Retour en France après plus d’une année à vivre en Afrique de l’Ouest. Ce retour ne se fait pas sans argent. Cette nécessité pécuniaire quotidienne pour avoir un semblant de vie autonome et libre, mon copain et moi, la ressentons d’autant plus à l’approche de notre (ré)emménagement. Je cherche un travail dans ma branche mais le chômage est bien là . Je me rabats sur un travail alimentaire pour payer notre indépendance.
Nous avons trouvé un appartement T2 de 40m² que nous payons le même prix que la maison T3 avec jardin, patio et garage-buanderie que nous habitions au Bénin. Ne comparons pas ce qui n’est pas comparable. N’empêche…
Notre propriétaire est somme toute assez décontractée puisqu’elle nous a demandé ce que nous « faisions dans la vie » seulement après la signature du bail. Ce à quoi nous avons mon compagnon et moi répondu « Chômeurs mais plus pour longtemps… enfin on espère !»
Ça ne l’a pas fait frémir pour autant malgré son air pincé bourgeois. Je pensais qu’elle m’avait donné une belle leçon d’a priori jusqu’à ce qu’elle ajoute « Vous savez moi je joue au feeling. Ça fait 7 ans que j’ai cet appartement je n’ai jamais eu de problème. Une fois, j’ai même consenti à le louer à un Noir. Ma foi, je le lui ai fait visiter et il m’a paru très bien alors j’ai accepté. Ma voisine m’a dit « Vous le louez à un Noir ? Vous n’avez pas peur ? » je lui ai simplement répondu « Il ne peut pas changer sa couleur le pauvre ! » (rires) Et vous savez la meilleure ? Personne ne m’a rendu l’appartement aussi propre ! Comme quoi. Vous, vous avez une bonne tête alors je ne me fais pas de soucis. »
Sur ce elle ajoute « Par contre une fois, j’avais rendez-vous avez un couple, je suis allée sur place et quand je les ai vus ça m’a refroidie. Ils étaient percés de partout. Des gothiques ! Je leur ai dit que j’avais fait visiter juste avant eux et que les gens avaient pris l’appartement. »
Ah merde « les gens » n’ont pas changé en notre absence. Les a priori sont tenaces. Le Noir est mieux noté chez les culs-pincés que le gothique. A méditer.
N’empêche tomber sur Madame-bien-pensante-prout-prout alors que ça ne fait que 2 semaines que j’ai posé mes tongs sur le sol français c’est un peu dur. La baffe au saut du lit. Je ris jaune et serre les dents. Non ce n’est pas le moment de faire l’étalage de mes belles idées intercommunautaires.
Grand tee-shirt et bagguy pour moi ça passait encore pour être quelqu’un de fiable dans son monde apparemment. Je suis une blanche à l’aspect respectable… Merde alors !
La cerise sur le gâteau : « Et les autochtones (en parlant des Béninois) ils sont comment ? » / « Heu… » / « Ils sont braves non ? »
Brave ? Ça se dit pour un humain ? Putain encore une qui pense les Africains comme des types à moitié à poil qui parlent le petit nègre et qui peuvent pas se débrouiller sans les Blancs.
Comme nous sommes rentrés en période estivale et que les structures tournent au minimum, je n’ai pas grand espoir de trouver un emploi correspondant à ma formation avant la rentrée et d’espérer déménager avant quelques mois. J’ai décidé d’être une chômeuse active puisque je n’ai droit qu’au RSA de couple soit 580€/mois soit pas assez pour avoir un semblant de vie autonome et libre. J’ai postulé pour des remplacements dans une résidence médicalisée en tant que veilleuse de nuit.
Les résidences médicalisées sont constamment en manque de personnel. Les conditions de travail y sont souvent assez rudes (les amplitudes horaires larges, le matériel manquant, les salaires au ras des pâquerettes) et les employé(e)s titulaires sont de ce fait souvent en arrêt maladie ou simplement se font virer ou démissionnent. Il y a beaucoup de turn-over. Donc avec ma petite expérience d’été lorsque j’étais étudiante pour payer mes études, et mon Bac+3 j’ai été embauchée comme ASP (comprendre Agent de Service Polyvalent soit femme de ménage qui aide les Aides soignantes durant le rush des repas et des couchers des résidents).
Je travaille donc de 19h30 à 7h30. Je suis payée au SMIC mais j’ai droit à une prime de nuit de 6€ selon la direction. Ce qui paraît un geste gracieux n’est autre que le respect de la loi puisqu’en horaire de nuit (de 21h à 6h) le montant du SMIC est de +10% (soit un surplus de 6€). Je n’ai donc pas de prime mais je suis payée 12h de travail alors que j’ai le droit de me pauser pour manger ou pour fermer un peu les yeux pendant 1 à 2h par nuit.
Ce n’est tout de même pas une grosse faveur car nous sommes présents sur la résidence toute la nuit et nous ne sommes que 2 à nous occuper de plus de 100 personnes. Nous sommes notamment tributaires des « bips » des résidents auxquels nous devons légalement répondre dans les 3 minutes suivant leur activation. 3 minutes ce n’est rien surtout si vous êtes en train de changer un résident du rez-de-chaussée de l’aile est et qu’on vous bipe de la chambre du 3ème étage de l’aile ouest… Sachant bien entendu qu’on peut vous biper parce que… parce que rien, parce que la personne s’est malencontreusement assise sur le fameux bip.
Pour rajouter à ma précarité, ce mois-ci ils n’avaient que 6 nuits de remplacements à me proposer. Si vous calculez bien, vous comprendrez que pour obtenir une paye correcte (1000€ net) il faudrait que je fasse au moins 11 nuits. C’est de ma faute aussi je n’avais qu’à accepter les remplacements de jour qu’ils me proposaient en plus.
Alterner travail de nuit, travail de jour avec des amplitudes horaires de 10 ou 12h de travail c’est faisable bien entendu !
La loi prévoit de laisser 11h de repos à une personne avant de retravailler. Le temps d’une nuit de sommeil. Seulement travailler le jour ou la nuit décale votre temps de repos. Généralement lorsque je finis une nuit, je dors jusqu’à 15h et ne suis pas en phase avec le rythme jour avant le surlendemain. Pas assez pour reprendre un travail de jour immédiatement. Alors non, je veux bien avoir un travail alimentaire mais pas qui me tue la santé. Je vais être taxée de fainéante pour le coup. Ah ces jeunes qui ne veulent pas travailler.
Le retour en France ne ce fait pas sans heurt mais n’ayez pas croire que je suis du style « Africa Paradize ! ». Je suis contente d’être rentrée chez moi, peut-être pour mieux repartir dans une année ou deux, c’est à méditer.
Mais en attendant, je veux pouvoir sucer les avantages que mon pays m’accorde jusqu’à la moelle ! : Accès à la culture, à la formation, aux loisirs, construction d’un réseau associatif dans le social ou l’humanitaire, côtoiement des amis et de la famille.
Sarkozy je suis revenue plus grande, plus sûre de moi, plus remontée que jamais ! Ah oui je suis travailleur social.
posté le 20/07/2010 | 92 vues | aucun commentaire | tags: labeur social réalité Afrique nuit nouveauté travail
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