Le théâtre ouvert est un haut lieu de la culture par où sont passés Boris Vian, Jacques Prévert… Ce petit théâtre est situé dans un passage tout près du Moulin Rouge. D’ailleurs dans ce quartier où règne une atmosphère familière voire familiale on se croirait presque loin de Paris. On a même l’impression d’être hors du temps loin de l’effervescence du Quartier Pigalle. Ainsi la soirée s’annonçait bien.Â
Périphéries humaines mêle le théâtre, la musique et la danse. Avant tout ce mélange révèle l’humanité qui sommeille en chacun de nous. Les mots sonnent et résonnent comme une vérité, une réalité vécue par tant d’individus. Vous l’aurez sans doute compris ce spectacle parle des banlieues. La banlieue si proche et pourtant si loin de Paris où vivent des milliers de personnes. Ils se sentent souvent tiraillés par l’ailleurs alors qu’ils vivent ici.
L’ailleurs, la terre d’origine qu’on n’oublie jamais mais dont on s’éloigne pour recommencer une nouvelle vie. On quitte l’ailleurs pour un ici que l’on pense meilleur. Entre espoirs et désillusions chacun cherche à reconstruire une nouvelle vie. Cette vie faite de souvenirs, de secrets parfois indicibles et d’une quête d’identité longue à trouver est retranscrite humblement par des mots simples, universels qui peuvent être compris par tous. Que l’on vienne d’ici ou d’ailleurs on peut comprendre et partager leurs souffrances, leurs questionnements. En repensant à ce spectacle quelques mots me reviennent : souvenir, clé, identité, mémoire, ici et ailleurs, travail.
Comment transmettre une identité, une mémoire à sa descendance quand on ne sait pas qui on est vraiment. Ils savent qu’ils sont ici mais qu’ils viennent d’ailleurs. Cet ailleurs fait partie de leur mémoire qu’ils souhaitent oublier mais qui ne s’efface pas. La mémoire ne fait que s’estomper avec le temps. Parfois des souvenirs surgissent sans prévenir et restent présents à notre esprit sans que l’on sache pourquoi. Ils peuvent même nous gâcher le quotidien et la vie tout simplement. Après avoir construit ailleurs, il faut reconstruire, se reconstruire ici.
La clé permet de se trouver, de se retrouver. Elle leur donne une adresse donc renforce leur identité. Avoir un chez-soi représente une première pierre à l’édifice pour qu’ils recommencent leur vie. Par cette clé ils pénètre dans un univers inconnu qu’ils vont devoir apprivoiser. En plongeant dans l’inconnu ils ne peuvent que s’adapter. Pour s’intégrer à cette nouvelle vie, à ce nouvel espace, ils doivent se l’approprier en comprendre le fonctionnement et intégrer un nouveau mode de vie. La langue support de la communication reste pour eux le seul moyen pour s’intégrer. Malgré l’apprentissage de la langue de leur nouveau pays, ils n’oublient pas leur langue d’origine. Leur double culture demeure une richesse mais peut-être difficile à vivre. Ils ont constamment “le cul entre deux chaises”. Ici ils sont d’ailleurs et quand ils sont ailleurs (dans leur pays d’origine) ils sont d’ici.
Cette identité difficile à définir leur pose parfois des problèmes. Ils sont venu en France pour travailler. Mais ils ne trouvent pas l’eldorado tant voulu. Souvent déçus, ils survivent en travaillant dans l’espoir de retourner dans leur pays d’origine quand ils le pourront. Ils ne peuvent y aller qu’en vacances.
Les mots deviennent parfois des maux. Les jours passent, la vie quotidienne continue sans pouvoir guérir les maux par des mots. Pour préserver leurs enfants, ils préfèrent ne pas trop parler de leurs origines. Mais quand un enfant ne sait pas, ils cherche et il finit par trouver. Ces questions demandent des réponses. Mais certaines restent sans réponses. Sans réponses, ils demeurent dans le flou pour se construire une identité solide. Pour savoir qui on est il faut savoir d’où l’on vient. Quand on ne le sait pas, l’identité est forcément confuse. Ce quotidien harassant les plonge dans une vie qu’ils ne maîtrisent pas totalement.
Cette périphérie est humaine loin des clichés trop communs sur la banlieue. Ce texte nous donne l’occasion de percer le mystère de ce qui peut nous échapper. Ce spectacle aborde la vie en banlieue par l’expérience humaine. Loin des statistiques qui réduisent des humains à des chiffres et ne montrent qu’une réalité d’où ne transparaît que la violence. La violence qui s’en dégage n’arrive pas par hasard. Ils utilisent la violence comme moyen de communication pour se défendre et exprimer leurs problèmes d’identité.
Le texte d’Euriale Collet Banquero est construit sans fioritures et aborde des sujets universels. Un jour ou l’autre on peut être touché par le deuil, on rencontre l’amour, on peut faire face à des problèmes d’identité où rencontrer des soucis dans l’éducation des enfants.
Zmorda Chkimi a choisi une mise en scène simple et épurée pour mieux revenir à l’origine du problème. Elle a su entremêler avec brio l’expression du corps et celle de l’esprit. Le langage corporel répond au langage verbal. Parfois le corps exprime ce que la parole ne dit pas. Quant à la musique, elle nous emmène dans un univers chaud où se mélange une multitude de cultures.
Chaque personnage raconte son quotidien. Ce quotidien s’il est unique parce qu’il renvoie à un parcours de vie particulier, il peut s’avérer universel car il peut se rapprocher de millier d’autres parcours de vie. Chaque comédien apporte sa touche personnelle pour faire éclore un spectacle épatant, touchant, métaphorique et troublant. Il n’y a jamais de trop tout est dans la justesse. J’espère vraiment que ce spectacle aura une longue vie parce qu’il le mérite vraiment.
posté le 07/06/2010 | 948 vues | 2 commentaires | tags: périphéries humaines banlieue théâtre
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