Cher Monsieur,
Je vous écris aujourd’hui pour vous relater un fait qui s’est produit dans votre ville.
Je suis Sophie Lambda, j’ai 24 ans, je suis étudiante en troisième année de langues étrangères dans votre ville.
Aujourd’hui, 1er septembre 2010, à environ 20h15, je rentrais du travail quand en passant par la rue Clémenceau, j’ai trouvé un homme allongé par terre, à première vue, dans un état comateux, certainement ivre. Il était là gisant misérablement au milieu de la rue, gênant le passage des voitures. Mon premier réflexe a été d’appeler les secours, après l’avoir déplacé sur le trottoir avec l’aide d’un autre passant, et de l’installer en position de sécurité. Ensuite, tout le monde est parti vaquer à ses propres occupations et je suis restée seule avec ce monsieur. J’ai appelé le 18, puis le 17. Au bout de vingt-cinq minutes, personne n’avait encore daigné se montrer pour lui porter secours. J’ai donc rappelé ces mêmes numéros, et une conversation avec un agent de police et un pompier a commencé au bout du fil.
C’est alors qu’en expliquant les raisons de mon appel, je m’entends dire que ce n’était pas du ressort ni de l’un, ni de l’autre. J’ai cherché à savoir ce que je devais faire, j’ai brandi l’argument du devoir de citoyen, qui est resté sans effet. C’est alors que je m’entends dire par ces deux personnes au téléphone, qu’une étudiante comme moi qui ne paye pas d’impôts, ne peut donc pas se soucier ni même avoir conscience du coût d’un déplacement et des soins pour une personne qui, manifestement, avait choisi d’être dans cet état misérable, en parlant du malheureux. Je m’entends aussi dire que si jamais les autorités se déplaçaient pour cet homme et que je n’étais plus sur les lieux à ce moment, je serais responsable de ce qui pourrait arriver à cet homme dans ce laps de temps, car après tout, j’avais choisi d’aider. Aussi, que si je voulais faire mon devoir de citoyen comme je le prétendais, je devais le prendre chez moi pour m’occuper de lui, car ce n’était pas le travail de la police ou des pompiers que de s’occuper d’un sans-abri mourant d’alcoolisme sur la voie publique.
Alors je vous écris aujourd’hui, Monsieur, pour comprendre, du haut de mon petit statut de citoyenne, ce que j’aurais dû faire à ce moment-là . Est-ce donc cette leçon que je dois apprendre aux plus jeunes que moi désormais ? Ne pas réagir face à la détresse d’autrui et passer son chemin lâchement ? Est-ce cela que mon pays veut m’inculquer par la voix si respectée de ceux qui ont choisi de défendre et d’aider le peuple ?
Aurait-il fallu que ce monsieur soit solvable pour avoir ne serait-ce qu’un regard médical professionnel posé sur lui ce jour-là ?
J’ai l’ingénuité de me croire encore dans une nation où personne n’est laissé derrière, où chaque individu est une entité individuelle et universelle, où la réelle essence de l’individu se trouve dans son existence dans le présent ; une nation où le jugement d’autrui n’est altéré par aucune variable financière ou statutaire conformiste ; une nation qui a encore, tout simplement, une relation d’égalité et d’altruisme avec son égal qui est l’autre, qui est là , avec son histoire, et qui existe comme moi-même.
J’essaye de croire encore, malgré ces turpitudes, que l’aide gratuite existe toujours, et que dans notre pays en 2010, surtout le plus démuni devrait se voir prodiguer de l’attention sans renâcler. Pourtant je me heurte à des obstacles moraux et physiques que je ne puis dépasser, comme aujourd’hui, où même l’Autorité, censée m’éclairer, m’a renvoyée à la figure mon intention de ne pas regarder sans voir, ne pas entendre sans écouter, pour une fois, ne pas passer sans agir.
Si je ne peux plus compter là -dessus, alors expliquez-moi, Monsieur, c’est quoi, vivre en France ? N’y a-t-il que ça qui m’attende ici ?
Une habitante.
(cc) -Jos.
posté le 02/09/2010 | 1162 vues | 3 commentaires | tags: lettre maire police pompier plainte ivresse citoyen | une personne a aimé
On va dire que tu es mal informée. Car ni le 17 ni le 18 gère ce genre d’événements. C’est le SAMU social qu’il faut appeler, autrement dit le 115. Sauf que leur action est tellement peu visible (malgré le fait qu’ils fassent pas mal de boulot – j’ai une illustration dans mon entourage…) que très peu de personnes ont l’idée de les contacter, eux, en dehors de la région parisienne.
Dans un cas comme celui-ci, de toutes façons, malheureusement, il ne faut pas compter sur les autorités, mais sur les associations pour assister les sans-abri. Autrement dit, la lettre que tu as envoyée à M. le maire de Montbéliard restera lettre morte.
http://www.croix-rouge.fr/Nos-actions/Action-sociale/Recueillir-orienter-accueillir/Samu-social
Alors si je suis mal informée, il était du devoir des autorités de le faire. De plus, j’ai également appelé le SAMU social, qui m’a directement mis en relation avec les pompiers. Voilà .
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Je suis choquée par ce que tu racontes. J’ai l’impression d’être dans une autre dimension. C’est incroyable? La police et les pompires se sont-ils pas normalment au service de citoyens? ca me sidère. Toi tu as la bonne réaction et in l’envoie chier comme si tu étais responsable de ce qui s’était passé. C’est abusé. Comme quoi certains valeurs se perdent en 2010. Au moins tu auras agi comme il se doit mais c’est le monde à l’envers. Comme quoi le onde marche sur la tête parfoiS et la France va pas très bien…J’espère que ton appel servira à quelquechose. Tu devrais aller directement à la mairie peut-être que ça porterait ses fruits.