Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

29. mai 2012

Mot de passe oublié

Rose H.

J’ai deux ans. CoincĂ©e sur le canapĂ© du salon entre Papa et Maman, une scène sur le tube cathodique me laisse pantoise, la bouche ouverte, les yeux Ă©carquillĂ©s. Je dois probablement rĂ©flĂ©chir un instant, pour enfin rĂ©pliquer Ă  mes gĂ©niteurs, de la manière la plus candide qui soit, montrant du doigt le couple qui s’embrasse Ă  l’Ă©cran :

4164759025_da547a9341_b.jpg“Papa, Maman… Amour ?”

J’ai six ans. Mes petits camarades de classe ont tous leur petit(e) amoureux(se) ; pas moi. Pas choquĂ©e pour un sou, j’ai l’initiative de cĂ©lĂ©brer l’attachement de ces jeunes gens par une idĂ©e saugrenue, du moins Ă  mon âge : et si vous vous mariiez ? Me voilĂ  donc demoiselle d’honneur, prĂŞtre, tĂ©moin, pour le plus grand plaisir de mes petits copains.

J’ai neuf ans, et suis depuis un ou deux ans dans une relation “arrangĂ©e”. Tout Ă  fait. Mon aĂ®nĂ© de trois ans s’arrange avec une copine pour que je sois l’amoureuse du petit frère de ladite copine. Non pas pour que mon frère puisse connaĂ®tre ses premiers Ă©mois sentimentaux (voire sexuels, qu’en est-il de la jeunesse aujourd’hui ?) avec elle, mais avec sa meilleure amie, bien plus jolie et populaire. Au fait de la supercherie, je donne rendez-vous Ă  mon amoureux en carton. “Est-ce que tu m’aimes ?” “Euh…” M’inspirant de Sous le Soleil, de Melrose Place et de Sunset Beach, sĂ©ries que je visionnais avec sĂ©rieux et concentration, je lui assène une claque majestueuse. RentrĂ©e chez moi, j’attrape mon baladeur CD qui traĂ®nait dans le coin, mon album des Poetic Lovers, et pleure toutes les larmes de mon corps. Première scène pathĂ©tique du parcours.

J’ai douze ans et passe une semaine de rĂŞve sur les hauteurs de Montmartre chez une amie de mon père. Pour une petite collĂ©gienne qui sort rarement de sa banlieue, entre blocs dĂ©gueux et quartier pavillonnaire, un vrai bol d’air frais, du rĂŞve dans ta face, ma petite. Le fils de l’amie de mon père a quatorze ans, du gel dans ses cheveux blonds, les yeux excessivement bleus, un appareil dentaire, et il cherche Ă  m’embrasser. Je refuse, encore et encore, jusqu’Ă  ce que je m’en aille : je veux enfin, il ne veut plus. Premier chagrin d’amour.

J’ai quinze ans. Le jeune homme que j’ai rencontrĂ© plus tĂ´t dans l’annĂ©e avec qui ça n’avait pas fonctionnĂ© dĂ©sire me revoir. Il m’emmène dans un restaurant turque puis au cinĂ©ma, voir un film avec Vin Diesel. A mi-chemin entre hilaritĂ© et consternation, je passe la sĂ©ance entre rire et larmes. Monsieur est dĂ©passĂ© par les Ă©vĂ©nements. Il me paie une glace, et nous allons nous asseoir près du lac, non loin de lĂ . Il en vient Ă  me demander pourquoi nous deux, ça n’a pas fonctionnĂ©. Essayant de lui expliquer tant bien que mal l’Ă©vidence, me gardant bien d’Ă©voquer ses mouvements de drague bidons, ses choix de restaurant bidons, ses goĂ»ts cinĂ©matographiques dĂ©sespĂ©rants, son manque latent d’humour, il me rĂ©plique que je ne suis qu’une princesse qui ne trouvera jamais le bonheur parce que j’attends le prince charmant, qui ne viendra jamais. Je l’insulte de tous les noms et me rentre. Premier connard de mon histoire.

J’ai dix-sept ans. Ma copine au lycĂ©e Ă©tait une grosse conne qui a perdu sa virginitĂ© Ă  quinze ans, et s’est ensuite acoquinĂ©e avec un garagiste Ă  trois francs six sous. Autrement dit, des scènes de mĂ©nage une fois tous les deux jours. Après mĂ»re rĂ©flexion, je dĂ©cide moi aussi de perdre ma virginitĂ©. Je me dĂ©gote un mec sympa et mignon, il a l’air emballĂ©. Pour faire les choses dans les règles, je l’autorise Ă  m’appeler “sa copine”. Je vois ENFIN le grand mĂ©chant loup. M’apercevant qu’il n’est pas si mĂ©chant que ça, je renvoie le gentil petit copain chez lui sans les compliments du chef et continue ma petite existence tranquille.

Entre dix-huit et vingt ans, l’essentiel de ma vie sentimentale se rĂ©sume Ă  de la pornographie, mais japonaise la pornographie. Je prĂ©fère.

J’ai vingt et un ans aujourd’hui. Mon parcours me ressemble : intransigeante de bout en bout. Je ne suis pas une princesse qui attend le prince charmant, non. J’attends juste de retrouver cette candeur qui me caractĂ©risait, dĂ©jĂ  toute petite. L’envie de rencontrer l’amour, celui qui te laisse sans voix plutĂ´t qu’en plan, loin des clichĂ©s de sĂ©ries amĂ©ricaines Ă  la con, des amourettes adolescentes, des connards finis, des histoires de cul sans lendemain. Et j’ai tout mon temps. Et si tout ça Ă©tait Ă  refaire, Ă©videmment que je le referai.

