Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

28. mai 2012

Mot de passe oublié

Cinabre

Et l’on survivra, quoi qu’il advienne.

Ndlr : Article sélectionné par Rose H pendant sa semaine de rédaction en chef.

On n’imagine jamais à quelle vitesse et à quelle échelle notre vie peut basculer. J’en ai fait la triste expérience, indépendamment de ma volonté, il m’a fallu une semaine pour que ma vie change du tout au tout.

temoignage.jpg2009, 19 ans, étudiante à Paris, dans sa frénésie et son mélange de cultures, des rêves plein la tête, ses rencontres, ses nouvelles expériences, on s’imagine hors de tout danger (sauf lorsque l’on tombe sur des hurluberlus imbibés d’alcool).

La période des concours approche. On s’active pour tenter de faire un dossier complet, mais la fatigue se fait de plus en plus grande, mais sans interpeller, elle semble naturelle. Mai, retour d’un concours, enchainement sur un oral, un vendredi. La fatigue se fait de plus en plus présente, mais la fin approche et donc, son repos bien mérité. Une douleur dans le bas du dos commence à se faire sentir, un nouveau lumbago ?

Le samedi, petit après midi avec un ami, pour parler photo, qui s’enchaine sur un bon petit repas. Mais lĂ , la douleur se fait de plus en plus virulente. Mais je ne m’en prĂ©occupe pas, dans mon insouciance, riant du fait qu’il me semble ĂŞtre vraiment temps de faire une courte pause. La soirĂ©e avance, le mal tend vers l’insupportable. Mon ami Ă©met alors l’hypothèse d’un possible calcul rĂ©nal, et me secoue un peu en me disant que je ne peux rester dans cet Ă©tat, que ce n’est pas normal. Je monte tant bien que mal les escaliers menant Ă  ma chambre de foyer afin de rĂ©cupĂ©rer quelques affaires pour une nuit aux urgences. Un coup d’œil dans le miroir, mes yeux sont rougis par mes larmes de douleur, mais je suis anormalement pâle. Je prĂ©viens rapidement une colocataire, et mon ami me traine Ă  l’hĂ´pital. Je n’arrive presque plus Ă  marcher, il est Ă  deux doigts de me porter.

Arrivés aux urgences, on m’installe dans un brancard, il est 23h. Je suis tellement contractée que je commence à avoir des fourmillements dans tout le corps, je perds mes sensation, crise de tétanisme. Deux heures après, quand ils ont réussi à évacuer ceux qui dérangent les urgences pour un ongle cassé, ils s’occupent enfin de moi. Je leur explique. Radio, prise de sang, je reste pour la nuit. Il est peut-être deux heures du matin. Je demande à mon ami de ramener mes affaires de valeur au foyer et d’aller se coucher, pour moi c’est un coup de mou, je rentrerai le lendemain. On m’installe dans un boxe, je m’endors.

Le matin, j’entends une vieille hystérique, se croyant dans un hôtel, exigeant qu’on lui apporte son chocolat au lait. Je suis épuisée, mais je ne dis rien, et souris gentiment à l’infirmière.

On doit me transférer à Necker en hématologie, mes analyses sont un peu inquiétantes. Je ne me doute toujours de rien. Là bas, on m’installe dans une chambre semi stérile. Les internes sont plutôt mignons. J’appelle mes parents, les préviens de la situation et du fait que l’on va me faire une ponction de moelle osseuse. On est dimanche, je ris. Mon papa arrive le lendemain ou le mardi, je ne sais plus. On m’a fait le myélogramme.

Le mardi, les résultats tombent. Une infirmière tente de me préparer, mais je n’ai toujours pas la puce à l’oreille. 16h, je suis avec mon papa, les médecins entrent, sans sourire. Ils demandent à ce que l’on reste assis. Et la sentence tombe. Leucémie aigüe.

Je pleure, je m’effondre avec mon père, je crois que je vais mourir. Puis, je pleure car le lendemain, celle qui m’accompagne depuis ma plus tendre enfance, celle qui partage tout ce que je vis, celle qui fait mes joies, fête son anniversaire. Comment puis-je lui annoncer ça, à ce moment ?

