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Les arrivants

Ils viennent d’Érythrée, du Sri Lanka, de Roumanie, de Mongolie et d’ailleurs. Ils fuient les persécutions, ils fuient la guerre, ils fuient souvent la violence et la misère.

Les arrivantsIls ont quitté leur pays à bord de bateaux de fortune ou par avion. Ils ont économisé pour payer les passeurs ; à leur arrivée en France, il ne leur reste plus d’argent, un ou deux sacs de voyage seulement. Certains apprennent dans quel pays ils posent le pied quand le passeur leur dit : «Ici c’est la France». Ils ne parlent pas français, quelques mots d’anglais tout au plus.

Paris 20ème. Des hommes et des femmes dans cette situation, des «arrivants», il y en a tous les jours dans les locaux de la Coordination de l’accueil des familles demandeuses d’asile (Cafda). En face d’eux, quelques assistantes sociales. Caroline, 23 ans, débutante, stressée et agressive. Colette, la cinquantaine, qui a de la «bouteille», plus calme et qui trouve tant bien que mal des solutions aux problèmes. Après un premier «tri» -ce qui signifie ni plus ni moins décider si les demandes d’asile ont de vraies motivations-, les assistantes sociales assurent un suivi des familles, accordent logements, nourriture et premiers soins, et aident dans les démarches administratives.

Les demandes d’asile sont adressées à l’Ofpra -Office français de protection des réfugiés et apatrides. Entre le moment où une famille est prise en charge par la Cafda et le moment où l’Ofpra donne sa réponse, rejet ou acceptation, il s’écoule parfois des mois. Pendant ce temps, on fait avec les moyens du bord, à la manière «système D» parfois. La Cafda dispose de moyens financiers somme toute assez dérisoires face aux besoins réels des familles. Logements très sommaires avec peu de commodités. Tickets restaurants en nombre insuffisant et distances trop longues à parcourir tous les jours dans Paris pour prendre ses repas.

Claudine Bories et Patrice Chagnard ont planté leur caméra pendant quelques mois dans les locaux de la Cafda. De Mai à Octobre 2008, ils ont suivi quelques familles dans leur parcours du combattant. Les réalisateurs nous livrent un témoignage saisissant, sans aucun commentaire, sur ces personnes qui demandent l’asile, leurs situations complexes, leurs attentes aussi. Mais également un témoignage sur le travail des assistantes sociales -premier visage de la France pour les demandeurs d’asile- qui ne peuvent qu’appliquer la politique du ministère de l’Immigration. Un travail qui laisse bien peu de place aux valeurs personnelles et aux idéaux.

La caméra, tout en nuance, filme avec distance, sans jamais pointer du doigt ou accuser un parti ou l’autre. La jeune assistante sociale impulsive, qui infantilise et qui se retrouve au final complètement désarmée. Les interprètes, témoins de scènes difficiles mais qui doivent rester neutres. La lourdeur de l’administration française et les lois auxquelles se heurtent les demandeurs d’asile. Le budget qu’on dépasse pour qu’une jeune maman qui allaite son bébé puisse se nourrir convenablement. Mais aussi les bénévoles d’associations qui sont là pour soutenir et écouter les histoires de chacun. Les espoirs placés en cette terre d’accueil plus hostile qu’elle n’y paraît et les larmes de soulagement d’une mère qui a obtenu le droit de vivre en France.

C’est un documentaire politique évidemment, témoin du monde violent dans lequel nous vivons. Mais c’est aussi un documentaire profondément humain et captivant du début à la fin. A voir absolument.

Film documentaire de Claudine Bories et Patrice Chagnard (sorti en salle avril 2010)

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