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J’ai rencontré Grand Corps Malade… et ça fait tout simplement du bien.

Le Réservoir, 18h15, un jeudi soir dans la capitale parisienne qui s’enveloppe peu-à-peu de son manteau de mi-saison. Des gens attendent devant la salle de rencontrer Grand Corps Malade, l’artiste dont tout le monde se souvient désormais dès lors qu’on évoque cet art contemporain qu’est le slam en France. Entre hommages, questions indiscrètes, questions intello et rhétoriques, tout le monde en a pour son compte, mais l’artiste n’en prend jamais pour son grade, loin de là. Des paires d’yeux fixées sur une figure impressionnante, une audience transcendée par les déclamations d’un poète, cette rencontre est à marquer d’une pierre blanche.

J’ai rencontré Grand Corps Malade… et ça fait tout simplement du bien.J’étais très curieuse d’aller à cette rencontre avec Grand Corps Malade, d’abord parce que ce que j’entends de lui la plupart du temps ne me plaît que moyennement, voire pas du tout. Je me fais rabattre les oreilles par des pseudo-zicos considérant que le slam de Grand Corps Malade est un slam dénaturé, rendu accessible au grand public, au détriment d’autres slameurs apparemment beaucoup plus “doués” que lui. Admettons, je ne m’y connais probablement pas aussi bien que je le voudrais. Et pourtant, je n’y crois pas une seule seconde.

Déjà, pour moi, Grand Corps Malade, c’est plus que du slam. Parvenir à réunir autant de gens d’horizons différents autour de son travail, c’est la preuve, non pas qu’il a dénaturé son art de quelque manière que ce soit, mais plutôt qu’il arrive à en faire quelque chose d’universel. Aujourd’hui dans notre culture, on estime que la démocratisation a du mauvais, que tout ce qui est populaire est automatiquement discrédité parce que forcément orienté de manière à toucher le plus de gens possibles… Je ne suis pas contre cet avis en général.

Mais lorsque j’ai entendu ce professeur de théâtre officiant dans les lycées de ZEP, qui, tout en le remerciant, lui expliquait qu’elle faisait lire ses textes à ses élèves et que cela leur permettait de sortir et de donner le meilleur d’eux-mêmes (ou tout du moins essayer), ça n’a fait que balayer dans mon esprit l’avis des mauvaises langues. D’autant que des détracteurs, il y en aura toujours, et Philippe Destouches ne disait-il pas que “La critique est aisée, et l’art est difficile” ?

Pour couronner le tout, j’ai rencontré là quelqu’un d’excessivement humble. A la question : “Quel est ton rapport à la musique ?”, l’Homme me répond être incapable de créer la moindre mélodie, qu’il a la chance d’être entouré de très bons musiciens qui habillent ses textes, répétant que lui ne se contente que de déclamer ses textes acapella, qui sont ensuite arrangés avec la musique. Or je lui ajoute que contrairement à nombre de ses congénères, on se souvient du slam de Grand Corps Malade, justement grâce à la musicalité de sa diction, probablement aussi de sa voix… N’y trouvant rien à répondre qu’un merci gêné, je réalise alors que Grand Corps Malade n’a peut-être pas tout à fait conscience de son art ou, sans aller jusque là, ne se rend pas complètement compte de la portée de ses opus.

Grand Corps Malade sort son troisième album, 3ème temps, le 18 octobre, dont le premier morceau s’intitule Roméo kiffe Juliette. Sa version personnelle d’un classique revisité de façon chronique, avec des mots d’aujourd’hui, dans la France d’aujourd’hui. Les pieds sur terre, la tête bien vissée sur ses larges épaules, Fabien Marsaud continue de rêver, du haut de ses 1,94m, de sa banlieue dionysienne qui lui permet de ne pas flancher. Et moi avec !

4 Responses to “J’ai rencontré Grand Corps Malade… et ça fait tout simplement du bien.”

  • Halala, comme tu as eu de la chance, je suis une énoooorme fan !
    J’ai même été le voir en concert à l’Olympia.
    Ces textes sont beaux, simples, directs, drôles aussi. Et lui, dégage un truc dément, une sérénité énorme, une gentilesse gargantuesque. J’ai hâte d’écouter le nouvel album !!

  • Au moins 2 ladies dans la meme room, j’y étais aussi !

    J’ai aussi adoré sa simplicité. Il ne sait pas vraiment pourquoi il a été “choisi” comme “représentant du slam”, mais je pense que tout le monde hier soir s’est dit : il le mérite, c’est un Artiste (meme s’il n’y connait rien en musique et s’il chante faux, ce dont je doute encore un peu ^^)

  • :-) C’est drolissimo… En cherchant un peu les articles qui concernent cette fameuse rencontre, je tombe sur le tient, aussi frais et plein d’energie que ton intervention de jeudi soir. Bonne continuation à toi et peut être à bientôt.
    Kaléi (et vive le théâtre ;-)

  • @La poupée russe : Le prochain album est sorti !!!! (je l’ai pas encore écouté mais je suis déjà plus ou moins hystérique) Pour en avoir écouté quelques bribes jeudi, ça promet !

    @missyon : Ladies Room est partout, décidément. ;) Effectivement, c’est un artiste authentique, et ce qui le rend vrai, c’est que lui-même ne soit pas conscient de tout son talent.

    @kalei : Merci d’être passée par ici, j’ai vu également ton article et tes croquis (je suis presque jalouse). Vive le théâtre, sans nul doute, oui !

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