Article sélectionné par Mimi lors de sa semaine de rédaction en chef
Et j’y suis Ă nouveau. Trois ans après, mes premières impressions de la Grosse Pomme me reprennent Ă la gorge. Tout ce que je croyais oubliĂ©, perdu dans le vague des innombrables souvenirs, me revient soudainement avec une acuitĂ© troublante. J’Ă©touffe. Je reste la tĂŞte levĂ©e vers le ciel, comme dans un effort dĂ©sespĂ©rĂ© pour trouver un peu d’oxygène, un peu d’espace, un peu d’humanitĂ©. New York, je voulais te revoir, et dĂ©jĂ , tu me chopes par les cheveux, tu me malmènes, tu m’engloutis. Et j’aime ça.
Je suffoque, j’ai mal, mais pourtant, le sourire aux lèvres je replonge. Je replonge dans ce Lower East Side crado et dĂ©glinguĂ©, ce sans dessus-dessous, ce dĂ©sordre organisĂ© qui mĂŞle sans distinction les couleurs et les origines. Sans distinction vraiment ? Je m’arrĂŞte un instant: les gens sont tous d’ailleurs ici, le grand melting pot ne s’arrĂŞte jamais. Et je rĂ©alise mon erreur. Les gens ici se croisent mais ne se rencontrent pas. Le soleil de plomb se rĂ©flĂ©chit sur les buildings d’acier et de verre. Je suis emportĂ©e par la foule, par le bruit, par ce rythme oppressant.
New York est une crise cardiaque, une hĂ©morragie, une noyade. New York me tue de mĂŞme qu’elle me fait vivre. Elle me dit de lutter parce qu’un jour nous mourrons, qu’un jour peut ĂŞtre elle ne sera plus lĂ . New York est un shot d’adrĂ©naline, New York me rend high. Et je sais que c’est trop, trop intense, trop violent, trop destructeur et trop puissant. Les gratte-ciel se sont liguĂ©s aux hommes pour crĂ©er ce monstre. Je peine Ă retrouver mon souffle. Et deci delĂ , la ville se souvient qu’elle aussi est humaine. Et elle s’accorde une pause, elle laisse la place, l’espace d’un instant, l’espace d’un regard, Ă quelques arbres Ă©pars, Ă une pelouse jaunie par le soleil. Ou Ă la mer. Je laisse derrière moi les artères encombrĂ©es, les passants pressĂ©s et le bruit oppressant.
Et soudain, le Brooklyn Bridge. Mon cĹ“ur est moins serrĂ©, mon sourire se dĂ©tend, ma tension redescend.  Car si New York m’a eu et ne me lâchera pas, si New York me tient par les tripes, si je peux supporter cette ville infernale c’est parce j’ai trouvĂ© un bout de paradis, un coin oĂą se rencontrent sans discernement la ville, l’eau, et le vent.
La première fois, j’avais luttĂ©, j’avais vaincu, je lui avais Ă©chappĂ©. Mais cette fois, c’est foutu. Cette ville je l’ai dans la peau. Elle bat au rythme de mon sang, je vis au rythme de ses rues, de ses gens, de ses excès. Elle me rend malade et me tue. Mais je l’aime.
(cc) AddyLaddy
posté le 08/09/2010 | 1632 vues | 1 commentaire | tags: dear catastrophe New York Ailleurs | 2 ont aimé
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