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La semaine musicale de Storia Giovanna #1

Certaines personnes sur Ladies Room me reprocheront d’être trop élitiste ou trop virulente concernant mes goûts musicaux. Que voulez-vous, s’il n’y avait pas eu la musique dans ma vie, je serais drôlement handicapée. En guise de prolégomènes à cette note fortement musicale, je voudrais remercier ma maman pour avoir compris que la parole n’était pas quelque chose d’instinctif chez moi, et que le déclic du solfège a été le commencement du combat que je mène depuis mon enfance : pouvoir m’ouvrir aux autres.

Suite à ces prolégomènes que certaines qualifieraient de larmoyants et de dégoulinants de pathos, je vais vous faire le petit récit de ces primeurs estivales sous le ciel parisien. Une petite semaine entre la fin mai et le début juin, à la manière d’un journal intime (mais pas trop quand même), mais encore une fois rythmée par le continuum des notes dans mon cœur et dans mes oreilles…

Jeudi 27 mai 2010

Un programme de soirée a priori chargé sur le plan musical. Entre le Drink LR #6 et mon orchestre brésilien en concert à la Favela Chic, mon cœur balance. Et surtout, j’attendais du Drink le live de MC C-Imperatriz avec son célèbre tube J’ai un sentiment (Ooooooooooouh !), tellement hype que c’est ma sonnerie de portable. En guise de soirée, je me suis trouvée un peu trop sous influence pour débarquer à la Favela. Je me suis donc délectée des mixes de l’iPod de DJ Mu crachant du krump nouveau, de l’électro cool, de la morue salée (Pardon Brit & Stefani) et de la soul inspirée. Bref, une programmation musicale assez joie de vivre pour me retrouver à parler Kig ha Farz à un taximan grenoblois (donc de Tizi Ouzou, comme tout les Grenoblois). À moins que ce soit les bubulles…

Vendredi 28 mai 2010

La musique à partager comme une urgence. L’avant-veille, j’étais en atelier Maracatu avec un jeune homme qui joue de temps en temps avec nous. À la fin du cours, il court un peu pour rattraper le bus et nous nous retrouvons à discuter de la difficulté à jouer en représentation publique pour les débutants. Il m’avouait qu’il n’avait jamais osé jouer en public, et que la représentation du 6 juin allait être une bonne occasion pour s’y mettre. Je lui exposai toutes les difficultés, mais aussi tout le plaisir qu’on pouvait trouver à faire danser les gens… Je le quitte Place d’Italie et lui donne rendez-vous au prochain atelier.

Ce vendredi soir, je reçois un mail de mon mestre de Maracatu. Il nous annonce que ce même jeune homme est décédé dans la nuit du mercredi au jeudi. Je reste prostrée toute la soirée, me demandant comment la fatalité a-t-elle pu frapper si fort. Comment, à peine quelques heures avant, nous étions tous à partager ce qui nous anime, sans entrevoir de signe tangible de ce qui allait se dérouler. Les prochaines fois que nous ferons résonner nos alfaïas, nous retrouverons désormais son âme qui se mêlera à l’écho des tambours…

Lundi 31 mai 2010

Un galant se rappelle à mon bon souvenir. De notre rencontre, nous nous étions découvert une passion commune pour la musique baroque, et notamment pour Jordi Savall, le célèbre joueur de viole de gambe catalan qui enchante les cœurs avec son ensemble Hespèrion XXI. Parcourant Youtube pour passer le temps dans les transports, je tombe sur quelques bribes de documentaires et de représentations du maître…

J’avais oublié toute la suavité et la charge émotionnelle que provoquait chez moi l’écoute de Jordi Savall. Cela m’est revenu en pleine figure. Comme si, ces dernières années, je ne voyais que l’aspect grandiloquent du genre, à force d’écouter Vivaldi. J’avais oublié toutes les volutes aériennes que pouvait dessiner un archet, toute la mélancolie (bien avant le romantisme) que la musique baroque savait susciter à l’époque… Jordi Savall est un baiser d’amour partagé dont on se réjouit de retrouver la saveur qu’on regrette d’avoir un jour oubliée…

Mercredi 2 juin 2010

Je regardais Le Grand Journal de Canal +. Ce soir, l’invité musical est Eminem. J’avoue être très agréablement surprise par ses prestations. Le petit white trash blond platine et bouffi à la Vicodin qui crachait sur sa mère et les gays est redevenu brun et s’est apaisé. Il privilégie désormais des refrains chantés, fuck toujours à tire-larigot… Mais il n’a plus ce regard malsain, même quand il fait une prestation en public. On sent qu’il n’est plus là pour le show et la provocation, mais qu’il a enfin des choses à dire. Il arrive désormais à exprimer tout ce qu’il a enduré, sans passer par un personnage dont il n’assumerait pas l’existence une fois l’influence des drogues passée. Et son rap n’en est que plus percutant, plus carré, plus expressif… Une belle métamorphose.

Et puis j’ai aussi regardé la Nouvelle Star. Pour ceux qui ont suivi mes tweets, ils se sont bien rendu compte que j’ai trouvé la soirée un peu consternante. Entre Lussi qui balance Highway to Hell en mode morue, François qui était à deux doigts de nous faire l’accent du Sud sur Cabrel et du métal sur Muse (oh le blasphème ! T’étais tellement meilleur quand tu nous as fait Rihanna version Brian Molko très pop…), Ramon… bon ben Ramon ^^, et même Luce qui nous a limite chanté du Tina Turner comme Whitney Houston à Londres, j’avoue que ce n’était pas une partie de plaisir. Mais le plus consternant, c’est que Ramon, qui n’est là que pour des raisons purement esthétiques (surtout depuis que des photos de lui avec juste une chaussette circulent dans la presse), a quand même été préféré à Lussi qui est quand même une vraie chanteuse (certes, c’est un robot, mais en attendant, elle chante correctement). Et après, on se demande pourquoi je me pose des questions sur la valeur qualitative de la musique à l’heure actuelle… Oui, je suis une pouffiasse élitiste qui se la pète, et accessoirement, je vous emm***.

Jeudi 3 juin 2010

Débat afterwork dans le RER D avec ma collègue journaliste. Elle se rend à l’invitation de ses amis dans un bar du XVIIe faire un blind-test et m’avoue qu’elle n’a que très peu de culture musicale. S’en suit une conversation sur le fait qu’il est difficile à l’heure actuelle de trouver des artistes qualitativement intéressants. Elle me cite Pony Pony Run Run et Birdy Nam Nam. Ce en quoi je lui rétorque que la French touch vit sur ses lauriers depuis 15 ans et que ça m’énervait quelque peu. Elle me répond que non, c’est tout nouveau, tout frais, et je lui glisse avant de me séparer d’elle à la Gare du Nord qu’elle ferait mieux de réécouter le Laurent Garnier de la grande époque ou les premiers Bob Sinclar, voir Monsieur Oizo, soyons fous.

Le grand poète Bernard Lavilliers chantait La musique est un cri qui vient de l’intérieur. Normal donc que ma semaine, comme toutes les autres semaines de ma vie, soit une succession de hurlements primaux et anarchiques. Mais du moment que des notes parcourent ma tête et mon cœur, je sais qu’au moins, je suis en vie.

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