Histoires

Cathédrale de mon Espoir.

Article sélectionné par Kwelet lors de sa semaine de Rédaction en Chef !

Dix ans déjà. Dix ans que quoi ? Dix ans que chaque jour, toute la sainte journée, je prie. Je prie dans cette cathédrale emplie d’espoir. Pourtant, dix ans maintenant et rien n’a changé.

espoir

Je m’appelle Luc Mbomoua, j’ai 53 ans. Ces dix dernières années, mes vêtements n’ont pas changé non plus et je prie le ciel de me sortir de ce merdier infernal dans lequel la vie m’a jeté. J’étais bien parti, j’avais un boulot et une famille aimante, j’avais tout réussi. Mais quand on ne fait pas attention, tout peut disparaître car, dit-on, rien n’est éternel. On dit aussi que tout renaît, là j’attends ma renaissance.

Imaginez mon parcours, ceux que j’ai aimés ou ceux qui m’ont trahi, comme ça vous chante car l’important est que je prie depuis dix ans maintenant. La vie dans la rue m’a dénaturé, l’instinct de survie est mon seul moteur, lorsque celui-ci m’aura quitté, alors je saurais que j’aurais tout perdu. Je saurais que cette vie doit avoir une fin. En réalité, elle passe son temps à vous mettre des droites-gauches en pleine gueule sans se soucier de la manière dont vous allez faire soigner votre mâchoire endolorie, l’important est de vous mette à genoux.

Hier, deux jeunes filles sont entrées dans la cathédrale de mon espoir. Elles étaient belles et riaient. Je les ai entendues parler de leur vie, qu’elles trouvaient morne et triste, sans artifice et sans avenir. J’aurais voulu leur dire qu’elles n’avaient rien connu de la vie, qu’un jour elles regretteraient leurs paroles de ce mercredi pluvieux car elles se rendraient compte que leurs meilleures années avaient été celles-ci, mais je me suis tu. Elles le découvriront bien assez vite. Elles avaient pourtant un regard, une étincelle de joie et d’amour et j’ai espéré qu’elles ne perdraient jamais cette étincelle car elle les gardera en vie.

Elles m’ont souri en me disant bonjour. Et je n’ai pas pu m’empêcher de me demander si elles m’auraient souri ainsi si elles m’avaient vu assis, dans la rue, à regarder les passants, un gobelet en plastique à la main.

Se seraient-elles rendues compte de ce qu’il faut à un homme pour jouer au clochard, ce qu’il faut d’épreuves, de déni, de résignation puis de courage surtout pour démontrer au monde que notre vie est partie en couilles ?Je prie le ciel de bien vouloir m’accorder sa grâce.

A coup de « Je vous salue Marie » et autres « Notre Père qui êtes aux cieux », j’essaie de garder l’espoir. On me dit que le travail est l’avenir et que prier ne m’apportera rien. Je ne peux pas y croire, mon espoir me sauve chaque jour, sans lui je capitulerais puis m’allongerais dans un coin en attendant que vienne la fin.

La cathédrale de mon espoir me dit que peu importe le temps que ça prend, demain est un autre jour.

(cc) Erine Reidy

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