Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

29. mai 2012

Mot de passe oublié

ChaT

Le Silence ne s’achète pas à vie.

Les Anges*, c’était le nom du cauchemar. École simple, catholique aux mÅ“urs plutôt négligées et à la directrice aveugle.

jupe.jpgJeudi matin, musique. Jeudi matin, chant et puis ses mains.

Jeudi matin Patrick. Jeudi matin, ce mec, ma peur panique.

La cage d’escalier était devenue un enfer, surtout quand j’y étais en jupe. J’étais tout le temps en jupe, le jeudi. C’est pas ma faute, c’est le jour de la jupe. Par oubli, par défiance. Je ne sais pas. On ne laisse pas des gosses à 8 ans remonter deux étages seuls, question d’assurance, on pourrait tomber. D’ailleurs, il aurait pu me faire tomber, me suspendant à bout de bras, laissant bien 5 à 6 mètres en dessous moi. Tout avait commencé comme ça. Me foutre la trouille pour que je ne dise plus rien, je feignais la méfiance en riant niaisement, mais j’étais innocente et si je n’avais rien dit c’était plus par honte que par pari.

Je plongeais dans l’inconnu en croisant son regard, sa moustache à la con et ses airs goguenards. Il nous fourrait à JJG et les autres l’ignoraient. Un jour, je me suis quand même posé la question : qu’est-ce qu’il me veut au fond ?! Il ne pendait que moi par les mollets, ses mains se baladaient parfois au détour d’un regard, toute son intention sur moi. Ce que mes camarades appelaient chouchouterie je nommerai ignominie. J’ai passé l’âge de croire qu’il m’aimait bien. J’l'ai passé quand à sa camionnette il m’a présentée.

16 heures du printemps, CM2 il était temps ! ( 1 an et demi que tu me suis, il fallait bien un jour que les choses aillent plus loin, sombre crétin. )

Mais n’allons pas trop vite. Restons le niveau au dessous créons les liens. CM1, 8 ans d’age et dans une cage, pâle jeu de mot, vieux salaud. Tout le monde l’adore il faut dire qu’il était fort ! Il n’était jamais en tord.

J’ai quand même dit à mes parents, que cette enflure me balançait au dessus des marches de la sacro sainte trinité. Ce n’était définitivement pas la bonne chose à faire, j’aurai peut-être dû me taire. Madame la directrice n’en croyait mot et dans l’histoire, petite menteuse, c’était à moi qu’elle avait dit d’aller s’faire voir. Quand bien même j’étais soutenue, par quatre ou cinq élèves, par leurs parents évidement, rien n’a été fait, il l’a gardé son cours de musique ce timbré. Fin d’année entre divisions à l’étude ou j’avais été casée sur une table, toute seule par la surveillante, amie de ce cher P, et poèmes à lui réciter (mais P tu croyais quoi ?! Que t’aurais mon silence comme ça ?).

Nouvelle rentrée, nouvelle classe, mais le Jeudi était resté. Premiers cours dans le calme de ses approches peut-être qu’il avait compris, que cette fois se serait différent. A la hâte d’une trêve, j’ai commencé doucement à ne plus appréhender les Djembés et les guitares. Mal m’en a pris. Puisque doublement il m’a surpris. Les coups dans l’dos se répétaient pendant qu’il agitait ses doigts sous mon nez. Non, il ne m’a plus touchée. Jusqu’au printemps du moins (A quoi je pensais !?), il faisait chaud encore cette année, les robes sont arrivées avec les premières gaietés ! Volants qu’il pouvait soulever, si je ne courais pas trop vite, il pouvait me rattraper. Trouillarde j’ai été, je ne voulais plus d’un scandale et d’histoires déplacées. Il le savait, il avait toujours raison, et les pions de son côté il a joué carte sur table quand il a voulu m’embarquer.

Ces étranges mensonges, mes songes. Tant pis. Il aurait essayé puis, réussi. « Je bosse dans ce garage » m’annonça-t-il fièrement avant de me saisir le bras avec une brutalité soudaine. « Viens voir mon camion, il est beau, il est mignon ».

Naïve.

Ton camion il existe bel et bien, tes mains aussi galopin. Dans l’garage où l’on ne t’a jamais vu, tu l’avais bien tournée ton histoire espèce de mec tordu. Et même si j’ai couru ce jour là, si dans ce garage inventé je ne t’ai plus revu, si je n’ai plus parcouru cette rue et ignoré tes regards et tes mots incongrus, tu m’auras eue monstre. Tu auras eu mon enfance, mes rêves. Même quand j’étais chez moi, tu m’observais, du huitième étage je te voyais, parfois tu me faisais coucou, et pour tes clins d’Å“il je t’aurais tordu le coup.

Je te retrouverai, tu as piqué mon adolescence. Même si un jour tu as disparu, accusé peut-être encore par un enfant que tu auras baisé à tord. Je sais très bien où tu te caches, et si un jour je te vois, si je commets cet exploit, je vengerai mon corps, ma tête et je tuerai tes envies effrénées.

Saint Patrick tu n’auras pas volé, que je t’arrache ton cÅ“ur pour te le faire bouffer.

(* nom non usuel )

(cc)  {tribal} photography

 

Signaler un abus

Envoyer à un ami

Derniers commentaires

 

Ho oui !!!!! Arrache, coupe, déchire… ET PIRE !!!! Voilà bien l’un des sujets qui me fout hors de moi : serait ce d’y être passé aussi, sans doute un peu… J’ai apprécié ton article et ce qui en ressort : CE N’EST PAS LUI QUI VA GAGNER !!!! Que la force reste avec nous…


 

Merci pour ce commentaire Isa.

Oui, c’est un monstre.


Je laisse un commentaire

NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires

Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.

Zapping

electricalstorm
electricalstorm a posté un commentaire. (20:41)
Rose H.
Rose H. a posté un article. (18:17)
Maianna
Maianna a posté un article. (16:55)
zazaofmars
zazaofmars a posté un article. (13:47)
thoubbope
thoubbope a mis à jour son avatar. (17:18)
Previously on LR

Paulette, émancipée ?

J'en ai tellement entendu parler que je voulais voir ça par moi-même. Je parle de Paulette, bien sûr, le magazine communautaire lancé par Irène Olczak. En 2010, c'était la version web, puis plus...

Bref : un phénomène de société ?

Bref, programme court ou shortcom, est diffusée sur l’antenne de Canal + depuis septembre 2011. Ce n’est pas la première série de ce genre. Un gars une fille avait aussi eu un grand succès...

Récit de concert où glam et bière peuvent rimer

Ce jour-là, j'avais mis trois heures à me préparer pour le concert qui m'attendait et j'ai bien fait. Habituée des petits concerts de ma ville, frêle esquif aimant la bière, j'étais encore une fois parée...

Paradigme de la vie et des relations par mon chat

Parfois, je me sens proche des idées de Brigitte Bardot. Je ne parle pas de cette obsession pour la choucroute ou l’aigreur haineuse, mais plutôt de la croyance en un monde animal...

Ne pars pas

C’est sous la pluie battante que je le regarde partir, la nuit tombe doucement ce soir, timidement. Dois-je le rattraper pour lui dire ce que je ressens ou laisser faire la vie qui peut-être le ramènera à moi ? Je n’ai pas le courage...

D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère

Travaillant depuis peu dans le domaine du droit, une collègue m'a conseillé de lire le roman d'Autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère afin de mieux appréhender le monde de la jurisprudence...

Les Partenaires

Les Amies

Paperblog