Article sĂ©lectionnĂ© par CĂ©cile-n lors de sa semaine de rĂ©daction en chefÂ
Je suis une adulte. Une femme bien dans ses baskets. Qui sait ce qu’elle veut, qui sait où elle va. Une femme accomplie, qui sait où vont ses priorités.
C’est très simple. La bouffe en premier. Comme dans « les femmes et les enfants d’abord ! ». Sauf que chez moi, c’est « la viande des grisons et la fêta d’abord ! ».
Certes, la nourriture fait partie des besoins essentiels de l’être humain. Manger, c’est plutôt bon pour la santé, et si on s’en abstient, à long terme, on risque la mort. Il faut manger trois fois par jour, des fruits et des légumes, sinon tu risques le scorbut à ce qu’il paraît. Manger est indispensable. Soit. Mais jusqu’à quel point ? Où qu’il soit, ce fameux point, je l’ai allègrement dépassé.
Quelque soit l’heure du jour ou de la nuit, une partie de mon cerveau est toujours en Ă©bullition : celle qui pense Ă la bouffe. Quand je ferme les yeux, des macarons dansent la valse avec des cornichons, le jambon de parme fait la cour aux truffes en chocolat, la paella fait des courbettes Ă la soupe chorba. Je suis donc gourmande, je prends littĂ©ralement mon pied quand je mange, ce qui dĂ©note d’une grande souplesse, mais aussi d’une impolitesse certaine.
En plus de ça, j’ai faim toutes les deux heures. Mais pas le petit creux qui te susurre tendrement Ă l’oreille qu’un carrĂ© de chocolat serait le bienvenu. Non, chez moi, c’est carrĂ©ment le gouffre sans fond, qui te hurle que si tu ne vas pas Ă©gorger un porcelet afin de le faire rĂ´tir Ă la broche et l’engloutir dans les minutes qui arrivent, ça risque de mal aller. Et j’écoute mon corps. Il n’est donc pas rare de me croiser au dĂ©tour d’une rue, les yeux injectĂ©s de sang, un couteau entre les dents, la bave aux lèvres, grognant comme un prĂ©dateur aux aguets. Dans ces moments lĂ , venir me serrer la pogne se fera Ă tes risques et pĂ©rils : je risque de l’engloutir, ta poignĂ©e de main.
Une fois à table, ça ne s’arrange pas. Un démon s’empare de mon esprit. Je m’empiffre, je me bâfre, je m’en met jusque par derrière les oreilles. Et ce jusqu’à ce que le sentiment de satiété s’installe, ce qui peut prendre une bonne heure. Malheureusement, parfois, souvent même, mon assiette est vide, mais mon estomac, lui, n’est pas plein. Et ma voisine d’en face chipotte avec sa salade césar, en me parlant de… de… je sais même pas de quoi, je n’ai d’yeux que pour l’assiette de celle que je considère, désormais et ce jusqu’à a fin de mon repas, comme mon ennemie.
Parfois un inconscient me demande s’il peut me piquer une frite. Dans ses moments là , mon sang ne fait qu’un tour : alors que la politesse voudrait que j’accepte, mon esprit lui, ne voit qu’un voleur de pitance, qui ne mériterait qu’un bon coup de fourchette dans l’avant-bras. Et que dire des copines au régime qui osent se nourrir de carottes et de feuilles de laitue ? Le pire des crimes selon moi : dire non à de la bouffe. Et que penser de ceux qui osent avoir dans leur gamelle une part plus copieuse ou plus appétissante que moi ? Parfois je sens que je pourrais en être réduite aux pires des extrémités pour pouvoir piquer dans leur plat.
Je crois bien que j’en fais trop, et que je devrais peut être essayer de manger moins, et d’être moins dépendante de la bouffe. Alors j’essaie de ne manger que trois repas par jour, avec entrée, plat et dessert de taille raisonnable. Mais là , en général, la dépression me gagne. Mon estomac pleure. Mon teint est gris. Mes cheveux tombent. Mon moral est en berne. Plus rien ne me fait envie. Je passe des heures à surfer sur des sites culinaires en poussant des soupirs qui déchireraient le cœur de n’importe qui. La diète, ça n’est vraiment pas pour moi. En général, je tiens quatre heures. Et pour fêter mon très grand self control, j’engloutis une ou deux bruschettas. Et là de suite, ça va mieux.
Parfois, je n’ai rien à bouffer sur moi. Alors je mange mes ongles, je ronge mes petites peaux, puis je m’attaque à mon voisin. Parfois, je me dis que tout ça n’est vraiment pas sain. Et que je devrais peut être créer une association à l’instar des Alcooliques anonymes, pour ceux qui comme moi, sont complètement accro à la bouffe. Parce que faut pas croire, mais tout ça, c’est quand même un sacré budget.
Qui en est ? (Tu peux aussi mentir. Ça me ferait plaisir, je me sentirais moins seule avec ma névrose.)
(cc) Corie Howell
posté le 09/04/2010 | 800 vues | 3 commentaires | tags: wannagetafly repas manger gourmandise régime Ego trip
Arf… ton article m’a fait sourire, rire, c’est si bien dĂ©crit, on s’y croirait. Pourtant, je ne peux que compatir ! Parce que dans le genre “grosse bouffe a faim” je me pose lĂ … et c’est vraiment pas facile tous les jours !
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