Depuis que Gabrielle a rejoint le “clan des filles à la page”, le sport féminin est l’honneur. Ce qui me donne l’occasion de vous parler de ma dernière « expérience sportive ». J’ai longtemps été la victime de mon physique de crevette : toujours la dernière à être choisie à la balle aux prisonniers ou autres jeux débiles imposés pour développer la socialisation des enfants ; on pensait souvent que je m’étais trompée de classe à la Rentrée. Mon petit gabarit m’a néanmoins permis de faire mes gammes dans les nombreuses disciplines de crevette : gym, danse, GRS… Entre vingt et trente ans, j’ai eu comme un grand passage à vide niveau sportif et j’ai décidé de pratiquer le marathon en boîte de nuit, qui me donnait (allez savoir…) de vilaines courbatures de la tête le lendemain.
Quand on est phobique sociale , on évite le plus souvent de se mettre dans des situations d’exposition ou de performance. Mais je ne pensais pas que ma volonté d’entretenir ma trentaine flamboyante me conduiraient à devenir monitrice de G**S**. Je vais rester délibérément floue sur le nom exact de cette pratique sportive, qui cartonne ces dernières années, car je ne veux nullement entrer dans les polémiques qui ont accompagné son succès, et surtout que je ne voudrais pas me faire repérer par nos hautes instances. La G**S**, c’est un sport, venu d’un « autre monde » exotique, souvent idéalisé par les Français.
A l’instar de mon premier Bifidus, la G**S** a sauvée ma life. Je veux dire ma « vie de djeun ». Parce qu’en approchant de la quarantaine, il commence à se passer de drôles de choses : tu rentres d’un mois de vacances et ta stagiaire, cette gourgandine de vingt cinq ans, qui a passé son mois d’août chez Point Soleil, te dit : « holà , mais tu as l’air fatigué ». Tu bosses à la bibliothèque universitaire et un étudiant se penche vers toi en te demandant si tu n’es pas perdue. Aïe ! Et c’est sans aborder les transformations physiques que tu constates de visu dans ta glace : des poils qui te poussent dans des endroits incongrus, un cheveu blanc qui réussi à passer entre les doigts experts de la coiffeuse, les copines qui te parlent de se faire liposucer les paupières.
Alors, tu louches sur les dépliants publicitaires des dernières salles high-tech. Les machines ont l’air à peine plus difficiles à programmer que ton presse-orange, seul appareil électrique post-soviétique que je me sois autorisée à laisser entrer dans mon appart’. Et puis, on te propose un prêt à la consommation sur 17 ans à un taux imbattable de 23,6% révisables, alors que tu n’en es qu’à la douzième mensualité de ta dernière paire de Louboutin. Pffff. Alors, une collègue te parle de la G**S** où tout le monde transpire en souriant .
Mais quelle est donc cette secte très étrange ?
Tu fouilles désespérément dans tes affaires et tu retrouves un vieux fuseau en coton sans élasthanne des années quatre-vingt, qui te sert de pyjama, conservé en vue de repeindre tout ton appartement sur le modèle de la galerie des Glaces de Versailles, projet abandonné depuis belle lurette, et un tee-shirt publicitaire oublié par un de tes ex « Je tire ou je pointe ??? ». Alors, tu te dis que tu n’as qu’à prendre ta Volvo pour te réapprovisionner chez H&M.
Et tu te rends compte que ça fait vraiment longtemps que tes jambes et tes bras n’ont pas conversé ensemble. Tu as beau ordonner à ta main gauche de toucher ton pied droit, il finit toujours dans l’œil de l’excitée d’à -côté. J’étais ravie en arrivant sur Montpellier de voir que l’association y avait pris ses marques et proposait des cours gratuits. J’ai donc commencé à m’y rendre régulièrement. La Province, c‘est surprenant : à Paris, je pouvais assister indéfiniment au même cours, en passant totalement inaperçue. À Montpellier, j’ai vite été réquisitionnée pour suivre la formation de monitrice et recevoir ainsi mon poids en Krisprolls. Ce jour-là , j’aurais mieux fait de me coincer les doigts dans une commode Ikéa !
Je suis remontée à Paris pour deux sessions de formation. Là -haut, les monitrices sont des killeuses. On fait du sport comme on mène sa vie, à fonds la caisse. Comme d’hab, je ne me suis pas sentie à la hauteur. Mais leur enthousiasme est contagieux. On créé notre programme de A à Z, on choisit nos musiques et nos mouvements. Sauf que pour moi, il n’y a rien de pire que cette absence d’encadrement. Devant une page blanche, je suis plus proche de la crise d’angoisse que de la crampe de l’écrivain. Pendant que ma collègue prenait en main son premier cours trois jours après la formation, j’ai maturé le mien pendant deux mois, repoussant sans cesse mon baptême. Pour être honnête, je me faisais pipi dessus. Ma collègue a commencé à me regarder d’un mauvais oeil. Le trac touche tout le monde, mais comment justifier qu’une PS s’est retrouvée embarquée à l’insu de son plein gré dans un tel projet.
Je me souviens plus de mon premier cours. J’étais là et puis, hop, c’était fini (le cours dure cinquante minutes). Le deuxième, j’étais assez contente de moi. Le troisième a été une cata. Et au dixième, j’ai commencé à improviser, parce que, sans mes lunettes, j’ai du mal à lire mon antisèche au sol. Finalement, je positive. Mon amoureux et ma coloc’ me soutiennent. Cette « erreur de casting » n’est-elle pas un signe qu’avec des efforts on peut venir à bout de ses démons ? Bon, on ne peut pas encore dire que mes cours cassent des briques. Je suis loin d’avoir encore la forme d’un Björn Borg. Et je pense que je suis encore loin du modèle de discipline scandinave. Assurer chaque cours me demande toujours autant d’efforts ; mais quand j’en sors, je suis heureuse d’avoir été jusqu’au bout, et faire partager mon enthousiasme.
(cc)Â I like
posté le 13/10/2010 | 931 vues | 4 commentaires | tags: anciété hobby PS activité féminin Suède sport
Héhé, la chimie est parfois d’une imparrable efficacité. Mais je suis loin de planer ! Je conserve une mauvaise foi naturelle ancrée dans mes gènes, qui me permet de me plaindre à tout crin, surtout pour des détails !
Tiens, ce soir, je donne un cours, eh bien, je peux t’assurer que je vais avoir un coup de barre juste avant d’y aller, histoire de ne pas me trouver à la hauteur. l’optimisme c’est aussi une question d’entrainement ;)
chapeau vraiment!
je comprends que tu ai stressé au début, mais ça doit être hyper galvanisant de construire ses séances et surtout d’être suivie par les élèves bien appliquées :)
C’est vrai que je prends plaisir à cette satisfaction d’avoir bien fait transpirer les autres. Un programme dure 6 mois environ, je vais devoir en préparer un deuxième bientôt, et cette petite première expérience accumulée, c’est comme une douceur.
J’espère encore évoluer et m’améliorer et merci pour vos encouragements.
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