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“Homme au bain” : spectateurs au bagne, Honoré au ban.

ou la déception d’une cinéphile désabusée par les frasques de ses icônes.

Quand j’ai appris que Christophe Honoré sortait un nouveau film, long-métrage qui n’aurait d’ailleurs pas vraiment dû sortir parce que réalisé dans le cadre d’un partenariat-carte blanche avec le Théâtre de Gennevilliers, Centre Dramatique National, mon sang ne fait qu’un tour. Familière du CDN, de Gennevilliers et de l’œuvre d’Honoré, bien que prévenue de l’apparente transgression de l’opus – François Sagat, premier rôle, est la star du porno gay, – je pars bille en tête. Résultat des courses : je sors navrée et énervée après 1h12 de râles intempestifs, de fronçages de sourcils, de “what the ****?” qui se répètent dans ma tête comme une saloperie de René la Taupe qui chante.

« Homme au bain » : spectateurs au bagne, Honoré au ban.

Topo rapide : de Gennevilliers à New-York, les destins absolument pas croisés de Chiara Mastroianni à travers les yeux d’Omar et son compagnon,  fraîchement reconduit Emmanuel (joué par François Sagat) , Apollon des cités, gay au possible (histoire de se jouer des clichés n’est-ce pas), troquant son mal-être post-rupture contre des parties de sexe désinhibées. Avec du recul, malgré l’état pré-létal dans lequel j’étais en sortant de la salle, le film aurait pu se tenir. Quasiment rien à redire concernant le jeu de François Sagat, pas too much, pile poil là où on l’attend, sans en faire des caisses. Chiara Mastroianni ne joue pas, elle se contente d’être, comme dans nombre de films d’Honoré, alors là aussi, rien à relever. (Pas grand intérêt non plus, à vrai dire.)

Ce qui va me frapper, c’est la capacité d’Honoré à nous pondre un film aussi peu structuré. Manque de crédibilité, opus auto-masturbatoire, je suis en souffrance. Caméra en main, il, tout en essayant de nous faire croire qu’il s’agit d’Omar, filme les aventures de Chiara à NY et les siennes propres, chopant un étudiant québécois lambda répondant au doux nom de Dustin. Mignon tout plein au demeurant, mais encore ? Les passages à NY ont tout l’air d’un film de vacances sans le soleil, le bruit du vent sur la plage et les soirées au camping de Palavas-les-Flots. Honoré tente de nous faire croire qu’il existe un lien direct entre Gennevilliers et New York, entre le personnage que campe Sagat et Chiara Mastroianni, à travers Omar. Et la sauce ne prend absolument pas : comme s’il essayait de donner du sens à quelque chose qui n’en a pas.

J’ai énormément de respect pour les réalisateurs qui prennent des risques, vraiment. Et Honoré n’en est pas à son premier, de risque : avec “Ma Mère”, malgré des acteurs époustouflants et une intrigue des plus glauques, et en cela intéressante, j’étais complètement sous le choc, mais non moins respectueuse du travail accompli. Ici, j’ai eu l’impression d’une vaste blague, comme si Christophe Honoré nous disait : “Prenez-le comme vous voulez, comprenez ce que vous voudrez, peu m’importe, je suis cinéaste. Tout est art, que vous le saisissiez ou non.” Parce qu’il n’y a rien à saisir dans ce film, et la seule scène entre Sagat et Mastroianni en est la preuve formelle. Aucune légitimité, “Homme au bain” est une fieffée mascarade.

Pourtant, j’aime la façon qu’a habituellement Honoré de rendre la vie poétique dans ses films. Des situations quotidiennes élevées au rang d’œuvres d’art. C’est l’idée qui me reste de mes visionnages quasi religieux de “Dans Paris”, “Les Chansons d’Amour”, “Non ma fille tu n’iras pas danser”… Et là, soudain, plus de poésie, aucune. Des scènes de cul en veux-tu en voilà, les relations gay vulgarisées à maxima… Aucune prise de recul n’est possible, tout est vécu de manière linéaire ; Honoré nous pousse dans nos retranchements et c’est excessivement pénible.

C’est dommage, d’abord parce qu’un film qui traite des relations gay autrement que de façon consensuelle, ça aurait pu casser des briques. Parce que des sexes masculins  en pagaille, bringuebalés cahin-caha tout au long du film, je m’en fous, du moment que ça a du sens. Parce que François Sagat n’est pas juste LA star du porno gay, mais aussi un acteur à part entière. Comme quoi, et j’en suis la première étonnée, il ne suffit pas de s’appeler Christophe Honoré pour faire un bon film.

