Finalement, mes cheveux et moi avons passé le cap de l’enfance sans trop de heurts. Ils faisaient leur vie. Je faisais la mienne. C’était l’époque relativement paisible de la cohabitation.
A l’adolescence, les choses changèrent légèrement, comme vous pouvez vous en douter. Il y eut un important remaniement hormonal qui débuta par une tentative de coup d’état. Des frisettes très serrées essayèrent de prendre la place des capricieuses et indolentes anglaises. Les anglaises luttèrent bien un peu mais les frisettes étaient mieux armées. Plus les anglaises se débattaient, plus les frisettes se resserraient. C’était plutôt difficile à supporter pour ma part car, pendant que mes cheveux se livraient une bataille infernale, je ne ressemblais pas à grand-chose. Finalement, les frisettes prirent le dessus. Mes parents me regardèrent d’un drôle d’Å“il comme s’ils m’estimaient responsable. “A-t-on jamais vu cheveu si frisé dans notre famille ?” semblaient-ils dire. (D’un autre côté, toute ma famille avait les yeux bleus alors que les miens étaient verts. Je n’étais donc plus à une contradiction près…)
Mes parents, mes frères, mes cheveux et moi déménagions quelques mois plus tard à l’autre bout de la France. Une nouvelle ville, un nouveau quartier, une nouvelle école… Durant le trajet, qui prit une éternité, je me plaisais à rêver à l’accueil que mes cheveux et moi aurions au collège. Je n’avais pas envie de me laisser aller à pleurer en pensant à mes amies, à toutes celles qui avaient souhaité un bon voyage à leur “petit mouton adoré”. Je préférais imaginer que de grandes choses attendaient mes cheveux et moi.
Et ce fut le cas ! D’abord, je fus traitée de caniche par une jeune fille blonde qui devint vite mon amie. “Caniche” était en fait l’insulte la plus agréable que je recevais chaque jour (on se moquait beaucoup de mon accent de Ch’ti et me traitait de bosch du Nord à longueur de temps). Les premiers mois furent des plus difficiles. Je n’avais aucune envie de me lever le matin pour aller dans cette école horrible. Tout le monde parlait dans un argot que je ne comprenais pas. Dans ma rue, la majorité des gens étaient d’origine italienne. Je ne connaissais pas non plus un traître mot d’italien et ça les faisait rire. Tout ce que je voulais, c’était retourner dans mon plat pays.
Et puis, un jour, il se passa ce qui arrive bien souvent dans la vie d’une jeune fille de 13 ans. Mon regard croisa celui d’un garçon plutôt mignon. Mes joues devinrent roses, rouges, pivoine, cramoisies. Mes genoux se mirent à trembler et mon cÅ“ur à s’accélérer. Le garçon me sourit et vint me parler. Il me trouvait jolie et - devinez quoi ? Il trouvait mes cheveux très jolis aussi. Waouh ! Je n’en revenais pas !
Chaque matin, quand j’allais à l’école, je laissais mes cheveux au vent, espérant croiser ce garçon si mignon. Bien souvent, cela marchait. Je ne sais pas si c’est moi qui partais plus tard ou lui plus tôt pour me rencontrer mais nous tombions bien par hasard sur l’autre chaque matin que Dieu faisait. J’aimais bien qu’il joue avec mes cheveux, qu’il tire dessus pour les faire remonter comme des ressorts. J’aimais même qu’il s’en moque gentiment. Cette petite cour dura environ un an. Ensuite, il se lassa (ce que je comprends facilement aujourd’hui ! D’un autre côté, j’avais 13 ans et lui 17…) Il se mit à sortir avec une fille “plus mûre” et moi je rattachai mes cheveux.
Aux vacances suivantes, un jeune Allemand me poursuivit de ses assiduités dans tout un camping en criant après moi “schön…” je ne sais plus quoi (je suis nulle en allemand). M’enfin, ça voulait dire cheveux. A mon retour de vacances, ce fut la même chose dans le quartier puis à l’école. Je n’étais plus vraiment triste que Mr Coup de Foudre s’affiche avec Miss Mûre car je prenais peu à peu conscience que je possédais une arme… fatale : mes che-veux !
Ces fichus satanés enquiquineurs de cheveux avaient réussi l’exploit de plaire à un public beaucoup plus large et attrayant que les mémères à caniches et coiffeurs trop bavards : les garçons. Je n’en revenais pas ! Et ma mère qui me disait “Tu vois, quand je te disais que tu avais de beaux cheveux !”
Dès lors, je me suis mise à en prendre un soin démentiel. Jamais plus je ne sortais de la maison sans les avoir peignés, façonnés, huilés, spray-és… Bref, j’essayais tout pour les mettre le plus possible en valeur. Je demandais à ma maman de m’acheter barrettes, laques et baumes chaque fois que nous faisions les courses (bien sûr, elle refusait.) Mon papa, quant à lui, était ravi que je prenne enfin soin de ma tignasse. Lui qui avait eu les plus beaux cheveux longs de tout 68 désespérait de me voir autant négliger les miens. “Qu’est-ce que tes cheveux sont beaux quand tu en prends soin ! ” s’extasiait-il à longueur de temps. Je savais que c’était un peu forcé de sa part mais j’appréciais le compliment car c’était sa façon à lui de m’encourager. Toutefois, ses encouragements cessèrent le jour où ma mère prononça le mot “garçon”. Soudain, il trouva que je passais beaucoup plus de temps devant mon miroir qu’à faire mes devoirs et regarda d’un peu plus près mes tenues et coiffures avant de sortir de la maison. Heureusement pour moi, il ne se doutait jamais que je retirais mes gros pulls et mes queues de cheval dès que je franchissais le coin de la rue.
Mes cheveux et moi étions devenus les meilleurs amis du monde et je ne voulais plus les cacher à qui que ce soit. J’en étais bien trop fière !
Cette nouvelle assurance atteint l’apogée du ridicule quand, un jour, alors que je m’entrainais (je faisais de la course à pieds à l’époque.), une voiture rentra dans une autre car son conducteur s’était retourné sur moi. Je ris. Bien mal m’en a pris, je crois car à la fin de l’année, je fus punie.
A la fin de l’année, la Miss Cheveux Populaires que j’étais devenue fut invitée chez celle qu’on surnommait la “Baronne” de l’école, une fille ultra-féminine et hyper-sophistiquée. J’allais enfin entrer dans les hautes sphères des filles coiffées comme des déesses et j’hallucinais complètement de cet “honneur”.
Malheureusement, un évènement des plus inattendus vint contrecarrer toutes les chances que mes cheveux avaient de se faire accepter par les autres…
Suite au prochain épisode !
(cc) ·Insomnia·
posté le 05/06/2010 | 550 vues | 4 commentaires | tags: L'odyssée du cheveu adolescence cheveux
Avec du recul, quand on se rend compte que le ridicule ne tue pas, c’est vrai que c’est drôle mais bon…. quand on est ado, on prend tout tellement à coeur qu’on se défriserait pour un rien ;-)
Oh mais t’y es d’là haut aussi ma fille ! Ca fait plisir ! Arras, et toi ? :)
Cambrai mais ça fait longtemps que je n’y ai pas mis les pieds et fait quelques bêtises ;-)
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