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Lee Miller, la muse du Paris surréaliste

Lee Miller, la muse du Paris surréalisteCette Américaine a marqué son temps par sa beauté magnétique, son travail et surtout sa personnalité complètement hors norme. Lee Miller représentait pour beaucoup la nouvelle femme du XXe siècle. Aventurière, indépendante, une cigarette au coin de la bouche. Elle a croisé en chemin les plus grands noms du siècle dernier. Inspiration de Picasso, actrice pour Cocteau, protégée de Condé Nast, amie des artistes d’avant-garde puis de la vague surréaliste en France.

Mais Lee Miller est surtout connue pour avoir été correspondante durant la seconde guerre mondiale. Alors établie à Londres, Lee commence à prendre plusieurs clichés des dégâts matériels dans la ville sous le Blitz. Petit à petit, son travail prend forme et rapidement elle devient correspondante pour Vogue. Elle écrit des nuits entières, entre alcool et angoisse, et accompagne ses photos par des articles assez uniques dans le genre. Elle se rend en France et apprend la libération du camp de Dachau. Plus tard, elle se rendra même au camp de Buchenwald. C’est à ce moment qu’elle passera une nuit dans l’appartement vide d’Hitler, en Bavière, d’où a été prise une célèbre photo d’elle se lavant dans la baignoire.

Ces évènements offrent à Lee la photographe une occasion unique dans sa carrière. Avec un œil rare et artistique, ses clichés donnent une autre perspective de l’horreur de la guerre. Mais Lee la femme ne s’en remettra jamais. Elle n’avait pas été préparée à l’horreur de cette guerre et n’a jamais reculé, bien décidée à couvrir les événements. Believe it, reportage paru dans Vogue, avait été acclamé. Elle prend des milliers de photos, seulement quelques unes seront publiées. Après sa mort, son fils découvre des centaines de négatifs oubliés dans un grenier.

Mais avant cette carrière de photo reporter, Lee a eu bien « d’autres vies » tout aussi passionnantes.

Rétrospective

Elizabeth, de son vrai nom, naît en 1907 à Poughkeepsie, petite ville poussiéreuse américaine. La ville ultra conservatrice destine Lee à une vie bien « rangée ». Très tôt la jeune fille étouffe dans ce milieu régi par les conventions. Besoin d’évasion. Cette envie est soutenue par son père dont elle est la « préférée ». Ce père la soutient dans tout ce qu’elle est, de la petite fille colérique à la jeune fille aux attitudes jugées trop masculine par sa mère et les habitants de Poughkeepsie en général. Lee découvre la photographie avec son père pour qui elle posera nue à maintes reprises.

A 19 ans, elle part à Paris sans but précis. Elle tombe sous le charme de la ville, s’inscrit à l’école de l’artiste « révolutionnaire » Medgyès qui enseigne les techniques du théâtre. Là, elle étudie entre autres auprès de Louis Jouvet. Elle repart aux États-Unis, est repérée par Condé Nast, devient modèle à New York et fait la couverture du Vogue US. Mais très vite, elle veut passer derrière l’objectif. Elle termine des études d’art puis repart pour Paris.

De retour dans la capitale, elle rencontre Man Ray, photographe réputé, dont elle sera le grand amour. Fasciné par la vivacité de la jeune Américaine, Man en fera son élève, son assistante, son amante. Il lui apprendra tout ce qu’il sait de la photographie. Man et Lee inventent un nouveau genre de technique photographique, « la solarisation ». Certains de leurs travaux seront exposés à maintes reprises comme témoin de l’époque surréaliste et reconnus par des journaux aussi prestigieux que le New York Times. De son côté, Lee travaille pour le Vogue français et explore les cercles artistiques de l’époque. Man commence à ressentir l’éloignement de sa compagne et cherche de plus en plus à la retenir auprès de lui. Lee finit pas s’envoler pour New York. On ne la possède jamais tout à fait.

Forte de ses années d’apprentissage, elle ouvre un studio. Elle y photographie l’élite artistique de New York et répond à des commandes de Vogue. Son travail connaît beaucoup de succès. Plus tard, elle épouse Aziz, un riche égyptien, ancienne connaissance de Paris, qu’elle fréquentait déjà dans l’ombre de Man. Elle arrête ses activités à New York et part avec son mari vivre au Caire. Sa carrière de photographe est mise en suspens. Mais très vite, Lee a besoin d’air et part en voyage pour plusieurs mois dans le sud de la France. Outre ses fréquentations des amis surréalistes, elle retrouve Man Ray et rencontre Roland Penrose, peintre anglais, avec qui elle finira sa vie, après sa séparation d’avec Aziz.

4 ans plus tard, elle quitte définitivement l’Égypte et part rejoindre Penrose à Londres. Une page se tourne. C’est là qu’elle deviendra reporter de guerre. Cette époque la transforme à jamais. Après la guerre, Lee ne touchera plus que très rarement à un appareil photo. Jusqu’à la fin de sa vie, elle se lance frénétiquement dans des élaborations de recettes de cuisine abracadabrantes mais audacieuses. Des lectures boulimiques, des concours de cuisine et quelques voyages seront désormais son quotidien. De temps en temps, elle réalisera un reportage pour Vogue. Lee qui était toujours sur les routes se retrouve désormais derrière les fourneaux, un verre d’alcool à la main. Toujours. Entre temps, Penrose l’a épousée après qu’elle soit tombée enceinte. Ce fils unique avec lequel les rapports seront uniquement conflictuels ne verra de sa mère qu’une femme dure, alcoolique et égoïste. Ce n’est qu’après sa mort qu’il découvrira toute sa complexité et son talent de photographe.

Dans ses jeunes années, « le plus beau nombril de Paris », comme on la surnommait, était de toutes les fêtes. Provocatrice, elle a ri des effets de sa campagne de pub pour Kotex dans une Amérique puritaine. Choquante, elle n’hésitait pas à se parer d’un unique tissu transparent lors de soirées parisiennes. Une liberté d’être qui lui a permis de s’accomplir, se contrefichant par la même occasion de l’image qu’elle donnait d’elle-même. Profondément immorale. Lee faisait et disait ce qu’elle voulait. Elle a fasciné autant qu’elle a dérangé.

En refermant sa biographie, elle fascine encore, peut-être par la dimension tragique de sa vie. Sa personnalité, ses amours libres, la fulgurance de sa carrière, la déchéance des dernières années. Aventurière et courageuse, Lee Miller semble ne s’être jamais rien épargnée, quitte à en souffrir atrocement. Elle a pris les évènements à bras le corps. Cet esprit intrépide s’est finalement retiré dans la campagne anglaise, son couple avec Penrose s’est déchiré et elle a fini par sombrer.

A la lecture, on peut la détester ou l’aimer, mais on ne peut que reconnaître l’atypisme de cette femme. Scandaleuse et outrageusement libre.

Pour en savoir plus, Lee Miller, dans l’œil de l’histoire, une photographe, biographie de Carolyn Burke
Les vies de Lee Miller, Antony Penrose
Lee Miller, portraits d’une vie, Richard Calvocoressi

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