Qu’est ce donc lĂ bas ? Une lumière, lĂ au loin. Le bout du tunnel, mais la route fut longue, très longue, mais il Ă©tait lĂ , bien rĂ©el.
Je suis rentrĂ©e en chambre stĂ©rile le vendredi 15 mai 2009. Les premiers jours ont Ă©tĂ© durs. Les traitements me faisaient mal jusque dans les os. J’ai passĂ© deux jours Ă dormir car l’on m’avait administrĂ© des calmants.
Les deux premières semaines, je les ai passĂ©es prostrĂ©e. TantĂ´t je ne rĂ©alisais pas le chemin qu’il me fallait parcourir, tantĂ´t j’Ă©clatais de colère et de dĂ©tresse. Je criais Ă l’injustice, moi qui n’avait jamais fait un Ă©cart de conduite quant Ă ma façon de vivre. Pas une cigarette, pas de drogue, pas de fĂŞtes finissant la tĂŞte Ă l’envers, pas d’aventures sans lendemain. Pourquoi moi, qui essayait au mieux de garder ma dignitĂ© intacte. Enfin je me suis calmĂ©e. La colère n’aurait rien rĂ©solu.
Puis il a fallu endurer ce que je redoutais le plus. Cela peut paraĂ®tre futile, mais je vĂ©nĂ©rais presque le trĂ©sor que mes parents m’avaient offert et qui ornait ma tĂŞte. Le jour oĂą ils se sont mis Ă tomber par poignĂ©es, on me les a rasĂ©s.
Trois semaines passent. On me dit qu’il y aura peut ĂŞtre besoin d’une greffe. Ils attendent juste de savoir si j’ai un donneur compatible dans ma fratrie. Les rĂ©sultats tombent. Un matin le mĂ©decin entre dans ma petite cage, avec les internes et l’infirmière, le sourire aux lèvres. Mon petit frère est compatible. J’ai cette chance immense d’avoir un frère compatible. En plus d’ĂŞtre les plus beaux cadeaux que la vie m’a donnĂ©, l’un d’eux m’offrira une seconde vie.
Trente-six jours de chambre stĂ©rile. Je peux sortir, ma moelle se reconstruit. Je profite bien des trois semaines de rĂ©pit, avant la seconde chimio. Je vis au jour le jour, apprĂ©ciant le moindre petit Ă©vènement heureux. J’annonce peu Ă peu aux gens, ma maladie, Ă mes amis que je ne voulais pas perturber dans les moments cruciaux de leurs Ă©tudes. Ceux qui le savent sont heureux de me voir rĂ©apparaitre, souriante, croquant chaque instant.
Mais il faut dĂ©jĂ enchainer sur la chimio de consolidation. Deux petites hospitalisations d’une semaine chacune, pas bien mĂ©chantes. Nous sommes en Ă©tĂ©. Je me concentre sur ma prioritĂ© du moment, mon permis. Tout est bon pour se distraire de cette rĂ©alitĂ©.
Mi-Aout, je passe ce fameux permis, que je rĂ©ussis Ă avoir, non sans angoisse. La chance m’a souri, car le lendemain un de mes amis vient profiter de l’air marin de chez moi pour me revoir. Je peux lui faire visiter ces petits coins magiques de la cĂ´te, accessibles seulement par vĂ©hicules motorisĂ©s, pour cause de bonnes distances Ă parcourir. Un moment de bonheur avant d’entamer la sĂ©rie d’Ă©preuves qui m’attend.
Les examens sanguins, pour mon petit frère et moi, sont passés. Après toutes les démarches administratives, la greffe devient totalement possible. Il me faut me préparer aux rayons.
Septembre arrive. Retour dans la chambre stĂ©rile, c’est la mĂŞme que la première. On me pose le cathĂ©ter, on me refait quelques examens. Le feu vert est lancĂ©. On commence par deux jours de chimio extrĂŞmement forte, au point qu’ils sont obligĂ©s d’hydrater Ă raison de six litres par jour. L’effet est radical. Je vomis tout ce que j’ai, la fatigue me gagne, je me sens mal. Mais dĂ©jĂ , on passe Ă la radiothĂ©rapie. Cinq sĂ©ances d’une heure, deux par jours. On ne peut comprendre ce que ça nous fait subir tant qu’on ne l’a pas vĂ©cu. On se retrouve, nu sur une table, dans une position très peu confortable. On nous manipule de part et d’autre, plaçant des capteurs un peu partout. Puis, on nous laisse seul, face Ă cette immense machine, qui semble subitement dĂ©moniaque. Elle vous regarde ainsi, froide, menaçante.