Je m’arrête. Il faut que je reprenne contenance, mon papa s’affaisse, il faut que je tienne pour lui. Je ne veux pas le voir souffrir ainsi, et puis, il faut que je fasse appel à ma force, je ne dois pas me laisser abattre.

Le lendemain, je suis rapatriée près de chez mes parents. On me coupe les cheveux, cela paraitra moins quand ils tomberont. Mon trésor de rousseur, je dois lui dire adieu. Le vendredi, je rentre en chambre stérile d’à peine 9m², pour 36 jours. Les traitements débutent.

En une semaine, je suis passée de ma vie fantasmée d’étudiante à ma réalité, je suis passée de la liberté à une cage, pour ma sécurité. En une semaine, ma vie a basculé.

(cc) 27147

 

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Derniers commentaires

 

Je reste sans voix. Très beau texte, cela dit. Merci de partager ça avec nous.


Merci, merci beaucoup.


 

Merci. Ça fait du bien de partager cela ainsi. Cela date de l’an passĂ©, mais je viens tout juste de m’en sortir et je commence Ă  faire un retour sur moi-mĂŞme. Mais il faudrait que je tĂ©moigne aussi de la suite car, Ă©videmment ça ne s’arrĂŞte pas lĂ .


 

Dur :/ on pense que ça n’arrive qu’aux autres jusqu’Ă  ce que ça vous tombe dessus… Qu’en est il aujourd’hui?


Courage en tous les cas et merci de partager et de nous ramener à la réalité, ta réalité.


 

J’en ai le souffle coupĂ©. Bravo pour tout ce courage et cette Ă©nergie. Je suis de tout coeur avec toi, j’Ă©spère que les choses ont Ă©voluĂ© pour le mieux…


 

La fin est heureuse, mais j’en ai bavĂ© pour y arriver, et encore, mon cas n’est pas des pire. Au fond, dans mon malheur, j’ai eu de la chance, car ma guĂ©rison a Ă©tĂ© possible, mais je raconterai plus en dĂ©tail dans un autre article. Merci pour vos messages et votre attention, merci beaucoup.


 

Je suis Ă©videmment Ă©mue par ton tĂ©moignage. Parce que moi, la leucĂ©mie aigĂĽe m’a touchĂ©e de près. Pas moi, non, mais mon cousin. Sauf que lui en est dĂ©cĂ©dĂ© Ă  5 ans 1/2.

Ă€ la mĂŞme Ă©poque (en 2002), ma mère qui enseignait en classe de moyenne section (classe oĂą se retrouvait thĂ©oriquement mon cousin Ă  l’Ă©poque), reçoit un de ses pères d’Ă©lèves qui lui annonce que son fils de 5 ans Ă©tait atteint d’une leucĂ©mie aigĂĽe. Ma mère, qui venait d’apprendre que mon cousin Ă©tait de toutes façons condamnĂ©, s’est mise Ă  pleurer. Ce en quoi le père lui rĂ©pond « Mais pourquoi vous pleurez ? On en guĂ©rit très bien, de la leucĂ©mie… », comme si c’Ă©tait une maladie bĂ©nigne. Heureusement, aujourd’hui, c’est un adolescent de 13 ans, certes plus fragile que les autres, mais qui a une vie Ă  peu près normale.

Disons que j’ai connu les deux extrĂŞmes de la leucĂ©mie, c’est pour cette raison que je peux ĂŞtre un petit peu abrupte, car bouleversĂ©e par ton tĂ©moignage.


 

J’ai le souffle coupĂ©. Les larmes aux yeux.

C’est vraiment un très beau texte.

J’espère que tu vas mieux, en tout cas je te le souhaite très sincèrement.


 

Quel courage !! Je ne sais pas quoi dire d’autre…


 

Incroyable. Les larmes m’en sont coulĂ©es. D’anciens tristes souvenirs m’en sont ressortis. Tu as un courage Ă©norme, bravo mais surtout merci!


 

j’en ai les larmes aux yeux. C’est très beau. J’espère que ça va mieux. Donne nous de tes nouvelles!


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