J’aime Alice au pays des merveilles.
Comme 75% des petites filles, j’ai dû voir le Disney 112 fois. Et pas forcément avant mes dix ans : j’aime revoir mes classiques et le Alice de Disney en fait partie. J’aime aussi (et surtout) Lewis Caroll. Et au fur et a mesure que je grandis, je me reconnais de plus en plus dans cette Alice rêveuse et étourdie, qui fait des rêves sans queue ni tête, ou elle fait des gros fucks aux conventions sociales, tout en se battant avec ses propres démons (c’est dur de trouver sa place quand on change de taille comme de chemise), et en gobant des spacecakes, des infusions de LSD, et des champignons hallucinogènes.
J’aime aussi Burton. J’ai vu BigFish cinq fois. Cinq fois j’ai pleuré. La Triste Fin du petit Enfant Huître et autres histoires fait partie de mes livres de chevet, PeeWee (mon premier Burton) m’a donné envie de faire le tour de France, Ed Wood est dans mon top 5 de mes films préférés, et c’est Edward aux mains d’argent qui m’a fait tomber amoureuse de Johnny Depp.
Il y a un an, quand j’ai appris LA nouvelle, j’ai cru que j’allais faire pipi dans ma culotte. Tim Burton réalise Alice aux pays des merveilles. Et avec Jojo dans le rôle du chapelier fou, et Helena Bonham Carter en reine de cœur. Orgasme cinématographique en perspective. L’onirisme, le romantisme gothique, une histoire hallucinée au service d’un univers complètement barré. Je me suis souvenue que Burton ne s’en était pas trop mal tiré avec Charlie et la chocolaterie, un des premiers livres de poche que je me suis acheté toute seule. Autant dire que j’avais installé un calendrier au dessus de mon lit et que je comptais les jours avant le 24 mars (qui aurait pu être décrété fête nationale).
Enfin, j’exagère un peu. Si effectivement j’étais comme une folle en pensant à Alice in wonderland, j’ai émis depuis le début quelques réserves. Alice est une production Disney. Quant on voit le scandale occasionné par une Disney girl qui montre suggestivement son dos (en l’occurrence Miley Cirus qui pose comme une fille de joie, bien qu’enroulée comme une crevette dans un rouleau de printemps dans un drap), ou comment les Jonas Brother exhibent à qui mieux mieux leurs anneaux de pureté (le sexe, c’est un truc de ouf comme c’est sale), je me suis dit que peut être il serait bon de ne pas s’emballer trop fort.
Tout de même, le 24 mars, fraiche et pimpante, vêtue de ma plus jolie robe à fleurs, rasée de près, je me suis rendue au cinéma. Enfin, au multiplexe. Ça m’a couté. Mais Tim vaut bien quelques sacrifices.
Attention, à partir de dès à présent, je vais spoiler à mort. Si tu veux encore avoir envie de voir le film, je te déconseille fortement de lire ce qui suit.
Rarement dans ma carrière de cinéphile je n’ai autant eu les boules contre un film. Effectivement, ça part bien. On retrouve Alice à 19 ans. Elle est comme Britney il y a quelques années : blonde et not a girl, not yet a woman. Elle est toujours perchée à deux mille, et punk (elle met pas de corset) comme son papa lui a appris. Et elle doit se marier avec un blaireau roux coincé du cul. Sauf que pendant la cérémonie, elle voit comme de par hasard un lapin blanc en livrée, qu’elle décide de suivre plutôt que de répondre à la demande du rouquin. Elle tombe dans le terrier. Jusqu’ici, on suit.
L’univers est fidèle à Caroll, au premier Disney et à l’univers victorien de Burton. Mais c’est dans le Wonderland que tout se gâte. Au début, on se laisse berner par quelques trop rares délicieuses trouvailles visuelles, et on est trop content de retrouver certains vieux copains : le lapin blanc, le chat de chestchire, twidle dee et twidle dum, Mallymkun le Loir, le dodo. Puis surgit le méchant. Un méchant ? Un cavalier aux faux airs de Voldemort, qui lâche une bête féroce pleine de dents sur Alice et ses potes. Tourneboulée, n’y comprenant plus rien (comme moi à ce moment là ), Alice se retrouve face à un chapelier toqué terrifiant tant il ressemble à Vanessa Paradis. Mais elle a oublié d’emmener l’onirisme et la poésie dans ses valises.
