Je suis une fille curieuse la plupart du temps…. En ce mois d’Août j’avais faim de sexe et de proximité charnelle comme rarement j’ai pu le ressentir. A mes côtés, un beau jeune homme, un peu paresseux, ne semblait pas vouloir me rassasier, et cela pour une série de raisons : préservatif à réutiliser (il aime pas), des humeurs ou des situations familiales pas toujours compatibles… Bref c’était le désert sensuel.
Et comme je suis curieuse, je me suis laissée allée à visiter des sites, hum comment dire, pas toujours très recommandables, moins de 18 ans s’abstenir. J’étais curieuse de comprendre la sexualité humaine et d’en mesurer les limites, mais j’étais loin de les imaginer aussi vastes. Voyez comment l’étendue de l’univers est difficile à imaginer, j’ai ressenti à peu près la même chose au sujet de la sexualité humaine. Je me suis cependant retrouvée du côté obscur de la force. Rien de rose, de beau ou de sensuel de l’autre côté de mon écran, du côté des sites pornos et des sites d’exhibitionnisme.
Les deux laissent une impression amère. Le monde du sexe à vendre est un monde créé par les hommes et destiné à une majorité masculine. Ma théorie est que ce monde est un cercle vicieux où l’homme acheteur est toujours en demande de plus : plus loin, plus fort, plus vite, et où il ne satisfait plus d’une relation jugée normale et fade. Dans ce monde, la place des femmes est en vitrine : elles sont dominées et humiliées, actrices de scénarii ridiculement pauvres et répétitifs, juste bonnes à être les réceptacles de présences souvent multiples. Tout ce spectacle se jauge d’après des critères masculins : puissance et résistance, domination masculine, taille de l’engin, cris de satisfactions et grimaces des actrices, apothéose masculine également (je vous laisse imaginer le résultat de tout ce travail).
Je suis consciente de la différence entre le fantasme et la réalité. Cependant, si le porno est une manière pour les hommes de rêver ou de se défouler, de ne pas passer à l’acte, de ne pas tromper leur femmes etc… les images et les stéréotypes qui ressortent de ces sites/films doivent influencer d’une manière ou d’une autre ceux qui les consomment, et je crois que toute cette violence gratuite s’ajoute à la somme des violences que l’on retrouve dans la société, et que merde on a vraiment pas besoin de ça!
Je crois personnellement que les féministes, hommes ou femmes, doivent continuer à réveiller les consciences. Sans rentrer dans le débat sur le bien fondé ou non du porno, il faut continuer de bien marquer cette frontière entre les deux mondes : le fantasme t’appartient toi consommateur de porno, mais la réalité est nôtre, hommes et femmes, et elle doit être faite de justice et d’égalité.
PS : A celles que l’anglais ne rebute pas, voici un bon article du Guardian (anglais) sur l’influence du porno sur les relations hommes-femmes, à partir du livre de Gail DINES “How porn has hijacked our sexuality”.
(cc)Â Pensiero
posté le 27/08/2010 | 1765 vues | 9 commentaires | tags: Sexe virtuel violence pornographie feminisme femme | 4 ont aimé
Tu as raison Rose, surtout que je me suis rendue compte que le féminisme semblait être une chose dépassée pour un certain nombre de garçons, et peu comme s’ils associaient ça à de l’histérie féminine alors que ce n’est ni plus ni moins que de demander d’avoir les mêmes droits que les hommes. C’est quand même fou qu on soit encore moins payée pour un même job!
Ma chère Felfala…
Même s’il est marginal, il existe aussi une pornographie accessible et destinée aux femmes. Mais dis-toi que la pornographie, ce n’est pas l’érotisme. Ce n’est pas rose bonbon. C’est le sexe dans toute sa quintessence et son plus simple appareil.
Il a fallu 10.000 ans pour que les sociétés humaines soient phallocrates. Par conséquent, l’égalisation des relations hommes-femmes, y compris dans la pornographie, ce n’est pas demain la veille. Je ne suis pas résignée, mais je te fais comprendre que si tu veux de la pornographie pour les femmes, tu n’as qu’à le faire toi-même. C’est ainsi.
A Giovanna,
Je ne cherchais de la pornographie destinée aux femmes ni ne cherchais dans ces sites un épanouissement sexuel : Mon propos n’étais pas centré autour du porno, mais il le prenait pour excuse pour traiter des rapports hommes-femmes en général. L’industrie du porno était un point de départ pour pointer les violences, souvent symboliques, parfois physiques, que subissent les femmes.
