Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

26. mai 2012

Mot de passe oublié

Baby Haussmann

Le Bal des Pompiers, de l’art de l’idéalisation naïve de l’issue potentielle d’une soirée d’été

19h30. Je rentre chez moi. Un peu lasse, j’envisage pendant une seconde de vous laisser tomber, ou plus exactement de me laisser tomber dans mon canapé. Le choix est cornélien : bain/petite robe en liberty/escarpins d’un côté, glace/pyjama/Ally McBeal de l’autre. Mais je ne peux me résoudre à vous abandonner. Dans un élan de patriotisme retentissant, je me relève, redresse le menton, les chœurs de l’ouverture de Carmina Burana résonnent dans ma poitrine, et je jure devant Dieu s’il existe de respecter mon serment : O Fortuna ! Velut luna statu variabilis !

bal-des-pompiers.jpgCe soir, j’irai au Bal des Pompiers ou qu’on me pende sur la place publique ! Ouais fin pas demain parce que j’ai piscine. Puis faut dire que la pendaison c’est pas trop mon truc… Sinon on a qu’à dire que je renonce aux escarpins que j’ai vus chez San Marina avant-hier ? Ça vaut, non ?

20h45. Je suis presque prête. Perchée sur mes compensées de 10 cm, presque à l’aise engoncée dans ma robe à fleurs, choucroutée comme un dimanche de mariage, j’ai le sens du détail : pas de bijoux trop lourds mais une fleur dans mes cheveux, et un trench bleu, raisonnablement classe pour ne pas avoir l’air d’une pute, mais suffisamment court pour donner en pâture aux mâles éveillés l’illusion d’une chaste nudité mal dissimulée. Sinon, j’ai la dalle, et malgré mon accoutrement de « Barbie va au Bal des Pompiers », je me finis au gouda devant le Petit Journal de la Semaine, en ne manquant de me dire que, quand même, ce Yann Barthès, j’en ferai bien mon quatre heures (Notez bien qu’à cet instant précis, dans l’esprit de la Vieille Meuf, l’euphorie suscitée par cette première expérience déclenche une libération de dopamine inhibant tout sens des réalités. Ainsi, pendant un court instant, son esprit peut s’égarer en des conjectures moins pragmatiques les unes que les autres : l’idée que Y.B. veuille bien d’elle, ou qu’elle est susceptible de rencontrer un pompier-polytechnicien-riche-drôle-et-charmant, par exemple).

21h15. Je dois partir. Le rendez-vous est fixé à 21h30 Place Saint Germain, un nom qui suffirait presque à combler cette mièvrerie maladive qui me conduit inexorablement à m’embarquer dans des expériences plus foireuses les unes que les autres. Mais ma candeur naturelle me pousse à relever un dernier défi : je vais y aller à vélo. J’arriverai en gracieuse Amazone sur mon B-Tween les cheveux au vent, et c’est là que Brian (le pompier-polytechnicien-riche-drôle-et-charmant, ndlr) me remarquera. Il me tendra la main et, sans dire un mot, me fera danser jusqu’aux aurores sous les lampions suspendus aux grands chênes de la minuscule place pavée. Nous nous quitterons au petit matin sur le Quai Lamartine, béats comme des enfants un matin de Noël, et… et il faut vraiment que j’arrête la dopamine, ou alors c’est le gouda, je sais pas…

21h30. Note pour plus tard : si vous êtes victime d’une overdose de dopamine, essayez de rouler à vélo avec des talons et une robe courte en gardant un minimum de dignité : ça calme. J’arrive tant bien que mal aux alentours de la Place Saint Germain, où j’entends déjà résonner le larsen agressif mais presque charmant de l’orchestre. Alors que je traverse le pont qui rejoint les quais à notre point de rendez-vous, je fonce malencontreusement dans un Jean-Jacky en phase terminale, glisse de mon vélo, me broie la cuisse gauche en rebondissant sur ma selle, le tout devant les yeux ébahis de ma copine C., qui se trouvait justement là par hasard. J’ai envie de dire « Ca commence bien ».