C’est là qu’on apprend la destinée d’Alice. Elle doit combattre un méchant monstre libéré par la reine rouge très méchante, grâce à une épée volée à la reine blanche très gentille (ou très niaise, merveilleux rôle de « composition » d’Anne Hattaway), afin que ce soit la reine blanche qui redevienne la reine. Alice ne veut pas. Elle lutte contre son destin comme un cheval sauvage. Mais c’est ton destin Alice. Tu dois devenir Harry Potter. On la suit alors dans des aventures plus inintéressantes les unes que les autres, prévisibles et dénuées de la moindre émotion, pour pas dire du moindre intérêt. Le tout parsemé d’effets 3D aussi inutiles que ratés.
Parfois, on retrouve des repères. Comme quand la reine rouge beugle toutes les 5 minutes « qu’on leur coupe la tête ! » (histoire qu’on se rappelle qu’on est au pays des merveilles, ou quand on découvre que les têtes des décapités flottent tels des nénuphars dans les douves du château (c’est Burton qui réalise). Le reste est aussi intéressant qu’une soupe de pâtes par temps de canicule. Jusqu’à la scène du combat final. Qui ressemble à n’importe quelle scène de Yu Gi Yo. Quand Alice en Armure doit combattre un dragon. Et qu’évidemment, après deux ou trois fausses scènes de suspense, elle le plante. Et que sa récompense, c’est de savoir qu’elle a le choix : rester au pays des merveilles ou rentrer chez elle. Et qu’elle choisit de rentrer chez elle pour bouler son roux et montrer à toutes ces vielles biques qu’elle porte pas de culotte.
OĂą est le rĂŞve ? OĂą est la poĂ©sie ? OĂą est l’onirisme complètement barrĂ© auquel on s’attend quand on parle de pays des merveilles et de l’autre cĂ´tĂ© du miroir ? OĂą sont les personnages complètement hallucinĂ©s qui ont fait autrefois mon bonheur ? Et qu’est ce que c’est que cette histoire de dragon Ă dĂ©gommer et de pays des merveilles asservi par une mĂ©chante reine ? OĂą sont les effets visuels auxquels on a le droit de s’attendre quand on a fait l’effort d’aller voir le film en 3D ? Et qu’est ce que ce manichĂ©isme Ă deux balles alors qu’aux pays des merveilles chaque chose peut ĂŞtre Ă la fois tout et son contraire ?
Plutôt qu’un rêve, Tim m’a plutôt fait vivre un affreux cauchemar. Maintenant, c’est bon, tu peux ne pas aller voir le film si tu veux.
posté le 01/04/2010 | 3226 vues | 11 commentaires | tags: tim bruton alice au pays des merveilles ciné critique
Et oui c’est ratĂ© ! Maintenant j’ai envie d’aller voir ce qui t’a tant dĂ©plu ! En tout, cas une critique claire, concise et drĂ´le, je suis fan ! Sans parler du titre… sublime ! :)
raah mais non les filles! ce film de mérite même pas de se faire choper par hadopi! restez chez vous, regardez NCIS!
Je marque la page, je lirais ta critique après le ciné, on en reparle.
Mais c’est vraie que j’ai que des sales Ă©chos sur le film :/
@ Bake : s’il te plait, Bake, please please please, tu me diras ton avis. Tout ce que je peux te dire, c’est que moi, en tant que grande fan d’Alice (toi-mĂŞme tu sais comme on dit dans le tier-quar), j’ai franchement apprĂ©ciĂ©. Je suis d’accord avec certains points de ta critique, Wannagetafly (très bonne au demeurant :) ) mais je dois bien admettre que j’ai Ă©tĂ© esbroufĂ©e par les dĂ©cors et le personnage d’Alice, très fantomatique.