Le porno ce sont des images qui s’inscrivent dans la mémoire des consommateurs, une violence banalisée, en surenchère, qui affecte leur attitude envers les femmes.
Et là , surtout il ne faut pas se montrer résigné(e)s : je ne veux pas l’egalité hommes-femmes dans le porno , car comment s’imposer aux fantasmes des tiers? Ce que j’aimerais c’est que chacun comprenne la différence entre le fantasme et la réalité afin d’éviter que soient transposées ces attitudes et cette violence dans le monde réel.
L’article du Guardian est édifiant. Cela dit, même si je suis d’accord avec ce que dit cette activiste, Gail Dines, sur la place des femmes dans le porno et sur l’effet que produit le porno dans l’inconscient collectif, je pense que le porno est tout de même une bonne chose.
Je ne suis pas contre le porno, mais contre le porno qui est fait actuellement. Et j’ai lu un article sur Têtu dans lequel une réalisatrice pro-sexe cite Annie Sprinkle, une des représentantes du porn queer : “The answer to bad porn isn’t no porn… it’s to make better porn!”
Renseignée, documentée, le porn queer est encore assez subversif, parce que la culture queer n’est que trop peu acceptée, évoquée, intégrée dans les moeurs, mais au moins la femme n’y est pas malmenée, et je suppose que c’est déjà un grand pas. De là à ce que tout le monde y retrouve son compte…
Je précise : “après m’être renseignée, documentée, je pense que […]”, sans ça, ça n’avait pas l’air clair.
D’accord avec toi Rose, que du porno différent et meilleur, plus intelligent, plus diversifié soit proposé. Ceci rejoint un peu l’idée de Gail Dines selon laquelle l’industrie du porno ne cherche que le bénéfice (ce qui est normal) et monopolise par conséquent ce marché. Aux autres de faire leur propre niche.
J’ai été sur le site de cette Annie Sprinkle, il vaut le détour, merci
Hum je continue à vous donner de la lecture :
Cette fois-ci c’est un article d’un quotidien irlandais sur la vie de plus en plus difficile des prostituées qui remarquent que leurs clients sont de plus en plus jeunes, exigeants dans leurs demandes (comme dans le hard porno) et de plus en plus violents.
Ainsi que l’exemple de l’expérience suédoise qui pénalise l’acheteur de sexe mais pas le vendeur,
Bonne lecture
http://www.irishtimes.com/newspaper/features/2010/0830/1224277854132.html
oulah… gros sujet de polémique soulevé ici !
après m’être intéressée comme l’auteur à pas mal de sites pornos “illustrant les fantasmes les plus répandus chez les mecs” je me suis penchée avec plus de curiosité sur les écrits, certes vieux, de Richard Von Krafft Ebing dans son ouvrage Psychopathia Sexualis où il décrit des cas de pratiques sexuelles déviantes ou abusives au regard de la Loi (du XIXeme siècle) qui pourraient intéresser aussi certaines lectrices.
http://www.psychanalyse-paris.com/-Psychopathia-Sexualis-.html
Dans l’univers des fantasmes tout réside dans le passage à l’acte ou pas, si un mec ne fait que nourrir son imagination en visionnant des trucs sur son ordi, il ira plus loin dans ce qu’il veut “voir sur son ordi” mais les barrières du réel restent.
Et c’est là que s’il veut vraiment arriver à ses fins il doit user de “complicité” avec sa partenaire pour qu’elle soit compréhensive, prendre le risque qu’elle refuse ou qu’elle le voit comme un pervers ou qu’elle accepte et que le couple ne soit plus pareil. Bon sinon, s’il a de l’argent il peut l’utiliser pour atteindre sa satisfaction sans user de ces stratagèmes compliqués et incertains. Et puis un fantasme réalisé est un fantasme qui perd de sa puissance (comme l’adaptation cinématographique d’un bon livre).
Dans quelles limites doit on pénaliser quelqu’un ? pénaliser l’acheteur plutôt que le vendeur… pourquoi pas, mais tant que ça reste dans le domaine de “nourrir le fantasme” … et pas sa mise en pratique il n’y a pas de mal mais seulement un mal potentiel. Si les actrices pornos font ce qu’elles font c’est bien parce qu’elles en ont ponctuellement accepté les conditions (avoir du fric rapidement pour la plupart).
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J’adore l’idée. Elle me trotte dans la tête depuis quelques temps déjà d’ailleurs. A développer encore, et encore, et encore, tu as bien raison, le combat ne fait que commencer, et réalisant que tu te poses toi aussi la question du sexe bradé, comme tu le dis si bien, tu me donnes envie de prendre les armes !
Merci pour ton témoignage. :)