Pour faire écho à Mme Pastel avec le portrait de Julie Delpy, je suis allée voir le dernier film de Julie Delpy, « La Comtesse ». Si j’ai été enchantée par cet article que je n’avais pas lu à l’époque, je connais peu Melle Delpy, que ses concurrentes adolescentes de l’époque, Sophie Marceau et Charlotte Gainsbourg, ont baigné de leurs ombres. Il y a deux ans, j’ai vu « 2 days in Paris » avec le sourire, mais sans enthousiasme.Et contrairement à de nombreuses jeunes femmes (mais, il est vrai que j’attaque le versant pentu de la seconde moitié de la trentaine), les vampires, ça m’emmerde royalement !
« Bernard Parkinson » et sa bande de salsifis pré-pubères ET asexués me font les mêmes effets qu’un buisson de sumacs vénéneux. Mais quand La Comtesse a été annoncée, j’ai tout de suite été enthousiaste à la lecture du scénario : dans une Hongrie moyenâgeuse, une riche et puissante veuve, proche du Roi, se prend de passion pour un jeune homme dont elle croit, à tort, qu’il la rejette. Embarquée dans une spirale de folie, elle se persuade que le sang de jeunes vierges lui permettra de conquérir la jeunesse éternelle.
On voyage entre doutes et fantasmes, sans jamais savoir si la réalité rejoint la légende. Somptueuse et hiératique, Julie Delpy réalise et campe à la fois la Comtesse, avec économie de moyens et de jeu, instillant un malaise croissant, comme au temps des grands classiques de l’épouvante, avec la Féline de Jacques Tourneur . L’aspect reconstitution d’époque à petit budget peut faire peur. Mais la caméra contourne très intelligemment l’écueil, en se focalisant sur les intérieurs et les personnages, principalement sur Julie Delpy, entre austérité et sensualité, quasiment de tous les plans. La langue est belle et simple, les couleurs sombres et tranchées.
Enfant dressée dans la conscience de son futur rôle et de son statut, Erzsébet Bathory développe des qualités « masculines ». Loin d’être d’une énième resucée de Dracula ou de Twilight, La Comtesse interroge le pouvoir des femmes, dans un monde dominé par des hommes qui ne supportent pas de se voir concurrencer avec leurs propres armes (intelligence, autorité, pouvoir) sur leur propre terrain, à peine dupes de leurs mensonges et de leurs stratagèmes. Ils ne lui laisseront aucune chance, sans scrupules pour son mari décédé pour sa patrie, et ses enfants, habilement retournés contre elle.
Plus qu’une interrogation sur le fossé des ans qui sépare les amoureux (à voir plutôt « Chéri » de Stephen Frears) ou l’horreur des pratiques de la « sanglante comtesse », le film s’extrait de son époque pour nous donner à assister à une véritable lutte féministe. Enfin, à méditer, chères consœurs Ladiesroomiennes, la conclusion de l’héroïne :
“Si j’avais Ă©tĂ© un homme, mon destin aurait Ă©tĂ© fort diffĂ©rent”.
posté le 18/08/2010 | 539 vues | aucun commentaire | tags: comtesse Delpy affirmation pouvoir feminisme femme film Culture
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