J’entre dans la pièce chichement éclairée. La table d’examen au fond. Un écran à ses pieds, légèrement en hauteur, renvoie sa lumière dans la pénombre. « Allongez-vous, remontez votre jupe, le médecin ne va pas tarder. ».
J’attends dix minutes, mais ça paraît toujours plus long dans ces moments-là , vous le savez bien.
Je me suis rassise, ma jupe sagement rabattue sur mes genoux. J’étends les jambes sur le papier qui recouvre la table. Le poids de mes mollets qui s’élargissent sur le lit. Vus d’ici, j’ai des mollets de petite fille. J’aime mon vernis rouge sombre et le contraste qu’il fait sur ma peau. Des pieds de femme. Même dans la pénombre. Pensée de coquette incongrue dans ce moment. J’ai mal au ventre.
Où est-il ? J’aurai aimé l’avoir près de moi, mais il garde mon fils. J’ai cet instant et cette attente juste pour moi. Solitude accompagnée.
J’ai mal au ventre. J’ai mal au ventre depuis le début. L’impression qu’on me tire le ventre vers le bas. Et qu’il se durcit de l’intérieur. Un mal dans le ventre qui me titille le cœur, et qui de là me prend la tête.
Des tubes de gel sont alignés sur une étagère, je remarque des préservatifs dans un réceptacle. Speculum et autres outils. J’attends. J’essaie de stopper mes pensées. La porte s’ouvre. Le médecin entre et puis ressort aussitôt par une autre porte dans le même angle. « J’arrive… », me glisse t-il en passant. Le voilà qui ressurgit une minute plus tard. Il a l’air gentil. «Bonjour…».
[…]
Ce jour-là , après l’examen, il m’a annoncé que je perdrais peut-être le ridicule bout de vie dont je venais d’apprendre l’existence.
« Existence », je ne sais pas si ce terme est employé correctement, en fin de compte. Ça fait à peine dix jours que je sais que tu es là .
Chez moi. En moi. A moi. Et tu te dérobes déjà .
De retour chez moi, je suis restée des jours allongée, à ronger mon frein, en plein laisser-aller. Je crois que je quittais mon lit pour gagner le canapé. Toilettes, cuisine, chambre, salle de bain… à l’horizontale. Je mesurais chaque minute, je pleurai soudain, allongée, le ventre douloureux, l’estomac malheureux, dégoût et compagnie, je bavais élégamment et régulièrement au dessus de la cuvette des toilettes.
Triangle vicieux; cuisine, salle de bain, télé. Plus d’écriture. Plus possible de procréer de cette façon là quand l’autre se refuse à moi. Je déteste ça. Et par-dessus tout ; l’incertitude… Pendant près de deux semaines. Un mois. Trois mois. Un hématome déciduale, un décollement, quoi. Mais à la seconde échographie j’apprends que mes efforts ont payé, l’hématome se résorbe doucement. Mais rien n’est joué. J’ai toujours le ventre qui tire vers le bas.
[…]
Neuf mois après, tu es là … Tes yeux profonds, ton petit front, tes poings serrés. Ta tête minuscule, douce et tiède, que je tiens tout entière au creux de ma main. Une énorme envie de te protéger. Une boule à nouveau monte de l’intérieur ; je peux enfin écrire : c’est le bonheur.
(cc)Â Niffty..
posté le 06/08/2010 | 809 vues | 7 commentaires | tags: complication enceinte témoignage accouchement grossesse enfant
Tout d’abord fĂ©licitations pour ton courage, Lili-Mai. C’est un bel article que tu nous livres lĂ .
Et puis surtout, ravie de te voir Ă nouveau sur ladies Room :)
Welcome home Lili-Mai et fĂ©licitations Ă tous les deux de vous ĂŞtre accrochĂ©s ainsi l’un Ă l’autre!
Bonheur Ă vous 4 maintenant (si je sais encore compter… ;-D)!
Merci les filles… Smile, Grossesse pas rose, mais la suite le sera… Quoique, le rĂ©gime qui s’impose pour retrouver mes vĂŞtements, bof… Vais peut-ĂŞtre en acheter des nouveaux, finalement.
Loou, ravie d’ĂŞtre de retour, après quelques moments difficiles. Contente de retrouver un peu de lĂ©gèretĂ©, lol, ça commençait Ă ĂŞtre “lourd”, si je peux me permettre.
Voui, 4… “accrochĂ©s”, le mot est juste… bien trouvĂ©, en ce qui concerne le Touptibout. Pas facile, et si facile, merci Lolipop.
tu es magnifique comme tu es et je suis sincère! tes rayons de soleil te vont Ă ravir! va faire du shopping, fais toi plaisir s’il te plait …
tĂ©moignange très touchant mais Ă prĂ©sent tu dois ĂŞtre dĂ©livrĂ©e de cette grosse angoisse. Je te souhaite que du bonheur avec ta famille et ne te stress pas davantage pour le poids tes kilos s’envoleront au fil du temps en pratiquant une activitĂ© rĂ©gulièrement.
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