Un bĂ©mol cependant sur la trame de l’histoire dont le cĂ´tĂ© ubuesque, Ă©trange et mystĂ©rieux de Lewis Caroll manque cruellement, alors qu’il fait partie de l’ADN d’Alice…
VoilĂ mon point de vue, je vais essayer d’ĂŞtre Ă©fficace:
Avant tout, je tiens Ă dire que j’ai “dĂ©couvert” Alice passĂ© mes 20 ans donc exit:
- le dessin animé de disney
- les trucs enfantins etc…
Pour moi Alice c’est du brut de non sens, de dĂ©lire d’adulte pour enfant, de trip psychĂ© et d’une source intarissable d’Ă©tude psychologiquesociauxthĂ©rapique.
Surtout que le lire en vo permet d’apprĂ©cier Ă 100% les nĂ©ologismes cher Ă Lewis Caroll ainsi que son “total nonsense”
- La 3d: beurk, trop sombre, trop flou, ça fait mal aux yeux, ça sert à rien.
- Graphiquement visuellement, les decors, les persos…etc le film est Ă AMHA une rĂ©ussite, petite dĂ©dicace Ă la tea party du chapelier fou, au lièvre completement limĂ©, le chat et la chenille et sa chicha.
- Le souci du/des details graphique que j’ai adorĂ©, ie: la diffĂ©rence de taille des pupilles du chapelier, le contrastre blanc/noir des ruines en arriere plan lors de la rencontre des deux reines avant la bataille…etc
- Les tentatives de néologismes quoi que souvent médiocre sont assez présent.
- Le choix de ne pas reproduire les oeuvres mais de faire une sorte de suite est certe risqué mais valait la chandelle.
(maintenant la partie coup de gueule):
Mais c’est quoi cette p***** de lubie pour les batailles Ă©quipe?!
Ce film c’est ni plus ni moins qu’un monde Narnia+Harry (beurk) Potter dans l’univers d’Alice.
Le scénario est aussi pourrie que téléscopé/téléphoné/catapulté.
La quĂŞte Ă la con, la grosse mĂ©chante, les gros monstres, le pseudo questionnement du hĂ©ros, la pseudo tension amoureuse Chapelier/Alice…etc
Gros manque de la partie onirique, complètement tarrĂ© de l’univers d’Alice (et c’est ce qui fait toute l’oeuvre).
Non ce film c’est ni plus ni moins que du Disney exploitant une “license” afin de faire de la thunes et ĂŞtre prĂ©sent au box office. Burton et sa clique d’acteur ne sont prĂ©sent que comme “garant” d’un film rĂ©ussie, qui finalement ne fait pas honneur Ă l’oeuvre originale.
En une phrase: Ce film est une grosse merde bien décoré.
ps: voir ce film sous substances illicites devrait surement aider Ă l’apprĂ©cier Ă sa juste valeur.
De A Ă Z, c’est exactement ça, Bake.
ça me rappelle un moment que j’ai adorĂ© : la tea party, c’est fabuleux ! Notamment quand le chapelier lui confectionne une mini robe lorsqu’elle se trouve dans la tasse. Et aussi lorsqu’elle tombe dans le terrier. Ces deux moments sont particulièrement rĂ©ussis.
Enfin, lĂ oĂą je trouve que le non sens est bien caractĂ©risĂ©, c’est sur le fait que tous les personnages arrivent Ă se convaincre qu’Alice n’est pas THE Alice. Dommage que tout soit fichu avec cette morale Ă la con de fin.
Très bonne critique ! Je suis une grande fan de Burton depuis toujours, j’ai de bons souvenirs d’Alice au pays des merveilles… Il serait bon Ă prĂ©sent que Burton revienne Ă ses premières amours et aux nĂ´tre par la mĂŞme occasion.
Lili>> je pense que c’est mort, il est partie dans le cercle vicieux du client/fournisseur, sauf si il dĂ©cide de poser ses couilles sur la table.
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excellente critique ! ça m’a donnĂ© envie d’aller voir le film rien que pour voir le platage :-)