ndlr : Cet article a été choisi par Pomme pendant sa semaine de rédaction en chef.
Après deux mois à expliquer à mon entourage que NON, je n’allais pas faire d’enfant dans les mois à venir et que NON, je n’allais pas me marier, je suis toujours un peu chamboulée.
Il faut croire que s’installer avec son mec peut provoquer autour de soi de sévères lésions cérébrales. Soudainement, je me serais transformée en femme au foyer, ne rêvant que d’un gros cailloux accroché à l’annulaire. Dites adieu à la Moi indépendante, autonome, working girl et féministe du 21e siècle.
Mais alors : être en couple, est-ce devenir aux yeux des autres, un monstre à deux têtes ? Sommes-nous vouées à abolir le “je” de notre vocabulaire pour ne plus prononcer que des “nous” ?
Depuis que je ne suis plus célibataire, la première question qui saute à la bouche des gens est inévitablement : “ça va avec ton mec ?” Finis les “ça va la vie, les études, le taf, les projets, la santé ?” Aujourd’hui, les gens veulent savoir si mon amoureux et moi sommes toujours amoureux. Le reste, on s’en balance ! Ça n’a plus d’importance, car après tout, “c’est tellement cool d’être en couple”, “tu te rends pas compte de la chance que t’as”. La famille, les amis, les collègues. Tous semblent dire : “alors, y a du potin ?!” Ou mieux, “quand est-ce que vous faites un gosse (qu’on puisse balancer sur la rapidité inconsciente de votre relation, bande de fous) ?”
Mais lorsque votre mec n’est pas là , et que la maison redevient en l’espace de quelques jours, votre antre de célibataire, c’est un tout autre discours que vous entendez… “Oh, il te manque pas trop ? Tu te nourris au moins ? Tu es sûre que ça va aller ?” “Bah, tu sais, je me suis fait proscrire du Prozac et je me suis enfermée dans le noir pendant six jours.”
Et comme dans toutes histoires de nana réactionnaire et râleuse à souhait, arrive le moment où elle réalise qu’il y a un semblant de vérité dans cette sombre affaire…
L’homme est parti deux semaines à l’étranger. D’habitude cuisinière avertie, je me suis alors nourrie de Cheerios à l’eau, ou à la vodka en cas de pénurie. Propre sur moi (enfin, normal quoi), j’ai fait la grève de la douche le week-end, et me suis curé les ongles avec les dents. J’ai laissé mon poisson rouge vivre dans ses petites crottes, ai mangé mon yaourt à la paille et pris un malin plaisir à ne pas rincer le lavabo. Mes fringues ont jonché le sol un peu partout dans l’appartement. Des miettes de Pépito me grattaient le dos dans le lit, tandis que des bouteilles de Kro roulaient dessous.
A force d’entendre que mon mec et moi ne faisions qu’un, je m’y suis habituée. Inconsciemment, je me suis mise à compter sur sa présence, me suis habituée à ce qu’il s’occupe de moi. Sans lui, j’ai senti les prémices de la mort de mon autonomie. Abandonnée à mon triste sort, en plus du manque affectif, la femme des cavernes qui sommeillait en moi a refait surface. Lorsque mes voisins ont frappé à la porte, paniqués par l’odeur de cadavre de ma vaisselle sale, j’ai enfin réagi. (Que voulez-vous, c’est lui qui la fait d’habitude.)
Alors quoi, étais-je devenue une impie du ménage à cause de quelques jours en célibataire ? L’absence de l’être aimé aurait-elle frigorifié mon amour-propre ?
La panique a logiquement suivi cette intense réflexion. Malheur et damnation ! Je suis dépendante, je suis accro, je suis faible, je suis un monstre à deux têtes. Atrophiée de ma moitié, je ne suis plus moi-même, je suis vidée. Oh mon Dieu, mais c’est affreux !!
Stupeur. Ce n’est pas moi. C’est impossible. Mais comment est-ce arrivé?!
La réaction ne se fit point attendre. Le cauchemar étant devenu réalité, j’ai crié très fort et me suis réveillée en sueur. En une journée, j’ai décapé chaque recoin de mon chez moi, et assaini l’air moisi. Steak (mon poisson) gazouille désormais au frais dans son tupperware, tandis que moi, je trinque à mon indépendance retrouvée avec mes home girls. Plus décidée que jamais à ne pas sombrer à nouveau dans un état de léthargie similaire, je me suis fait un programme en béton pour les derniers jours de célibat forcé. Sorties, ballades, bonnes bouffes, soirées, rien n’est trop beau pour mes vacances de femme autonome. Les retrouvailles n’en seront que plus douces, dans des draps propres de toutes traces de chips.
Si je devais tirer une morale de cette mésaventure : ne jamais, JAMAIS sous-estimer la puissance de sa faiblesse…
ps : toute cette histoire est fausse bien entendu…
(cc) Alex Dram
posté le 10/05/2010 | 1495 vues | 4 commentaires | tags: faiblesse dépendance relation A deux amour | 5 ont aimé
Mouahahaha, j’aime bien ce docu-fiction ;) En célibataire endurcie mais dilettante, il me fait doucement sourire.
La dépendance, y a rien de pire.
@LolaColfer : n’est-ce pas ? En plus d’être bien nommé, il est beau comme un dieu.
@Rose H. : ça me faisait bien marrer aussi quand j’étais célib’… Maintenant, je suis plutôt sur le qui-vive^^ Je sais pas si c’est le pire, quand tu penses aux morpions que certains peuvent t’offrir, mais pour sur, faut se tenir à carreaux.
J’adore suivre ta vie réellle et son pendant fictionnel ! Ca me fait tellement rire !
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