Humeurs

Et toi, tu parles hype ?

(ou ma seule chance d’être un jour reconnue par Jean-Do.)

Vous avez toutes et tous dû prendre conscience de mon amour pour la langue française. Dictionnaire des synonymes, des antonymes, des proxémies, Bescherelle et autres folies lexicales, je joue avec les mots depuis des lustres.

Et toi, tu parles hype ?Je fais partie de cette frange de la populasse qui se réjouissait des dictées organisées par Bernard Pivot, que je faisais devant la télé, à huit ans. Je rêvais qu’on organise des concours d’orthographe, afin que le monde entier puisse réaliser mon excellence en la matière. Au collège, je regardais par-dessus l’épaule de mes voisins pour les empêcher de faire des fautes. Au lycée, plus de dictée : je suis devenue mauvaise en français. La seule distinction que j’ai réussi à tirer de ces longues années dédiées à l’amour de la langue de Molière, c’est un sans-faute à l’exercice “Quel mot n’existe pas?” lors de la Journée d’Appel à la Préparation de la Défense, où on nous oblige à devenir patriote, plus que défenseur de notre nation. Bref.

Je réalise soudain avec amusement que je ne suis plus la seule aujourd’hui à manier les mots avec désinvolture et légèreté : parler bien français, c’est devenu hype ! Ainsi, je compte bien faire la lumière sur ces quelques termes et expressions qui reviennent souvent dans les bouches de vos parents, de vos amis, de vos collègues, des politiques, des journalistes, des professeurs…

Comme la mode qui va et qui vient, les mots sortent puis tombent dans l’oubli, afin de mieux revenir. Alors on y va les yeux fermés et sans les mains, sautant à pieds joints dans la mare du néologisme et des expressions-métro :

“Je plussoie.” Oui, d’accord, on comprend bien l’idée. Or ce terme n’existe pas. Personne n’a réussi à lui donner un infinitif digne de ce nom, or, pour ce qui est de le conjuguer, les gens répondent présents ! Mais je ne me formalise pas : moi aussi, j’aime bien ce terme.

“Dans l’absolu, au demeurant, en soi” : à quoi servent-ils ? Si ce n’est me faire tiquer dès lors que je réalise qu’ils sont prononcés à tour de rôle dans chaque phrase pour agrémenter le discours.

C’est sans compter les nombreuses phrases toutes faites utilisées sans faute dans certains contextes :

- En politique : “Dans cette situation inextricable, il faut savoir tenir compte des tenants et des aboutissants. Nous sommes dans une région géographiquement instable, avec des pôles potentiellement dangereux pour les populations civiles. Si nous devons avoir recours à la force afin de protéger ces populations de la menace terroriste qui pèse depuis de nombreuses années, le nécessaire devra être fait pour pallier ces forces œuvrant contre la sécurité et la paix internationale.” Vas-y que je t’embrouille.

- En musique : “On peut dire que tu as pris des risques. Tu étais sur le fil tout au long de la chanson, parfois à la cave, mais on aime cette façon que tu as de délivrer un message, l’interprétation intérieure que tu as de la mélodie a vraiment un sens.” Je suis pas certaine que ton discours à toi ait un sens, mais soit.

- Au théâtre : “Ton personnage a besoin de matière, il manque désespérément de contenu. C’est en puisant dans tes expériences passées, en t’impliquant davantage, que tu trouveras l’émotion qu’il faut pouvoir nous restituer dans cette scène. Sois dans la construction, en continu.” Construire une émotion. J’ai toujours été perplexe.

- En cours : “9/20. Vous êtes passée tout près de la moyenne. Pourquoi ne vous l’ai-je pas mise ? Parce que dans l’absolu (qu’est-ce que je vous disais ?), il manquait certains éléments essentiels. Quelques-unes de vos idées étaient intéressantes, mais à développer, chose que vous n’avez pas fait. Au demeurant, avec un peu plus de recherche, je vous aurai mis la moyenne. Pensez-y la fois prochaine.” Mais j’y pense, j’y pense ! Et j’ai toujours 9…

- A la Sécurité Sociale : “Je peux rien faire pour vous. On vous a donné un formulaire de Carte Vitale qui correspond à votre immatriculation à la sécurité sociale étudiante, or vous êtes ici à la caisse primaire d’assurance maladie de vos parents, à laquelle vous n’êtes plus assimilée. Vos parents touchent-ils encore des droits pour votre cas ? Il faut vous renseigner, mademoiselle. Je vous conseille d’aller voir du côté de votre centre de sécurité sociale étudiante, parce qu’à notre échelle on ne peut rien faire pour vous. Personne suivante.” Grognasse.

Chacun son discours, chacun sa façon de discourir… Moi, je compte bien continuer à m’emmêler les pinceaux avec tous ces usages et expressions linguistiques à la noix. Peu me chaut, je ne les hais point.

(cc)  the|G|™

7 Responses to “Et toi, tu parles hype ?”

  • Esbroufante enfant !

  • Saperlipopette, vous me titillez les zygomatiques mon enfant (car tu es notre enfant désormais :p)

  • Mais que c’est beau ! Ça fait chaud au cœur… Sans compter les “au jour d’aujourd’hui”, “nonobstant” et autres “en termes de”… Bon, pas le même registre, mais ils passent mal….

  • marrant tout de même de penser que parler correctement français, c’est hype. Sûr que ponctuer son discours par “nonobstant”, ça passe mieux que “lol”, mais concrètement, la phrase n’en est pas plus changée ! :)

  • @Neel : Les ponctuations ampoulées du genre de “nonobstant” et autres sont quand même franchement plus “hype” que le pauvre “lol” qu’on utilise, pour ma part, depuis l’avènement de MSN, chats, forums de discussion et autres cyber-espaces peuplés de créatures particulièrement avides d’orthographe elliptique.

    Entre “en termes de discours qui va nulle part, on se situe où?” et “ftg”, le choix est vite vu.

  • mais LOL quoi…

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