Article sĂ©lectionnĂ© par CĂ©cile-n lors de sa semaine de rĂ©daction en chefÂ
Oublions nos listes, nos Mr. Big et autres blondes dĂ©colorĂ©es en camouflage panthère (la vie, c’est un peu une mĂ©taphore urbaine de la jungle, forcĂ©ment) et abordons un sujet un tant soit peu plus sĂ©rieux : la musique. Vous allez me dire que le titre de ce papier annonce musique ET politique et vous avez raison. Je vous remets une gommette pour un si grand don de lecture !
A vrai dire, il s’agit juste d’un prĂ©texte pour pouvoir citer un passage du bouquin d’Elise Costa, Comment je n’ai pas rencontrĂ© Britney Spears : « Il existe deux domaines susceptibles de rendre les gens fous : la politique et la musique. A partir du moment oĂą vous rĂ©vĂ©lez votre bord politique ou votre genre musical de prĂ©dilection, c’est inĂ©vitable : on pensera vous avoir cernĂ©. » Quand on y rĂ©flĂ©chit bien, il est toujours difficile de discuter musique Ă un dĂ®ner sans finir par s’arracher les cheveux parce que le post-rock ce n’est pas synonyme de shoegaze, espèce d’abruti Ă©coutant du ska. SĂ©rieusement, je n’ai toujours pas compris comment on pouvait attribuer des Ă©tiquettes correspondant Ă un soit-disant style musical. C’est comme de vouloir se contenter de dire qu’une tomate est rouge alors qu’elle est aussi verte et jaune. Vous voyez ce que je veux dire ? Non ? Well…
En fait, lors de mes nombreuses pĂ©rĂ©grinations intellectuelles et mĂ©taphysiques, j’en suis arrivĂ©e Ă la conclusion que si on ne peut pas attribuer un genre musical Ă un groupe, on ne peut de ce fait pas se limiter Ă apprĂ©cier un seul et unique style de musique. Sauf quand on a 15 ans… mais j’y reviendrai. C’est assez marrant car je me fais ce genre de rĂ©flexion Ă peu près 4 fois par semaine (et pas seulement parce que j’Ă©coute Vivaldi après De La Soul avant d’enchaĂ®ner avec les Beatles) et, rĂ©cemment, un ami a lancĂ© le dĂ©bat du « qu’est-ce qui fait qu’on aime telle ou telle musique ? ». J’ai failli lui crier « pauvre malheureux, ne parlons pas musique car nous allons finir sur le tapis Ă nous Ă©triper parce que tu qualifies les Rolling Stones de hard rock » mais je me suis retenue et j’ai pensĂ©. Très fort. Et puis, j’ai rapidement essayĂ© de verbaliser mes rĂ©flexions : la musique est une sorte de cycle infini. On passe d’un morceau Ă l’autre, d’une pĂ©riode Ă une autre, mais sans jamais vraiment renier ce que l’on Ă©coutait avant. Je m’explique…
Avant mes 14 ans (je vous avais bien dit que j’y reviendrai), j’Ă©coutais un peu n’importe quoi. J’ai eu ma pĂ©riode Henri Dès comme tout enfant qui se respecte, puis les boys band (Alliage, les 2Be3, etc.), les Spice Girls et Britney Spears (aaah… Britney et son nombril Ă l’air <3). J’Ă©tais jeune, insouciante et complètement influençable par ma grande sĹ“ur et mes copines. Bref. C’Ă©tait un peu le nĂ©ant musical.
Et puis, un jour d’hiver, derrière mon PC, j’ai Ă©coutĂ© Nirvana. C’est d’ailleurs assez drĂ´le car je n’ai pas commencĂ© avec un classique comme Smells like Teen Spirit ou Rape me, non, moi j’ai choisi Drain you (j’ai toujours Ă©tĂ© une fille très originale ; ha ha ha). Va savoir ce qui m’a fait choisir ce fantĂ´me de l’album au bĂ©bĂ© qui poursuit un dollar dans une piscine gĂ©ante. Toujours est-il que c’est lĂ qu’a commencĂ© ma pĂ©riode jeans trouĂ©s, ceinture Ă clous et converse (choix vestimentaires que je n’ai toujours pas complètement reniĂ©s, je l’avoue). J’Ă©tais rock, tu comprends. J’Ă©coutais Nirvana, Hole, les Kills et les Yeah Yeah Yeahs et je disais « fuck la vie, fuck les profs et vive les frites. »
Plus tard, six mois après avoir dĂ©couvert Kurt Cobain et ses copains, j’errais sur Internet sur des blogs qui parlaient musique. C’Ă©tait chouette et je me suis mĂŞme inscrite sur myspace et last.fm (compte effacĂ© depuis tellement mon pseudo Ă©tait ridicule). Et lĂ , j’ai dĂ©couvert la musique indie ! Quelle joie de pouvoir me dire underground parce que j’Ă©coutais Arcade Fire (j’ai mĂŞme une dĂ©mo de 2001, preuve de ma geekitude musicale s’il en est), Broken Social Scene et Interpol. C’est aussi Ă cette Ă©poque que je voyais la musique comme un concept dualiste avec d’un cĂ´tĂ© le rock et de l’autre, le cĂ´tĂ© obscur de la force, le rap. ForcĂ©ment, je n’avais jamais entendu parler d’autre chose qu’Eminem et les Destiny’s Child. Pauvre de moi…
De fil en aiguille, je me suis assagie mais sans jamais cesser d’Ă©couter de temps Ă autre mes bons vieux Libertines et autres Metallica. Je me suis mise Ă la folk et on me comparait Ă Joan Baez, ce qui avait le don de me faire sourire. Je rĂŞvais de rencontrer mon Bob Dylan, j’ai commencĂ© la guitare et les singer-songrwriters (comme on dit, hein) n’avaient plus aucun secret pour moi. J’Ă©tais un peu hippie, mais sans les poils sous les bras. Au sommet de ma folkitude, je suis mĂŞme allĂ©e voir Marissa Nadler en concert. Je sais pas si ça vous parle, mais en rĂ©sumĂ© c’est une nana en robe blanche style Ă©poque victorienne, avec de longs cheveux noirs et une guitare, chantant des balades romantique d’une voix Ă©thĂ©rĂ©e. Ouais. Encore aujourd’hui, la folk occupe une place importante dans ma bibliothèque musicale.