(cc) Brandon Christopher Warren

 

Signaler un abus

Envoyer Ă  un ami

Derniers commentaires

 

Tu sais, moi l’amour je l’ai trouvĂ© complètement torchĂ©e Ă  la vokda, dĂ©guisĂ©e en russe. Comme quoi tout est possible (mĂŞme si on fait un petit vomis) :)

Bonne quĂŞte Rose H, que l’amour soit avec toi !

Big up !


 

Yeahhhhhhhhhhhhhhhh, sublime. Merci ma belle !


 

Bonne chance!(point d’ironie dans ce commentaire,si si je suis sincère)


 

Ca me va droit au coeur, mon bon John John. :)


 

Si a 21 ans j’ avais Ă©tĂ© aussi mature que toi et aussi talentueuse, je n’aurais pas perdu mon temps avec des imbĂ©ciles… tu m’as l’air armĂ©e jusqu’aux dents, je ne me fais pas de soucis pour toi! Bonne quĂŞte!


 

@lavilaine : Je n’ai pas l’impression de perdre mon temps avec les imbĂ©ciles. Moi, ils me rassurent dans ce que je suis et m’aident Ă  m’apprĂ©cier comme je suis, tandis que les perles sur lesquelles j’ai pu tomber sont souvent comme le caillou sur la route qui nous fait trĂ©bucher. Il fait mal, un peu, beaucoup, il marque la peau parfois, en fonction de la chute ; mais on finit bien par se relever. :)


Merci pour ton commentaire adorable en tout cas.


 

j’aime bien ton parcours. MĂŞme si il est assez diffĂ©rent du mien, j’aime parce que tu ne te mets pas la pression et que tu vis les choses comme elles vienne. Moi Ă  force d’avoir flipper sur la solitude (ça me fait mĂŞme peur comme mot), je me suis rabattue sur pleins de pauvres mecs. Mais malgrĂ© tout je ne regrette pas non plus, j’en rigole mĂŞme. Par contre celui que j’ai le plus aimer et le plus dĂ©sirer avec qui j’ai partager 3 ans de ma vie (le fameux fabien) qui pourtant lui Ă©tait une relation voulue et bien parfois je regrette toute la souffrance qu’il m’a faite endurer.


 

@xena : C’est le problème de bien des gens, la solitude. On a tellement besoin d’ĂŞtre avec quelqu’un, parce que c’est dans la normalitĂ©, dans l’ordre des choses, blablablabla, qu’on en a oubliĂ© que l’intĂ©rĂŞt d’ĂŞtre avec quelqu’un, c’est pas d’ĂŞtre avec une personne, mais avec la bonne. Alors au dĂ©but, moi je pensais qu’il n’y en aurait qu’une, donc j’ai attendu patiemment. Et puis si on reste toujours tout seul, on avance pas franchement. Alors chacun Ă  sa manière, on comble le manque, le vide, on se cherche un peu, mais j’ai toujours gardĂ© en tĂŞte que je ne marcherai qu’Ă  l’Ă©vidence. Du coup, je me suis pas (trop) perdue dans des histoires Ă  la con. J’en ai eu, c’est sĂ»r, mais je le savais toujours.

Il n’y a rien Ă  regretter dans ton parcours, je suis bien d’accord avec toi. D’autant que selon moi, avec ce fameux Fabien, s’il y a eu autant de souffrance, c’est probablement parce qu’il y avait beaucoup d’amour, et dans ce cas c’est malgrĂ© tout très prĂ©cieux. C’est un peu lui aussi qui fait de toi une guerrière. :)


 

hĂ© bein on voit que dĂ©s le dĂ©but tu savais 1 : ce que tu voulais et 2 : ce que tu voulais pas ^^ je crois que c’est comme çà qu’on rencontre l’amour non ? Quand on tombe dessus : On sait ce qu’on veut ^^


Je laisse un commentaire

NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires

Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.

Zapping

electricalstorm
electricalstorm a posté un commentaire. (20:41)
Rose H.
Rose H. a posté un article. (18:17)
Maianna
Maianna a posté un article. (16:55)
zazaofmars
zazaofmars a posté un article. (13:47)
thoubbope
thoubbope a mis Ă  jour son avatar. (17:18)
Previously on LR

Paulette, émancipée ?

J'en ai tellement entendu parler que je voulais voir ça par moi-même. Je parle de Paulette, bien sûr, le magazine communautaire lancé par Irène Olczak. En 2010, c'était la version web, puis plus...

Bref : un phénomène de société ?

Bref, programme court ou shortcom, est diffusée sur l’antenne de Canal + depuis septembre 2011. Ce n’est pas la première série de ce genre. Un gars une fille avait aussi eu un grand succès...

Récit de concert où glam et bière peuvent rimer

Ce jour-là, j'avais mis trois heures à me préparer pour le concert qui m'attendait et j'ai bien fait. Habituée des petits concerts de ma ville, frêle esquif aimant la bière, j'étais encore une fois parée...

Paradigme de la vie et des relations par mon chat

Parfois, je me sens proche des idées de Brigitte Bardot. Je ne parle pas de cette obsession pour la choucroute ou l’aigreur haineuse, mais plutôt de la croyance en un monde animal...

Ne pars pas

C’est sous la pluie battante que je le regarde partir, la nuit tombe doucement ce soir, timidement. Dois-je le rattraper pour lui dire ce que je ressens ou laisser faire la vie qui peut-être le ramènera à moi ? Je n’ai pas le courage...

D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère

Travaillant depuis peu dans le domaine du droit, une collègue m'a conseillé de lire le roman d'Autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère afin de mieux appréhender le monde de la jurisprudence...

Les Partenaires

Les Amies

Paperblog