2 Responses to ““Homme au bain” : spectateurs au bagne, Honoré au ban.”

  • Oulah, je constate que tu n’as vraiment pas aimé ce film… Que j’ai vu aussi, et c’est pourquoi je vais m’empresser de te donner mon avis – contraire au tien, sinon, c’est pas drôle.
    Donc, plus j’y repense, plus je trouve ce film intéressant. Certes, au premier abord, il est abrupt, rugueux, extrêmement différents des précédents opus de Christophe Honoré – que, au passage, j’adore. Et c’est tant mieux. Lui, au moins, tente quelque chose.
    Ce qui, comme tu le soulignes, devait au départ être un court métrage pour le théâtre de Gennevilliers (l’histoire entre Omar et Emmanuel) est partie d’un parti pris original d’Honoré : filmer le quartier le plus “chaud” de la ville… Avec la signification sexuelle du mot chaud. Bon choix. Merci. On évite les clichés sur la banlieue.
    Quant aux scènes à NY, on s’en fout si c’est Omar ou Honoré. D’ailleurs, je n’ai commencé à me dire que ça pouvait être Omar qu’à la fin. C’est Honoré, on le sait. Il est parti avec sa caméra accompagner sa copine et il a tout filmé.
    C’est justement cet étrange mise en parallèle du documentaire et de la fiction que j’ai trouvé passionnant. A l’heure où, de plus en plus, les deux genres s’interpénètrent et se mêlent, ce choix pose question. Cet agencement aussi. Et ça fait du bien. C’est une vraie fiction et un vrai documentaire – qui finit, peut-être, en tout cas dans la tête du spectateur, par devenir un faux -. Ca interroge l’esprit du spectateur, et son besoin de créer du lien entre deux entités distinctes. Ca donne de nouvelles perspectives et ça remodernise de très anciennes théories sur le montage et son pouvoir sur les spectateurs.
    Quant à la scène que tu as détesté, le poème Mastroianni/Sagat, je l’ai trouvée miraculeuse. Comme suspendue, comme la seule incursion du cinéma d’Honoré dans cet ovni étrange. Comme la scène de la fable bretonne dans Non, ma fille.
    Pour moi, le cinéma, c’est oser des associations improbables. C’est demander à un acteur de porno gay de dessiner sur les murs et de lire des poèmes – pas seulement, mais quand même et il faut le souligner. Car François Sagat ce n’est pas juste un corps, c’est aussi un artiste à part entière, vidéaste, performer et dessinateur.
    Et puis, il y a Two Door Cinema Club à la BO, et ça, j’adore.
    Bref, tout ça pour dire que non, je n’ai pas “aimé” ce film, comme j’ai pu aimer Les Chansons d’amour. Mais je salue la performance et l’audace. Parce que oui, pour moi c’est audacieux, c’est du cinéma. Oui, c’est de l’art. Et oui, ça veut dire énormément. Il suffit de s’y pencher un peu.

  • @CecileG : Joli commentaire, qui aurait même carrément mérité un article si le film t’a plu tant que ça.

    N’empêche que quelques semaines après je reste très déçue de la prestation d’Honoré sur ce film, et ce pour toutes les raisons que tu évoques ! Ce n’est pas parce qu’on peut trouver des raisons plausibles et valables à un film que pour autant on le rend légitime.

    Ce film n’a rien de légitime, je pense même que c’est une insulte au talent des comédiens qui y ont d’ailleurs participé, et pour ce qui est du rapport à Gennevilliers, faire un film sur les banlieues chaudes à Clichy-Montfermeil aurait été premier degré, mais intéressant si bien traité. Honoré a ce talent.
    Aller à Gennevilliers, filmer au Luth, et montrer des jeunes homosexuels de banlieue se prostituant pour la plupart : je crois qu’en creusant, il n’aurait pas pu faire pire. Non seulement cliché, et en plus, traité de manière vulgaire.

    La scène de la fable bretonne est une respiration dans Non, ma fille…, une parenthèse enchantée dans ce film entre la contemplation et un réalisme parfois trop terre-à-terre. Tandis que le poème Mastroianni/Sagat, c’est facile.

    Tu salues la performance et l’audace, j’appellerai ça du je m’en-foutisme, personnellement.

    Et puis je me suis penchée sur le film, la preuve, je n’ai pas quitté la salle avant la fin !

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