Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

26. mai 2012

Mot de passe oublié

Cecile-n

Il y a 50 ans, on avait le droit d’avoir des secrets. On pouvait disparaître, ne pas être disponible, rester silencieux, ne pas répondre au téléphone ou faire une pause sans personne pour faire intrusion dans notre tranquillité. Pas de répondeur, pas de mobile, pas de mails urgents, pas de « t’es où », pas de vibreur dans la poche, pas de sonnerie intempestive au beau milieu du supermarché, pas d’appel urgent au restaurant. On était libre.

mieux-avant.jpgAujourd’hui, on est censé être joignable tout le temps, disponible partout, réactif en permanence. Où qu’on soit, quoi qu’on fasse, on se doit d’avoir lu ses mails, écouté ses messages, entendu la dernière info buzz, vu la dernière vidéo lol, lu le dernier article choc. Pas le droit à l’exil ou au repos. Pas le droit d’être off pour quelques heures. Même les vacances n’en sont plus vraiment. Parce qu’entre le portable, le wifi et les cybercafés, tout le monde sait qu’en cas d’urgence, vous êtes joignable et disponible. Et le concept d’urgence a considérablement évolué en même temps que la technologie. Tout est urgent. Tout est prétexte à vous déranger pendant que vous tentez d’oublier votre vie à l’autre bout du monde. Maintenant le bureau, c’est partout, tout le temps. A chaque invention, le rythme du monde s’accélère un peu plus. On ne peut plus prendre son temps.

Moi je veux avoir le droit de n’exister pour personne. Je ne veux pas avoir à me justifier de la moindre absence, du moindre silence sous prétexte « qu’un portable, ça sert à être joignable tout le temps ». Ben non, ça sert à être joignable si on veut. Je veux avoir le droit de ne pas être connectée, de ne pas être disponible, de ne pas avoir envie de répondre. Je veux pouvoir faire des choses en cachette, disparaître, sans que personne ne le sache. Je veux pouvoir oublier et me faire oublier quand le besoin s’en fait sentir.

Mais le monde se rappelle inexorablement à notre bon souvenir. La technologie n’en finit pas d’inventer de nouveaux moyens de nous suivre à la trace, de rendre impossible toute extraction de la réalité. Et chaque invention fait évoluer les rapports sociaux. Il y a eu le téléphone sans fil, qui a permis de faire « des choses » tout en téléphonant. La présentation du numéro et avec elle, l’invention du filtrage. Le double-appel grâce auquel, même quand vous êtes déjà en ligne, vous devez répondre au téléphone. Le kit mains libres, pour être en mesure de téléphoner absolument en toute circonstance.

Et puis l’Internet mobile, grâce à qui vous devez non seulement être joignable partout, mais aussi être en mesure d’accéder à vos emails en permanence, de répondre à n’importe quelle demande dans la minute tout en partageant les détails de votre vie avec vos amis. Depuis peu, il y a même le service de localisation de Facebook grâce auquel on sait précisément et en temps réel où vous êtes, avec qui et ce que vous faites, petite carte à l’appui.

Du coup, je sais désormais malgré moi que Denise est au pub Saint-Luc avec Anatole, que Carine est au Monoprix et qu’Ali vient de garer sa voiture. Cette façon de livrer sa vie en pâture me fascine. Les gens se transforment volontairement en bons petits soldats équipés de bracelets électroniques. Les gens ont peur de Google/Big Brother, mais ça ne les empêche pas de donner à Facebook le détail de leur emploi du temps. Dont tout le monde se fout, au demeurant.

C’est comme si chaque progrès technologique nous enlevait un peu plus d’indépendance mais qu’on en redemandait. Comme si on aimait s’exposer, se donner, s’oublier, s’enchaîner, se livrer. On est heureux et fier de payer pour acquérir la dernière invention qui nous permettra de perdre un peu plus de liberté.

(cc) Olivander

 

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Je suis Ă©galement d’accord!