La première dĂ©charge de rayons est lancĂ©e. On ne voit rien, mais on le sent, chaque parcelle de notre corps s’hĂ©risse contre cette intrusion. Bien que ce soit invisible, on sait que ça nous dĂ©truit entièrement, Ă l’intĂ©rieur ça se rĂ©volte. Mais il ne faut pas bouger, surtout pas, sinon ça chamboule tous les calculs. Les rayons vont par vagues de dix minutes. Trente minutes d’un cĂ´tĂ©, trente de l’autre, sans remuer, sinon les manipulateurs râlent. Je me focalise sur la musique, car heureusement, on nous accorde d’apporter un CD, pour se sentir moins seul. Quelle attention.
Je suis de plus en plus fatiguĂ©e, je vomis toujours plus. Je ne peux plus m’alimenter. J’Ă©tais loin de me douter que je n’allais pas manger pendant presque plus de trois semaines. Les rayons ont fini par m’achever.
Jeudi 17 septembre. Mon petit frère est Ă l’hĂ´pital, au service pĂ©diatrie, il va pour donner sa moelle. Tout s’est bien passĂ©, d’après ce que me disent les mĂ©decins qui lui ont fait le prĂ©lèvement. Il s’est rĂ©veillĂ©, il est vasouillard, mais tout a Ă©tĂ© pour le mieux. Il est d’un immense courage. J’aimerais le serrer dans mes bras. Il faut la journĂ©e pour nettoyer la moelle, enlever le sang, car nous n’avons pas le mĂŞme groupe sanguin.
Le soir arrive, l’infirmière me place la perfusion. La greffe est très simple, elle se fait comme une transfusion. Pendant toute l’heure que cela prendra, elle me tiendra la main. Quand cela est fini, je fonds en larme, me disant que j’ai parcouru une grosse partie du chemin, bien que le plus dur reste Ă vivre.
Mon repas devient une poche que l’on me passe par le cathĂ©ter. C’est très peu ragoutant, mais cela m’empĂŞche de m’Ă©crouler. Mes parents viennent presque tous les jours, parcourant la centaine de kilomètres qui nous sĂ©parent. Toutes les semaines, mon ami A. vient me voir. Il a le courage d’affronter ce que je vis, me cachant ce qu’il ressent quant Ă ma situation. Il trouve le moyen de me faire rire. J’attends sa venue, chaque fois avec impatience. Il est le soleil, mais lui a le droit d’entrer dans ma bulle, car les mĂ©decins ont acceptĂ©. Il m’aide Ă tenir, bien que dans ma tĂŞte cet enfermement devienne de plus en plus insupportable.
Enfin, la sortie est proche, mais elle est dure Ă atteindre, car je n’arrive toujours pas Ă m’alimenter et Ă supporter la prise orale des mĂ©dicaments. Cela me vaudra de pĂ©ter un câble, très violemment. Bien que l’on me dise que ma rĂ©action Ă©tait normale, je ne veux l’assumer tant ça ne me ressemble pas.
Enfin je sors. Maintenant, il me faut attendre que la greffe s’affirme, que tout retourne Ă la normale. Mais tout n’est pas terminĂ©, car Ă cause de certains mĂ©dicaments j’ai eu le droit Ă une grosse dĂ©pression. On m’a hospitalisĂ©e Ă nouveau trois fois après la greffe, pour diverses raisons. J’ai eu un rĂ©gime alimentaire stricte, passant par le rĂ©gime sans sel. A NoĂ«l, j’ai atteint les cent jours post-greffe, première grande Ă©tape de la rĂ©mission, mais je peux dire que je suis enfin bien depuis mi-fĂ©vrier, et ça je le dois Ă de nombreuses personnes, mĂ©decins, famille, amis, Ă mon trĂ©sor de petit frère. Je suis vivante.
(cc) JenDarling1010
posté le 24/04/2010 | 1028 vues | 3 commentaires | tags: chimio hospitalisation cancer témoignage | une personne a aimé
Ton histoire est vraiment touchante. je te souhaite prompt rétablissement.
Une fois encore, je suis très Ă©mue. Pour la première fois, je dĂ©couvre ce que c’est la chimio et les rayons “de l’intĂ©rieur”. C’est bouleversant. Merci de nous faire partager ça. Bravo pour ton courage.
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Vraiment contente que les choses commencent Ă aller mieux pour toi. J’attendais des nouvelles depuis la dernière fois… Bravo pour tout ce courage. Tu as rĂ©ussi Ă trouver les mots pour nous faire comprendre l’horreur que ça doit ĂŞtre, j’en suis vraiment chamboulĂ©e.