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Et si on transformait la Journée Internationale de la Femme en… Journée de la Jupe ?

S’est déroulée le 27 février dernier la 35ème cérémonie des Césars*, institution incontournable du cinéma hexagonal, si ce n’est international. Mais cet article n’est pas destiné à faire la review d’une cérémonie que je me plais à visionner chaque année, enfoncée dans mon fauteuil cosy, emmitouflée dans une couette dégueulasse, lunettes sur le nez, les yeux rivés sur cet écran que j’aimerais crever. Avant-hier, lundi 8 mars, c’était la Journée Internationale de la Femme, et c’est à travers La journée de la jupe, long métrage de Jean-Paul Lilienfeld, pour lequel Isabelle Adjani a remporté le César de la meilleure actrice, cinquième de sa carrière, que je voudrais rendre hommage à nous, les femmes.

Et si on transformait la Journée Internationale de la Femme en… Journée de la Jupe ?Brisons la glace d’emblée. J’ai vu le film après la cérémonie : ce qui va suivre sera forcément empreint de subjectivité. Je demanderai donc aux détracteurs d’Isabelle Adjani d’aller se faire voir chez les Grecs. A bon entendeur.

Revenons-en donc à nos moutons. L’histoire, quelle est-elle ?

Sonia Bergerac, une professeur de français en proie à une classe difficile de collège, prend en otage ses élèves à la suite d’une altercation… L’altercation de trop.

Plusieurs impressions me traversent l’esprit quand on m’évoque Isabelle Adjani en professeur en banlieue. Et je fais la moue quand on m’évoque une classe de collège dans une zone d’éducation prioritaire… J’avais été franchement perplexe face au succès d’Entre les murs, cette espèce de docu-fiction à la mords-moi-le-nœud (je l’aime cette expression, je l’aime…) ayant tout de même remporté la Palme d’Or… J’aimerais retourner en arrière, prendre Sean Penn entre quatre yeux et lui déclarer, totalement enflammée : « Sean, regarde La journée de la jupe. Have a look at The Skirt Day. Do you know Isabelle Adjani ? She’s not crazy, you know. She’s one of the best actresses in the country. And that movie… You definitely want to show that to the world, not some fake story about some bad ass teenagers, I swear. » Traduisez : Sean, je me souviendrai de ta présidence de festival de Cannes comme d’une fieffée mascarade.

Parce que La journée de la jupe, c’est du vrai cinéma, au service d’une vraie histoire, qui soulève de réelles questions. Me montrer trente collégiens qui parlent comme des racailles, condamnés avant même d’avoir été jugés, mouais. Me montrer ces mêmes collégiens pris au piège par un individu aussi désaxé que le personnage campé par Isabelle Adjani, je dis OUI sans hésiter.

La journée de la jupe, c’est aussi une réplique qui m’a tout de suite alarmée : « On s’est battues deux cent ans pour porter le pantalon, c’est pas pour revenir à la jupe ! » Alors là, je dis non. Un non franc, et massif, comme le dirait cette très chère Wanda qu’il me tarde de retrouver de façon hebdomadaire sur LA chaîne culture du paysage audiovisuel français, j’ai nommé M6. (Évidemment que c’est ironique. A quel moment on se fout de la gueule des gens ? Vingt-cinq années de métier à nous montrer son cul, grosso modo, ponctuées d’Amoureux solitaires, de Banana Split ou encore de Fallait pas commencer… Du rêve, cette Lio, du rêve.)

Trêve de digressions. Aujourd’hui donc, on est censés rendre hommage à… Et justement, je suis incapable de vous dire à quoi on rend hommage. A la femme ? De toute évidence, ça fait chier tout le monde. Tout ce que j’ai réussi à tirer de cette journée-hommage, depuis que je suis au collège, ce sont des brimades de la part de nos chers camarades du sexe masculin qui commencent « gentiment », à treize ans, par un : « Mais t’es pas une femme, toi, de toute façon, de quoi tu me parles ? » pour nous dire à vingt ans, tout libidineux qu’ils sont : «Si je t’achète un bouquet de roses pour la Journée de la Femme, tu crois que j’aurai le droit à la soirée de l’Homme ?». Je ne préfère même pas m’étendre à la somme des excuses et raisons évoquées par les hommes pour se débiner, au fil des générations, depuis un centenaire maintenant.

Je n’ai jamais trouvé légitime cette Journée commémorative. Mais la Journée de la Jupe m’a ouvert les yeux. Puisque nous semblons nous être battues pour porter le pantalon, j’y amène une distinction à laquelle peu de gens accordent de l’importance : nous nous sommes battues pour avoir le choix. Je choisis de porter les cheveux courts (comme un garçon), je choisis de porter le pantalon (comme un garçon), je choisis de jouer au foot (comme un garçon), je choisis de travailler (comme un garçon). Sans jamais, au grand jamais, oublier que je suis une femme.

Et le combat de cette professeur de français, qui est traitée de tous les noms parce qu’elle porte une jupe dans son collège de quartier, c’est justement de défendre son statut de femme. Les femmes ne seront jamais des hommes, sauf problématiques psycho-physiologiques dans lesquelles je ne mettrai pas le nez, de peur de mélanger les torchons et les serviettes (j’utilise cette expression sans jugement de valeur quant aux rôles occupés par les torchons ou les serviettes, qu’on me targue pas de ce que je ne suis pas…). Pourquoi tant chercher à nous le prouver et vider de tout sens notre essence même de femme ?

