Article sĂ©lectionnĂ© par Mimi lors de sa semaine de rĂ©daction en chefÂ
5 rue Vieille du Temps, le petit vieux courbĂ© avançait, Ă contresens dans le vent, rides dĂ©ployĂ©es dans la jeune bise du matin qui mord les joues… Retour vers un ancien lui, en flanelle grise, une larme perlait Ă ces cils quand devant lui s’imprimait la cĂ©ramique du numĂ©ro 13, bleue et blanche, constellĂ©e de mordorĂ©. Il se souvenait du temps oĂą son “non” rĂ©sonnait encore. Sa jeune maĂ®tresse avait claquĂ© la porte Ă son nez. Alors il tourna la tĂŞte.
Le long du boulevard de Cordialement se succèdent des immeubles très hauts aux logos fluo. Les gens y sont pressĂ©s, ils ne vous regardent jamais tout Ă fait dans les yeux, lĂ oĂą les prunelles ne mentent pas. Ils nous dispensent des mots bien polis, bien comme il faut, des mots qui sincèrement nous saluent. Et nous rendons la pareille. Parce que. Parce que. Parce que cela fait bien. “Cordialement, très cordialement, very cordialement, Monsieur, je vous signifie votre renvoi immĂ©diat.” “Très sincèrement, Monsieur, je vous emmerde, avec tout autant de cĹ“ur.” Il vide ses tiroirs et part, cartons aux mains, il regarde une dernière fois la vue depuis son bureau au 36ème Ă©tage. Large baie vitrĂ©e.
Du cĂ´tĂ© droit du Pont de l’Absence, un jeune homme aux cheveux fouilli fouilla danse d’un pied sur l’autre. Il a bien remarquĂ© la filles aux joues mouillĂ©es de l’autre cĂ´tĂ©. Il l’aime. Mais le pont le terrifie. S’il le passe, lui aussi videra son eau de mer dans le ruisseau. Lui aussi la perdra. L’eau continuera de couler, de rouler au rythme du “je te quitte”, sous le pont, pas besoin de Mirabeau. Les larmes lui sont interdites, lui venant Ă l’esprit celle qui avait eu le cran de traverser le pont. Elle se trouvait dĂ©sormais bloquĂ©e Impasse de l’Adieu. Une volontĂ© bloquĂ©e, un demi-tour possible mais sur quoi ? Impasse du cĹ“ur, “Perdu, retentez votre chance !”.
Au Chemin Long, assise sur la borne mille, se trouvait la fille aux cheveux qui poussent en herbes folles et qui sent le romarin. Elle attend depuis toujours le chauffeur de sa vie, n’ayant pas compris ce qui se trouvait en elle. Miss Daisy cherche Le Mec, l’Homme exceptionnel, sans se dĂ©partir de la petite Ă©toile dans son regard qui se languit dans le vague.
Une étoile comme celles qui brillent le long du Boulevard du Love. Brillantes, filantes, amoureuses, de celles où se lovent ceux qui se rencontrent de mille feux, yeux en demi-lune. Ceux-là marchent main dans la main, se serrant fort et terminent ensemble le peur périple dans le même oxygène.
Les Ă©toiles s’unissent dans une toile nuit, au croisement de l’avenue de la Bouche. D’abord gorge nouĂ©e et bouche bĂ©e, les lèvres s’entremĂŞlent pour ne former qu’un vermeil aguichant de bouche Ă bouche de vie, bouche Ă bouche qu’on dit pour toujours.
Pendant que de l’autre cĂ´tĂ© de la ville circulent Ă vitesse plus rapide, les Ă©cumĂ©s du boulevard, ceux qui ont voulu toujours plus sans pouvoir donner un peu. Ils sont fiers de tout avoir pillĂ©, mais ils sont vides, voyez leurs yeux gris. Riches mais transparents, Ă 90, ça roule sur la Rocade du Selfish, pas le temps de claquer un peu le bitume. Ils ont tout vu et n’ont gardĂ© que l’abĂ®me.
Dans ma triste banlieue, imaginaire collectif, ceux qui usent leurs semelles sur les aspĂ©ritĂ©s du bĂ©ton de la rue du Rude, les enfants distribuent du rĂŞve en alu, hallucinant de ressembler aux grands jusqu’Ă ce que la sirène hurle bĂŞtement, dĂ©chirant le costume pervers d’une belle paire de baskets neuves… Oui garçon, pas de lacets dans le parloir. MisĂ©rable basket privĂ©e de son lien. Tout tient Ă ton lacet mon amour.
Alors que tout vole en Ă©clat, petit chemin du Suc, un petit garçon tient une petite fille, de celles avec des couettes et des cerises aux oreilles, par la main. Des sucres d’orge aux lèvres, ils rient et s’Ă©claboussent dans les flaques. ArrivĂ©s au coin sucrĂ© du chemin, ils mouillent le costume gris d’un très vieux papi et lui tirent la langue avant de s’enfuir dans le sens du vent, rue Vieille du Temps.
Le vieux monsieur, tout mouillĂ©, n’avait plus envie de pleurer et les regardait s’Ă©loigner, avant de s’engager vers leur chemin, histoire de regoĂ»ter Ă l’insouciance, afin de souffler sur un pissenlit, en oubliant les recoins des choix Ă faire.
(cc) moriza
posté le 20/03/2010 | 893 vues | 5 commentaires | tags: balade ville rêve
merci les filles, les ateliers d’Ă©criture font sortir des textes qu’on aurait pas pensĂ© Ă©crire…c’est fou, c’est la magie des mots et de l’imagination!
oui je suis une fille “comme il faut ” ^^, cette expression mĂ©riterait un texte ;)
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J’adore! (très déçue tout de mĂŞme qu’il n’y ait pas l’avenue du loup…) Ce texte est juste “comme il faut” :-)