21h45. C. et moi attendons trois autres amies, l’occasion pour nous de nous adonner à notre activité favorite : l’observation « critique mais objective » de cette scène populaire qui se joue devant nos yeux (« Rôôô, mais t’as vu celle-là les jambons qu’elle se paye, faut dire la lumière des lampions ça met en valeur sa cellulite »). Un premier constat nous saute aux yeux, que dis-je, nous brûle les rétines : pas un pompier à l’horizon. On nous aurait menti ? Pas de panique, une Vieille Meuf se doit d’être optimiste : ils vont arriver. Ils vont arriver, hein ? Au loin, je distingue une silhouette qui semble s’avancer vers nous… Brian serait-il en avance ? Ah, non, c’est juste Paulo le Clodo qui venait me demander du feu. L’histoire révèlera que c’est le seul homme qui m’aura approché frontalement au cours de la soirée (enfin si on oublie le gars dans la queue des toilettes du bar. Mais quand il a dit « Secoue la bien, hein ! » au charmant monsieur devant moi, j’ai renoncé).

22h45. L’équipe des pionnières est au presque grand complet. Toujours pas de pompier à l’horizon, c’est le moment ou jamais de trinquer en terrasse à la joie de ne pas être seule dans cette soirée qui, il faut bien le dire, s’annonce assez catastrophique. Nous en profitons pour élaborer des plans pour attirer les soldats du feu jusqu’à nous : faire semblant de s’évanouir, simuler une entorse, danser un tango un peu trop endiablé avec un papy cardiaque, obliger Paulo le Claudo à s’enfermer dans les toilettes et à simuler un coma éthylique…

23h00. C. ramène une gigantesque barbe à papa, c’est le moment ou jamais de noyer notre chagrin dans le sucre.

23h15. C. a une théorie selon laquelle les trois gars assis à la table attenante à la nôtre sont des pompiers. Elle explique : « Ces trois là ont la petite trentaine mais n’ont pas la bedaine, et ils se ressemblent. Et les pompiers, ils aiment bien être copains de plein de trucs : copains de vêtements, copains d’abdos, copains de sport ». « Et copains de calvitie précoce ? », j’ajoute, un tantinet sarcastique. « Ouais, et copains d’adultère aussi. Sont pas fidèles les pompiers ». Si on buvait un autre coup ?

23h45. Je ne résiste pas à l’appel de cette reprise massacrée de Tombé pour la France d’Etienne Daho. J’embarque mes 3 copines survivantes sur le dancefloor (L. est déjà partie, désabusée). C’est la je crois que la dimension cataclysmique de la soirée m’a frappé : entre les Kevins qui fument des joints et les Jean-Francis dégueus en short et marcel, nos cœurs ne balancent pas. Ce bal est un désastre, un no man’s land, enfin un no jeunes cadres dynamiques’ land, la bière n’est pas bonne, la musique approximative, et Paulo le Claudo revient à la charge. Il est temps de partir.

00h15. Je quitte mes amies sur le Quai Lamartine, celui-là même où Brian aurait dû m’emmener, en m’excusant platement des les avoir embarquées dans cette expérience peu concluante. Nous tombons quand même d’accord sur un point : on s’est vraiment bien marrées, et avec ou sans Jean-Francis à nos bras, les Vieilles Meufs restent une communauté soudée de nanas suffisamment intelligentes et drôles pour se souvenir de ce Bal des Pompiers 2010 comme d’une soirée entre copines réussie…

Alea jacta est, vade retro Jeanus-Franciscum, exterminarum Cynthiam. OBHA, pour vous servir.

(cc) Gabriela Camerotti

 

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Pour le bal des pompiers il faut vraiment bien choisir l’endroit. Une année j’ai été à la caserne non loin de l’hopital cochin, une cata, trop de monde, pleins de kékés…Le meilleur pour moi est là ou se trouve l’état major des pompiers de Paris, il y’en a bcp tous comme des légionnaires c’est la caserne porte de champerret. J’y ai été en 2006, je me suis éclatée, Bon à quel prix après pour ma conscience, je l’admet mais il y avait des beaux males partout et plus de pompiers et militaires que de kékés venant chercher les fifilles en chaleur. La caserne ds le 1er arrondissement (rue du jour si mes souvenirs son bons) non loin des halles est pas mal non plus, il y’a pas énormément de monde et il y’a bcp de militaires et de pompiers.


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