 

Pas tout Ă  fait d’accord.

Vous Ă©crivez “on se doit (de lire ses mails, de rĂ©pondre au tel, etc)”, mais enfin, ON LE DOIT A QUI ? Cette dictature, c’est vous qui la crĂ©ez en restant joignable et en rĂ©pondant Ă  tout. Personne ne peut vous imposer d’ĂŞtre disponible tout le temps, et c’est si simple d’ĂŞtre dĂ©connectĂ©e, car enfin il y a une touche off sur tous ces appareils ! (au pire, on dĂ©branche le fil).

Je le fais depuis toujours, dĂ©jĂ  Ă  l’Ă©poque des tĂ©lĂ©phones fixes je ne rĂ©pondais que si j’en avais envie (les rĂ©pondeurs, c’est pas fait pour les chiens). Les gens autour de moi se sont très bien habituĂ©s, ils savent que s’ils m’envoient un mail ou un SMS je ne rĂ©pondrais peut-ĂŞtre que dans 1 heure, ou 3 jours plus tard. Ou pas.

Et je peux vous assurer que je mène une guerre d’usure Ă  mon mari et Ă  mes enfants pour que les portables soient Ă©teints quand on passe Ă  table … Alors oui, je suis une casse-pieds, mais une casse-pieds tranquille.


 

@La rouennaise : tout dĂ©pend malheureusement de la façon dont on gagne sa vie! CotĂ© perso, effectivement, c’est très simple de filtrer les appels et d’Ă©teindre. Mais si je dĂ©cide d’Ă©teindre mon tĂ©lĂ©phone ou de mettre tous mes appareils en off, mes clients auront vite fait de faire appel Ă  quelqu’un d’autre, plus disponible et rĂ©actif. Ce n’est donc pas si simple d’ĂŞtre dĂ©connectĂ©e…


 

Il y a plusieurs choses dans votre article.

Je ne nie pas les contraintes liĂ©es aux obligations professionnelles, mais c’est Ă  vous de dĂ©cider si vous avez vraiment Ă  ĂŞtre joignable par vos collègues ou clients le soir après 20h ou les dimanches et jours fĂ©riĂ©s. Personnellement, j’ai dĂ©cidĂ© un jour que non (après la naissance de mon 2e enfant, en fait), et je vous assure que mes relations professionnelles ont pris le pli de ne m’appeler qu’Ă  des heures raisonnables. D’autant que disposant d’un tĂ©lĂ©phone professionnel et d’un autre rĂ©servĂ© Ă  l’usage privĂ© (idem pour les mails), mes deux “vies” ne se mĂ©langent pas, ou très peu.

Quand aux messages de vos amis qui racontent leur vie dans les moindres dĂ©tails, ça ne devrait pas ĂŞtre trop difficile Ă  filtrer …


 

Je rejoins complĂ©tement “La rouennaise”: il ne tient qu’Ă  toi de te dĂ©connecter, de te unplugger…

Pour le cĂ´tĂ© professionnel, on accepte bien en France que du 01 au 31 aoĂ»t tout le monde est parti et qu’on ne puisse rien faire (mĂŞme acheter juste une baguette parfois!) alors pourquoi pas de 21h Ă  8h, et du samedi 21h au lundi 8h!?!? Je ne pense pas que tu perdrais des clients, tu gagnerais du respect ET de la tranquilitĂ© dont tu as besoin pour ĂŞtre efficace dans ton boulot! ;-D


Aller, je vais unplugger pour la peine!


;-))))


 

Ah ben tiens, je viens de lire cet article sur Slate :

http://www.slate.fr/lien/28591/indifference-twitter-tweets-ignores


A envoyer Ă  tous ceux qui racontent leur vie sur Twitter !


 

vive le monde moderne gĂ©o-localisĂ©, calibrĂ©, orienter et surveiller a croire que les poulet en batterie on plus d’ intimitĂ© que nous maintenant ^^”’


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