grandes convictions pour accéder à mon but avoué, ce qui à l’heure actuelle n’est pas à l’ordre du jour.

Car malgré tout, même si mon rapport aux Écrits se rapproche de plus en plus de la vision réformée, ma foi est clairement définie. Mais cela ne m’empêche pas d’accueillir avec bonheur le témoignage de mes frères protestants et orthodoxes. D’ailleurs, durant les partages bibliques que j’ai reçus lors de la première semaine, personne n’avait avoué sa confession, ce qui a rendu le groupe encore plus fort. Car nous étions sur le même pied d’égalité, sans les préjugés que peuvent avoir les chrétiens entre eux. C’est pour vivre ce genre de choses que le projet que je viens de finir a du sens dans ma vie.

Enfin, ce fut l’occasion de bouleversantes rencontres. Notamment celle de ce vagabond néerlandais, qui avait tout plaqué dans sa vie il y a deux ans : sa famille, son job, sa copine. Puis il est parti sur les routes de l’Europe du Nord. Il est venu à Taizé parce qu’un pote lui en avait parlé. Il voulait se reposer deux semaines avant de reprendre la route vers le Sud. Lorsque je lui ai parlé, il m’a avoué ne pas savoir ce qu’il devait attendre de son séjour, mais qu’il souhaitait trouver la paix. Je lui ai avoué : « N’attends rien de ton séjour ici, tu serais déçu. Il est préférable que tu te reposes, et peut-être que tu auras certaines réponses à tes questions. » Au fil de la semaine, ses questions devenaient moins cinglantes. Pour finir, il nous a livré son témoignage sur ses moments de prière. Il nous a évidemment émus, car on le voyait enfin apaisé. Il a choisi de passer sa deuxième semaine en silence, comme pour digérer tout ce qu’il a vécu. Je ne sais pas ce qu’il a trouvé au cœur de lui-même, si ça se trouve, il est dégoûté de Dieu. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il a décidé de donner un sens à sa vie et de ne plus errer sans but…

Et pourtant, la vie continue…

Je n’ai toujours pas raconté mon voyage en profondeur à mes proches. Car Paris m’a reprise dans ses bras. Preuve que ce voyage n’a pas changé ma vie. Mais il fut pause salvatrice dans la vie d’une demoiselle célibataire de 27 ans. Mon patron, en bon pasteur, a quand même tenu à ce que je raconte mon voyage. Je lui ai seulement dit mon constat concernant le rapport des jeunes à la Parole (ce qui l’intéresse, après tout). Il a fallu que je revienne à mon train-train quotidien pour me faire avouer toute la richesse de mon voyage.

Mes oreilles, après les soli de frère Jean-Marie et les psalmodies des frères, se sont également remises au goût du jour : EEEEENS’BATUCADA ! Cette année, avec les petits nouveaux qui nous ont rejoints, mes mestres de batucada ont convenu d’une nouvelle pédagogie du corpo-rythme. J’avoue, après trois semaines sans répétition, cela a été compliqué de synchroniser à la fois mes mains, mes pieds et le chant rythmique. Malgré tout, quand on lâche une trentaine de lions dans l’arène, ça sonne plutôt bom. Au point de se finir notre célèbre batucada en délire tribal-techno qui m’explose le tympan (aaaaah, la faute, jouer sans ear plugs !) et me fait lâcher un saloperie ! du fond de mes tripes. Une autre vision de la transcendance.

Le marxisme-léninisme mélomane.

Après Gainsbourg et Miles Davis, j’attendais beaucoup de l’exposition annuelle de la Cité de la Musique. Après le nazisme et la musique en 2004, le musée à l’entrée du Parc de la Villette entame une nouvelle phase de l’étude de la culture sous un empire totalitaire. En tant qu’ancienne historienne ayant eu comme axe de recherche la relation entre littérature et pouvoir, cette exposition ne pouvait que me ravir. Même si on ne pouvait pas échapper à certaines thématiques éculées (propagande, chasse aux opposants, cultes de la personnalité…), il est deux choses qui m’ont marquées. Premièrement, j’ai salué la présence – même succincte – des compositeurs juifs russes, qui malgré tout sont une part non négligeable de l’intelligentsia russe. Deuxièmement, je n’aurais jamais cru que Prokoviev et Chostakovitch aient vécu si longtemps dans le XXe siècle, ni même qu’ils soient restés en Russie sous Lénine et Staline, au point de parfois collaborer avec le pouvoir. Vous m’arguerez qu’en gros, ils n’avaient pas le choix. En même temps, qu’est-ce qu’avait fait Tchaïkovsky ? Il s’est barré ! Prokoviev aussi, dans un premier temps, mais il est revenu en Russie et n’avait plus obtenu de visa du régime pour sortir après 1928. Bref, une expo encore très enrichissante sur l’URSS et sa culture autorisée.

Bref, me revoici, Ladies. Je ne suis pas devenue une sainte, je n’ai pas encore abandonné la foi au bénéfice du péché de chair, mais Dieu sait que j’avais besoin d’être rassurée sur ma vie de Giovanna, célibataire de 27 ans. Mission accomplie :)

(cc) Alessandro Pinna

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