Ode à la mort.
A t’attendre, je me suis endormie à même le parquet, bercée au casque par Raul Midon. Je regrette déjà ce SMS assassin que je t’ai envoyé d’impatience, te menaçant de ne plus jamais cuisiner pour toi car tu n’avais pas honoré mon tajine prétentieux. 3h05, la sonnerie de mon phone retenti (celle que tu détestes tant). C’est Isèm qui me demande de m’asseoir et sanglotant m’annonce que tu n’es plus. Je lui demande de répéter car j’ai peur d’avoir bien compris.
Il bredouille les mots accident, voiture, camion, A10, mort et me raccroche au nez. Je le rappelle croyant à une blague de mauvais goût mais il ne répondra pas. J’appelle ton numéro, 1 fois, 2 fois, 20 fois mais tu ne me répondras plus. Je fais le tour de mon répertoire, en vain, à 3H59 personne ne me répondra. J’en veux au monde entier. Je ne sais où aller ni même où est ce foutu 20ekm, si demain c’est encore loin et si ça laissera le temps à mon cÅ“ur de rebattre. Tu l’as quitté, chienne de vie, ou c’est elle qui t’as quitté ? Je ne sais jamais dans ces cas là . Je me rappelle qu’on arpentait la ville en nocturne. Elle était notre terrain de jeu amoureux. On se croyait invincibles et immortels mais tu vois Monsieur S. il n’en est rien, tu n’es déjà plus là .
Tu es celui qui m’a bizarrement manqué. Bizarrement ce mot est bizarre. C’est moins bizarre que bazar. A la bonne saison ça n’a rien de bizarre, la saison ou à Zanzibar il y a le moins de blizzard. Tu trouve ça bizarre ? Non plus rien ne m’étonne sauf le bizarre manque de toi. Je ne pensais pas que tu me manquerais tant d’où la bizarrerie.
Tu savais que le courage était inutile mais que la patience était la clé de tout. Tu es le visionnaire qui m’a appris simplement que « la lucidité était la blessure la plus proche du soleil ». Celui qui mettait les petits plats dans les grands quand il me préparait des raviolis aux chandelles (« oui mais avec du gruyère, madame ! »). Celui dont j’aimais l’ambition et la conscience. Celui qui était aussi curieux que désenchanté, qui aimait ma fragilité, mes improvisations, mon manque de maturité, ma vision singulière de la vie et qui me trouvais impressionniste-impressionnante. Celui qui me faisait rire au nez de l’adversité et qui savait que j’étais de l’Elite Sauvage. Mon un et mon multiple, ma chasse au trésor, mon homme-stan-smith.
Toi qui étais sur le même fil que moi, et qui malgré l’absence, lorsqu’occupés, nous retournions regarder tomber ceux et celles qui essayaient de nous rejoindre. Toi le spectateur de notre fil, qui patienta farouchement pour cueillir ma vertu. Ce fil était notre refuge et pour rien au monde nous ne voulions le partager. Et là sans prévenir, le coup de ciseaux fatalement final. It’s over now, It’s over now, It’s over now, scandait mon cœur.
Je me souviens de ce jour où l’on s’est rencontrés, le temps que j’ai mis à comprendre combien je t’aimais. J’ai si peur d’oublier le son de ta grosse voix, ton visage, ton sourire. Je refuse d’évoquer ta personne au passé. Il ne me reste que l’amertume, ma nostalgie et cette douleur profonde. A tout jamais, tu resteras à gauche de mon thorax, toi mon intrigue irrésolue, mon équation sans inconnue que j’aimerai au-delà de ce foutu 20ekm.
Moralité, ne croyez pas que l’Océan est égal à plus l’infini et que les poissons sont en quantité illimitée. Rien ne sert de badiner il faut savoir pêcher à point. Je vous raconterai un autre jour, lointain ou imaginaire, la fable de la femme qui préférait le caviar au surimi mais ça c’est une autre histoire. En attendant, chérissez l’être aimé avant qu’un poids-lourd alcoolisé ne vous le vole sur un quelconque 20ekm.
(cc) benprks
posté le 20/07/2010 | 1028 vues | 1 commentaire | tags: accident mort amour | 2 ont aimé
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Superbement triste.