Je rassure tout le monde, je ne veux pas d’une Journée de la Jupe, évidemment, puisque je n’ai pas envie qu’on m’impose quoi que ce soit. Mais je crains que je la préfèrerai à la Journée Internationale de la Femme qui m’attriste de plus en plus chaque année, tant elle va à l’encontre du combat féministe. Encore faut-il s’entendre sur ce dernier terme… La suite au prochain épisode.

*S’y sont nettement distingués ses présentateurs, Valérie Lemercier et Gad Elmaleh, habitués de la cérémonie puisqu’ils l’ont présentée l’une et l’autre à diverses reprises. Se sont également faits remarquer Jacques Audiard et son Prophète, ainsi que son jeune premier de Tahar Rahim, qui réussit l’exploit de rafler deux statuettes : celle du meilleur espoir (sans grande surprise) mais surtout celle du meilleur acteur (devant Yvan Attal)… M’aura également touchée Mélanie Thierry, en remportant le César du meilleur espoir féminin, qu’elle convoite depuis longtemps maintenant et qu’elle a amplement mérité, à mes yeux.

5 Responses to “Et si on transformait la Journée Internationale de la Femme en… Journée de la Jupe ?”

  • Je suis également dubitative sur les journées qui nous sont consacrées. Il y a tant de combat à mener encore. Mais définitivement, je milite pour continuer à avoir le choix de choisir.

  • Ma maman m’a toujours dit : “Tu seras une femme lorsque tu tiendras un homme au respect.” Non pas le respect de domination, mais le respect en tant qu’individu. Certes, elle n’a pas réussi son mariage, mais elle a réussi à s’épanouir professionnellement en devenant le binôme de son patron pendant trente ans. Je crois qu’elle n’aura jamais obtenu autant de respect d’un individu que de la part de son ancien patron. Pourquoi ? Parce qu’elle s’est imposée très vite comme lui étant complémentaire. Je remarque la même relation entre ma responsable et mon DRH.
    Car la femme ne sera jamais l’égale de l’homme. Mais chacun a besoin de l’autre face aux situations les plus dures de la vie. Évidemment, c’est une relation complexe qu’il faut tisser. Mais en même temps, c’est la clé de toute vie de couple.

  • Le film, je l’avais vu sur Arte. Même si je n’ai pas été très surprise, je l’avais trouvé formidable sur tous les thèmes abordés.

    Je suis un peu contre toutes les “journées de…”, car il y a en effet 365 ou 366 autres jours. Mais une Journée Internationale de la Femme, si j’étais encore dubitative il y a un an, eh bien, depuis un an, j’estime qu’elle est utile. Et ce sera la deuxième année consécutive et à vie pour laquelle je considérerai que c’est sans doute la journée la plus importante de toutes les journées. Car la moitié de l’humanité est concernée. Mais ce n’est pas la seule raison.

    L’année dernière, j’ai été marquée par un phrase d’une femme sur France 5. Je ne l’ai plus en tête complètement, mais sans doute dans une masse d’enregistrements. Mais c’était du genre : certes, dans les pays occidentaux, même s’il reste encore des choses à faire, les femmes ont une place reconnue dans la Société, mais n’oublions pas que ce n’est pas le cas partout dans le monde. Et justement à cause de cet aspect : les autres endroits du monde, je considère que c’est important. Déjà que j’étais humaine avant tout, très ouverte (même plus), cette pensée m’a encore plus élargie vers une conception internationale de certaines problématiques.

    Ainsi, cette Journée, quelque soit son appellation, quelque soit la manière de la faire vivre – et une Journée de la Jupe pourrait être un thème d’une des Journées de la Femme (?) -, je considère dorénavant qu’elle est importante pour toutes les femmes du monde, surtout qu’en “Occident”, il reste beaucoup à faire, même si souvent, pour certaines choses qu’elles suivront leur cours et qu’il n’est pas besoin de les brusquer. Sauf pour le salaire…

    Christelle

  • @storia:”Car la femme ne sera jamais l’égale de l’homme”.
    yeahh je dois etre une sacré bonne exeption alors….

    et un couple n’est pas forcement composé d’une femme et d’un homme, ce qui est complexe c’est la relation entre deux individus donc deux individualités qui essaye de composer une entité = un couple

    et je ne crois pas qu’on est “femme” le jour ou…On est fille/ femme a partir du moment ou on née avec un uterus et des chromosomes xx….devenir femme, LA femme c’est un pur fantasme reducteur et alienant

  • Cet article me plait ! il développe exactement mes opinions =) . D’autant plus que ce film ne remet pas seulement en question l’image de la femme mais il dénonce aussi des vrais problèmes de société dans leur fond.( comme la violence dans les écoles, l’immigration même, les préjugés . . . Ce film est une vraie perle ^^ )
    Avec cette grande question qui nous tient à la fin , ” qui est coupable ? ”

    Pour la journée de la femme, le fait d’avoir complétement oublié ce jour (alors que la veille je l’avais soigneusement noté dans ma mémoire . . vive la mémoire quoi ! ) me montre qu’il na pas trop d’impact dans ma vie . Travaillant exclusivement avec des hommes cette journée ne m’a pas empêché non plus de récolter les quelques vanneries quotidienne ( bien dommage –” )
    Je pense qu’effectivement nous avons bien la chance de vivre dans un pays ou nous avons la parole et des droits .
    Peut-être que c’est vrai ce jour est inutile pour nous mais le supprimer serait un peu oublié la “chance” ( ce n’est pas tellement une chance vu que nous le méritons !! ) que l’on à par rapport à d’autre pays et ca serait ne pas laisser l’espoir à ces autres femmes de le fêter ce jour .

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