Parallèlement au grunge, au rock et Ă la folk, j’ai aussi toujours Ă©coutĂ© du trip hop. Tout a commencĂ© Ă peu près en mĂŞme temps que Nirvana avec Dummy de Portishead. Combien de fois j’ai pu Ă©couter Glory Box sans jamais m’en lasser ? Et puis Morcheeba, Massive Attack, Hooverphonic (mon premier concert avec des mecs de 30 ans qui fumaient du shit et m’en proposaient alors que je commençais Ă peine Ă remplir mes sous-tifs). Invariablement, j’ai continuĂ© dans ma lancĂ©e en me mettant au jazz. C’Ă©tait Ă mes dĂ©buts Ă l’universitĂ© avec des heures entières passĂ©es Ă Ă©couter Erik Truffaz, Django Reinhardt et autres Miles Davis. C’est Ă©galement Ă cette pĂ©riode que je me suis mise au hip hop, alors que quelques annĂ©es auparavant, quand on me demandait ce que j’Ă©coutais, je rĂ©pondais « de tout sauf du rap ; je dĂ©teste ça. »
Je crois que le principal souci avec le hip hop, c’est qu’il est trop facilement assimilĂ© Ă de la musique misogyne, Ă tort. Bien sĂ»r, le mainstream nous propose des mecs comme 50 Cent, Booba et autres tĂŞtes Ă claques dont je ne connais mĂŞme pas le nom, mais quand on tend une oreille Ă des artistes come A Tribe Called Quest, CunninLynguists ou Doomtree, on ne me fera pas dire que leurs textes sont dĂ©nuĂ©s d’intĂ©rĂŞt. Loin de moi l’idĂ©e de faire l’apologie du hip hop aujourd’hui, mais je trouve malheureux qu’on me rĂ©pète invariablement que c’est pourri parce que ça ne parle que de fesses : faux, faux et archi-faux !
Je n’sais pas si vous aurez compris oĂą je veux en venir ; moi-mĂŞme j’ai encore un peu de mal Ă tirer un bilan de toutes mes pĂ©rĂ©grinations musicales. Cependant, une chose est sĂ»re, je crois que notre culture et nos goĂ»ts musicaux se construisent peu Ă peu et qu’on ne cessera jamais d’Ă©couter les artistes qui nous faisaient vibrer hier. Ils font un peu partie de nos souvenirs et quand je pense Ă Nirvana, je ne peux m’empĂŞcher de penser au brun aux yeux verts de mes 14 ans. C’est comme ça et nous n’y pouvons rien.
Pour revenir Ă la question des Ă©tiquettes et du cloisonnement qu’on s’impose (je rĂŞve d’une option multi-tags dans iTunes pour le genre d’un morceau), il m’est de plus en plus difficile d’assimiler un genre Ă un artiste. Pour citer un exemple assez parlant, Chilly Gonzales, en plus d’ĂŞtre un pianiste renommĂ©, a commencĂ© dans le groupe de rock Son avant d’enregistrer ses premiers albums solos en tant que MC. Il a ensuite touchĂ© au jazz et Ă l’Ă©lectro, collaborĂ© avec autant d’artistes variĂ©s (Feist, Buck 65, Peaches, etc.) et je lui voue un culte Ă©ternel. Mais quand je dois lui attribuer un genre, je ne vois pas.
Aujourd’hui, je me rends compte que je suis peut-ĂŞtre un cas particulier mais la musique tient un rĂ´le si important dans ma vie que j’en arrive parfois Ă me dire que je n’aurai jamais assez de temps pour Ă©couter toute la musique qu’il y a sur terre. De plus, je suis toujours dans une impasse quand on me demande quel est mon groupe prĂ©fĂ©rĂ©. Je prĂ©fĂ©rerais presque qu’on me demande quel est mon label prĂ©fĂ©rĂ©, ce serait bien plus simple. Je rĂ©pondrais sĂ»rement Tru Thoughts et Ninja Tune. Le premier Ă©dite principalement des albums de trip hop, de soul et de jazz alors que le deuxième a une palette tellement variĂ©e qu’il faudrait en faire une liste.
Au final, je me retrouve avec des heures d’Ă©coutes au compteur, pas loin de 60 000 morceaux scrobblĂ©s sur last.fm en deux ans et avec plus de 20 playlits sur mon iPod. Si je devais conclure cet article, je dirais que ma plus grande peur, ce n’est pas de voir mes chaussures s’envoler en fumĂ©e dans un incendie, mais bel et bien de perdre la musique que j’ai accumulĂ©e en quelques annĂ©es. Car, je le sais, elle sera la clĂ© de l’amour, de l’amitiééééé.
(cc) Leah Tihia™
posté le 25/10/2010 | 450 vues | aucun commentaire | tags: goût rock politique Culture musique
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