Maintenant que je suis une stagiaire qui gagne 417€ tous les mois, j’aime le luxe et m’offre des revues. Pas le Glamour 1.90€ (ou moins) ou le ELLE à 2€. Je ne mange plus de ce pain-là , je lis Standard, un trimestriel à 4.90 €. Â
En réalité, un matin j’étais en avance et pour ne pas me retrouver comme une conne devant la porte fermée du bureau, j’ai traîné à la recherche de lecture. J’avais déjà écumé Mad Movies et pas envie de lire un magazine féminin, ni un truc politique. Alors, mon regard c’est baladé sur les différentes couvertures jusqu’à rencontrer un visage de femme et un titre accrocheur «Stars, Gossips & people» pour la cagole qui est en moi.
Étrangement, il ne s’agissait pas d’un Closer ou d’un Public, mais d’un pavé de 242 pages nommé Standard. Dans une petite case en dessous, je lis «trimestriel culture & mode». Mon côté fifille et gossip girl a accroché, alors je commence à le feuilleter. Dès les premières pages, je suis envoûtée par l’odeur et le toucher du papier glacé. Nous sommes très loin de la sensation de «papier toilette» (ou presque) de nombreux magazines.
Puis, j’entame une rapide lecture pour vérifier que je ne vais pas jeter mes quatre euros et quatre vingt centimes à la poubelle. Le vendeur commence à me regarder de travers, mais je l’ignore, je suis captivée par un article sur Velvet d’Amour. Arrivée au point final, j’entends le vendeur faire un drôle de bruit en me regardant. Au lieu de tirer une tronche de six pieds sous terre, il pourrait m’offrir un cappucino ou un thé. Puis un canapé ça ne serait pas du luxe ! Standard il faut du temps pour le lire, ce n’est pas réglé en 25 minutes (pubs comprises). C’est enjouée que je m’offre cette petite folie, manque de chance pour moi, il est 10h05, je suis déjà en retard et Frédéric, mon responsable, est très strict avec les horaires. Une fois, j’ai osé partir à 17h57 et il était à deux doigts de sortir le fouet (Il aurait adoré le coquin).
J’ai tenu toute la matinée, frustrée de ne pas pouvoir faire mon intello, bobo avec son magazine volumineux que personne ne connaît. A 13H00 pile, j’ai tout lâché et me suis empressée de caresser ce papier glacé qui me rend toute chose. Je ne commence jamais une revue par le début, je le survole jusqu’à tomber sur la page qui retient mon attention.
J’ai entamé ma lecture par une l’interview de Jenny Bel’air, travesti de 57 ans, ancienne physionomiste du Palace, haut lieu de Paris. Présentée comme leader de l’underground parisien, elle est le sujet d’un documentaire et futur auteur d’un recueil de gossips. Cette femme, elle en a vu des scènes atypiques, des rencontres étranges et des stars en train de s’encanailler. Sur six pages de textes, elle nous relate un passé de folie et de luxure. De quoi découvrir et imaginer un univers qui me sera toujours complètement étranger. Du gossip, de la star version classe et trash ! J’enchaîne sur une analyse de Gossip Girl, question rumeur oblige, le sujet est tout choisi.
Toujours sur ce thème, c’est le roi des ragots d’Hollywood qui est décrypté, mister Perez Hilton, une langue de pute devenue star à son tour. Ces sujets peuvent sembler banals, déjà vus, limite chiants. Néanmoins, Standard apporte une vision différente par la qualité d’écriture et l’angle choisi. Puis des tronches y participent, des profs, universitaires ou écrivains. Mon article chouchou est bien loin de l’univers bling bling des people. Six pages, sous forme d’interviews de plusieurs artistes iraniens, de quoi faire un petit bilan de cette société et de la place de l’art/liberté.
A la fois instructif sans être prise de tête, puis sous forme d’entretien, c’est plus immersif, j’aime ressentir de l’empathie, devenir Iranienne le temps d’une lecture. De très belles illustrations, dessins et photographies accompagnent les mots. Les clichés mode de Patrice Fuma-Courtis, nommé «Ascension d’une miss réunion» ou Coiffure pour dame de Fabrice Guyot.
La revue se termine par une chronique culturelle, une centaine de pages qui passent de l’art, au cinéma, au théâtre, aux médias, à la mode ou à la musique. De quoi se tenir au courant des prochaines sorties des bobos ! Je suis une mauvaise langue, car j’ai aimé la critique du film de Gaspar Noé, Enter the void : «un trip visuel absolu au scénario, hélas puéril». Puis la rencontre avec la styliste Christian Joy, c’était cool. Je sais d’où Lady Gaga tient son look. Chez Standard ils sont tellement IN qu’ils parlent de jeux vidéo sans avoir l’air ridicule ! Quatre pages, dont un article sur les relations entre la peur et les nouveautés, genre ils connaissent Alan Wake.
Je vais m’arrêter pour la liste des pseudo analyses des différents écrits, ou alors ce billet ne verra jamais la fin ou aucun lecteur n’ira au bout. A la différence de beaucoup de magazines, Standard nous vend du contenu, des textes comme des images. Je suis une liseuse rapide et pourtant il m’a fallu deux jours pour le terminer. C’est tellement rare aujourd’hui, de passer beaucoup de temps à lire une revue avec des articles qui ont de la gueule et qui ne se contentent pas de recopier. Ou alors, il faudrait que je lise le monde tous les jours et moi trop d’actualités tous les jours ça me donne le cafard.
Standard c’est un bon mélange d’underground, d’articles de fond, d’art, de mode, de photographie et de légèreté. Puis il est beau, il ne donne pas cette sensation de consommation d’informations que l’on jette une fois la lecture achevée. Un vrai coup de cœur, une vraie découverte et je ne suis même pas sponsorisée.
J’ai cherché quelques infos, afin de me la jouer “je me renseigne sur mes lectures”. Standard a vu le jour en 2003. Chaque numéro décrypte un courant fort de l’actualité. A découvrir le blog Standard tout aussi bobo, artiste et jeune parisien décalé ! J’assume mon côté Standard et j’achèterai même le prochain !
posté le 13/05/2010 | 944 vues | aucun commentaire | tags: standard revue gossip Formes Culture | 2 ont aimé
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