Hier, j’entendais une femme expliquer Ă une amie qu’elle, “elle travaillait pour se vider la tĂȘte”. “Lorsque je suis chez moi, je rumine, je broie du noir, je ne sais pas comment m’occuper” a-t-elle ajoutĂ©. J’ai compris plus tard qu’elle Ă©tait assistante de vie auprĂšs de personnes ĂągĂ©es.
Ces propos m’ont interpellĂ©e.
On entend souvent que le travail est un fardeau, une peine, une contrainte. C’est parfois le cas.
Mais pour cette personne, le travail semblait ĂȘtre en quelque sorte une libĂ©ration. LibĂ©ration de chez elle, libĂ©ration de ses pensĂ©es…
Il me semble que cette phrase montre bien que le travail, malgrĂ© toutes les critiques que l’on puisse lui faire n’est pas seulement un moyen de gagner sa vie, une contrainte mais peut aussi ĂȘtre un moyen de s’Ă©panouir et joue un rĂŽle important dans la construction de son identitĂ©.
Pourtant, son mĂ©tier ne fait pas partie de ceux que l’on qualifie habituellement de faciles, de gratifiants, de bien rĂ©munĂ©rĂ©s. Mais Ă Ă©couter cette personne, ce travail lui semblait prĂ©cieux, utile pour elle (et pour les autres, mĂȘme si elle n’a pas mis cet argument en premier). A l’heure oĂč le travail est l’objet de nombreuses critiques, oĂč l’organisation du travail est remise en cause, oĂč les risques psycho-sociaux n’ont jamais Ă©tĂ© aussi importants, oĂč le stress est devenu une cause nationale, il est bon de rappeler que le travail peut ĂȘtre une bĂ©quille, un cadre structurant et pas seulement une activitĂ© aliĂ©nante…
Le travail peut ĂȘtre source de mal-ĂȘtre mais aussi de bien-ĂȘtre (ou du moins de mieux-ĂȘtre). Il revĂȘt une fonction d’identitĂ© et de lien social qui, pour certaines personnes, est trĂšs importante, voire vitale, au-delĂ des considĂ©rations Ă©conomiques et financiĂšres.
Le travail peut donner le sentiment d’ĂȘtre un simple rouage inutile ou absurde mais il peut aussi permettre de se sentir utile… Sachant que le travail ne se rĂ©duit pas Ă sa forme marchande (travail associatif, bĂ©nĂ©vole notamment). Qu’en pensez-vous ?
(cc) hessiebell
postĂ© le 27/04/2010 | 1108 vues | 8 commentaires | tags: accomplissement bien-ĂȘtre travail
Comme dit Mely, c’est une façon de s’oublier un peu et de relativiser ses soucis. Je pense que quand on donne aux autres, on a aussi une sorte de rĂ©compense humaine, une gratification que l’on n’a pas forcĂ©ment quand on a boulot plus centrĂ© sur soi. C’est le propre du secteur social, les gens de ce milieu sont pour la plupart des passionnĂ©s.
Je suis dans cette problĂ©matique-lĂ aussi. Et c’est mĂȘme nĂ©cessaire dans mon travail aussi. Tant pour la veille que pour la crĂ©ation graphique, j’ai besoin d’avoir la tĂȘte vide pour travailler. Et puis une certaine fatigue Ă©mane du travail intellectuel…
Merci Ă toutes les 3 pour vos commentaires. Je trouve vos remarques trĂšs justes. Travailler au contact des autres permet d’oublier ses propres soucis…et peut ĂȘtre trĂšs valorisant vis Ă vis de soi-mĂȘme. Le travail peut permettre aussi de se “vider” agrĂ©ablement…(pas trĂšs heureux comme expression mais on se comprend !!)
Mais bizarrement, la personne que j’ai entendue ne mettait pas en avant cet Ă©lĂ©ment (ĂȘtre au service de personnes ĂągĂ©es) mais davantage le fait d’avoir un travail, des horaires, un cadre.
Mais probablement que les 2 choses Ă©taient (intimement) liĂ©es mĂȘme si elle ne l’a pas exprimĂ© ainsi.
Un trĂšs bel article ! Ăa fait du bien de positiver de temps en temps. C’est vrai que parfois on se lĂšve et on se dit que l’on n’a pas envie d’aller travailler simplement parce que c’est devenu la norme de penser ça. Le travail = la barbe… Mais dans le fond ce n’est pas forcĂ©ment vrai. C’est parfois Ă force d’ĂȘtre pessimiste Ă propos de notre travail que celui-ci devient ennuyeux…
“Le travail peut ĂȘtre source de mal-ĂȘtre mais aussi de bien-ĂȘtre” je dirai UN travail en particulier exercĂ© dans des conditions detestables peut etre source de mal etre mais le travail en general c’est vital pour notre equilibre. On a besoin de produire, d’avoir une activitĂ©, de mettre en oeuvre ses competences. meme des gens qui font des metiers pas “glamour” ont dans la majoritĂ© besoin de cet equilibre, besoin autant de gagner de l’argent que de trouver un sens Ă leur fonction.
je comprends ta copine. Je me sens indisociable de mon travail. J’arrive tres peu Ă dĂ©brancher…le travail c’est aussi une facon d’exprimer d’autre parties de sa personnalitĂ©.
Le travail peut aussi parfois ĂȘtre une sorte de fuite en avant qui nous permet de ne pas se mettre les yeux en face des trous, et lĂ il me semble que cela peut devenir trĂšs dangereux…
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ben elle doit ĂȘtre comme moi cette femme, Ă partir du moment oĂč tu fais un travail dans lequel il faut s’oublier pour penser aux autres, s’occuper d’eux, les Ă©couter, et leur trouver des solutions, tu te sens vide dĂšs que ça s’arrĂȘte. Moi j’adore ça, surtout quand j’ai des problĂšmes, que je suis triste, perturbĂ©e, peine de coeur etc… le fait de bosser me permet de retrouver un Ă©quilibre, faire du bien aux autres c’est faire se faire du bien…je suis tellement anarchique dans ma tĂȘte et dans mes Ă©motions, bosser auprĂšs des jeunes me maintient sur les rails parce que je suis responsable de quelqu’un d’autre que moi.