Article sĂ©lectionnĂ© par CĂ©cile-n lors de sa semaine de rĂ©daction en chefÂ
Ou la fabuleuse Ă©popĂ©e d’un des groupes de rock n’roll les plus fameux de sa gĂ©nĂ©ration, j’ai nommĂ© les Doors.
Époque beatnik, hippie, le Civil Rights Movement, les 60’s sont Ă l’honneur. En plein cĹ“ur de cette dĂ©cennie forte en mutations sociales, naĂ®t du cĂ´tĂ© de Venice Beach le groupe de Ray Manzarek, Robby Krieger, John Densmore et Jim Morrison, Ă l’initiative de ce dernier. Le documentaire de Tom DiCillo, narrĂ© de bout en bout par la voix de l’ineffable Johnny Depp, est une rĂ©vĂ©lation.
“If the doors of perception were cleansed, every thing would appear to the man as it is : infinite.” Si les portes de la perception Ă©taient purifiĂ©es, toute chose apparaĂ®trait Ă l’homme telle qu’elle est : infinie. Alors qu’Aldous Huxley tire le titre de son roman, The Doors of Perception, de cette citation de William Blake dans son recueil Le Mariage du Ciel et de l’Enfer, Jim Morrison voit lĂ le dĂ©but d’un voyage initiatique, et surtout musical. Son expĂ©rience des drogues hallucinatoires, le transformant en gĂ©nie habitĂ©, va Ă©galement le mener Ă sa perte.
L’histoire d’un groupe portĂ© par son leader charismatique, Jim Morrison, en proie Ă ses dĂ©mons, dans lesquels il puise une Ă©nergie crĂ©ative sans Ă©gale : c’est aussi ça les Doors. A mesure que le succès gronde pour le groupe californien, qui remporte l’adhĂ©sion du public au mĂŞme titre que les Rolling Stones ou les Beatles peu avant eux, les scandales fusent. Jim Morrison, figure emblĂ©matique, dĂ©chaĂ®nant les foules, idole des jeunes, choque. Sur scène, le chanteur s’Ă©vanouit de nombreuses fois, sous l’emprise de l’alcool ou des drogues. RĂ©volutionnaire dans l’âme, il se frotte incessamment Ă l’AutoritĂ©, qu’il rejette sous toutes ses formes : avec un père dans la Marine, il est, comme nombre de ses congĂ©nères Ă l’Ă©poque, contre le gouvernement amĂ©ricain en place, et notamment contre la guerre au Vietnam, qui rempile plus de victimes qu’une soi-disant victoire pour la paix.
Poète maudit, Jim Morrison Ă©crit, au sein des Doors, des chansons qui resteront, sans nul doute, dans les annales. La première chanson qu’il Ă©crit et prĂ©sente Ă Ray Manzarek, son ami de longue date, rencontrĂ© Ă l’universitĂ©, Moonlight Drive, est un chef-d’Ĺ“uvre. Ray Manzarek est le premier fan de Jim, qu’il voit comme un modèle Ă suivre, presque comme un messie. Au fur Ă mesure des annĂ©es, alors que Ray se retire de plus en plus dans la mĂ©ditation, Jim, lui, s’enfonce davantage dans une dĂ©chĂ©ance causĂ©e par l’alcool et les drogues, dont il ne parvient Ă se dĂ©tacher. En dehors du groupe, poussĂ© par sa petite amie Pamela Courson mais aussi par le poète Michael McClure, avec qui il se lie d’amitiĂ© en 1968, il publie plusieurs recueils de poèmes, qui dĂ©montrent son rĂ©el talent pour l’Ă©criture.
MalgrĂ© le talent inouĂŻ dĂ©ployĂ© par une formation atypique, dĂ©nuĂ©e de bassiste (c’est Ray Manzarek, au piano, qui jouait les partitions de basse des morceaux, sur scène comme en studio), les Doors dĂ©clinent, et le doivent Ă leur leader, leur mentor, Jim Morrison. En 1971, Ă sa mort, alors Ă peine âgĂ© de vingt-sept ans, les Doors continuaient d’encenser les foules avec une musique Ă mi-chemin entre le blues et le rock, toujours apprĂ©ciĂ©e du grand public, mais minĂ©e par les frasques de son chanteur, dĂ©truit par la critique et l’Establishment. DĂ©signĂ© comme dangereux, condamnĂ© pour atteinte aux mĹ“urs et Ă l’ordre public, Jim Morrison dĂ©range.
Tom DiCillo rĂ©alise ici un documentaire impressionnant, mĂŞlant Ă la fois images d’archives des Doors, sur scène, en studio, dans la vie, mais Ă©galement de la guerre au Vietnam, du Civil Rights Movement… Ces images d’archives, si bien conservĂ©es, forment un tout qui a l’air franchement montĂ© de toutes pièces, tant les images sont fortes en signification, et en symbolique. L’idĂ©e selon laquelle la mort de Jim Morrison ne serait en fait qu’une manigance de ce dernier prend tout son sens, avec la mĂ©taphore du voyage dans le dĂ©sert, oĂą on le voit conduisant ce qui serait certainement une bonne vieille Cadillac (mes connaissances automobiles sont malheureusement pauvres, bien heureusement la marque de la voiture n’a ici aucune espèce d’importance) donne une toute autre interprĂ©tation de la fin tragique de ce chanteur, qui nous aura quittĂ© aussi prĂ©cipitamment que ses prĂ©dĂ©cesseurs, Jimi Hendrix et Janis Joplin, Ă©galement dĂ©cĂ©dĂ©s Ă l’âge quasi canonique de vingt-sept ans.
When You’re Strange raconte Ă la perfection la destinĂ©e d’un groupe au talent exceptionnel, aux mĂ©lodies enchanteresses (j’ai d’ailleurs Ă©tĂ© ravie de dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir Light My Fire, Moonlight Drive, People Are Strange, L.A. Woman), de ces paroles Ă double sens… Documentaire Ă visionner de toute urgence, qui aide grandement Ă la comprĂ©hension de ce que peut ĂŞtre le gĂ©nie artistique.
“People are strange, when you’re a stranger, places look ugly, when you’re alone” : Les gens sont Ă©tranges lorsque tu es un Ă©tranger ; tout te semble laid, lorsque tu es seul.
posté le 27/06/2010 | 831 vues | 6 commentaires | tags: when you're strange the doors documentaire ciné musique | une personne a aimé
Ha ben pour une fois on est d’accord toutes les deux.
@Aj : Le jour de mes 27 ans, un pote m’a dit : “Bon, ben c’est cette annĂ©e que tu meurs…”
Storia, on Ă©tait juste obligĂ©es de tomber d’accord sur les Doors. Y a des choses sur lesquelles on ne crache pas ; pour tout le reste, y a EuroCard MasterCard.
MĂŞme si, personnellement, ça me rappelle quelques ballades dans le fin fond de la Seine-et-Marne un jour de pluie avec Tiny…
Et bien sache que j’ai mis Ă peu près deux ans Ă réécouter la mĂ©lodieuse Nneka pour les mĂŞmes raisons. D’oĂą mon farouche attachement Ă la demoiselle.
Ah “When you’re strange” ! 1h30 de Jim Morrison sur grand Ă©cran (parfois mĂŞme en couleur) et de musique psychĂ©dĂ©lique <3
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