«Je suis né ici, dans cet endroit où le soleil ne se lève jamais…» J’habite dans une petite maison reculée dans les bois. Vers 18h, je m’assois dans ce fauteuil défoncé situé à l’extrémité de la terrasse. Mon regard se pose alors longuement sur cet environnement sauvage qui a la particularité d’être «bicéphale».
Les arbres, centenaires et millénaires, s’entremêlent à loisir dans cette épaisse forêt où la végétation est luxurieuse, abondante. Le climat, à la fois chaud et sec a engendré cette mangrove étrange. Je me demande parfois si ce paysage avait à l’origine une tout autre facette…
Je pourrais rester ici à vous le décrire avec plus d’attention, mais mes écrits ont une tout autre portée… Je suis né ici dans cet endroit où le soleil ne se lève jamais. Ma première bouffée d’oxygène eut le gout de la terre, ma première vision fut la surface de mon trou, ma grotte. Mon premier mot fut «Néophyte»…
Une signification si vague de ce mot que je n’ai tout d’abord pas compris… «Être l’apprenti d’un autre», «suivre l’apprentissage d’un maître», «apprendre à vivre» m’a-t-on dit. On m’a appris à chasser, malgré ma faible vue, à survivre au sein de ces galeries infinies. On m’a conté mon histoire, j’ai suivi les préceptes enseignés et encore aujourd’hui je me questionne sur mon «utilité»…
J’ai néanmoins cette faculté, ce don, qui me permet de dormir et «voir» ce qui se passe en «haut». Comme dans un rêve étrange ou j’aurais la faculté de contrôler mon esprit et mon corps sans interagir avec les êtres de la surface. Je deviens un «fantôme» vivant, mon âme erre alors à la surface dans l’espoir d’une vie meilleure, mais mon corps supporterait-il la lumière de ces soleils imaginaires à mes yeux ?
C’est lors d’une de mes balades «fantomesques» que je l’ai rencontré. Je me rappelle de tous les détails de cet après-midi et curieusement ils ne concernent qu’elle. La première image que j’ai d’elle est celle de ses pieds. De ses petites ballerines rouges et de ses socquettes à carreaux jaune, qui m’avaient arraché un sourire. Elle portait une robe à volants jaune et bleu qui lui donnait un air enfantin.
Ce jour là , il faisait beau et pourtant une pluie fine s’était abattue doucement sur la ville morte. De l’eau tombait à grosses gouttes de ses cheveux mi-longs, légèrement ondulés. Elle avait une attitude hiératique, ses mains se raccrochaient à ses épaules frêles et ses pieds s’entrecroisaient avec une étrange symétrie. Son visage, qui exprimait une légère moue, m’avait laissé bouche bée. Elle avait tourné son regard laiteux vers moi, m’avait embrassé de ses lèvres rouges sang d’un signe de la main et un homme avait traversé mon corps.
Et alors qu’il se dirigeait vers la jeune fille à grands pas, j’avais pris la décision, ce jour-là , de monter à la surface pour elle. Cette sainte Léa.
(cc) 185Queens
posté le 28/05/2010 | 442 vues | aucun commentaire
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