Un petit huit clos féminin savoureux.
Iran. Après le repas, les hommes quittent la table pour l’heure de la sieste. Alors que toutes les femmes s’affairent à ranger et nettoyer, Marjane a la tâche importante -attribuée par sa grand-mère- de préparer le samovar. Trois quart d’heure de cuisson du thé, plusieurs tasses élégamment disposées sur un plateau, le temps de la discussion peut commencer. Ce temps précieux qui appartient aux femmes -mères, épouses, cousines, voisines, amies- est appelé par la grand-mère de Marjane « la ventilation du cœur ». La ventilation du cœur c’est parler derrière le dos des autres, mais c’est aussi confier ses déboires, ses inquiétudes et ses espoirs de femme iranienne.
Mariages arrangés, indépendance, chirurgie esthétique, attirance pour la culture occidentale, superstitions mais aussi sexualité et « broderie ». « Broderie », c’est le terme masqué qui désigne se faire recoudre l’hymen pour faire « honneur » au futur époux. Terme quasi élégant que les femmes prononcent à voix basses, complices. Tous ces sujets sont débattus avec vivacité, ardeur et répartis, parfois gravité mais non sans une pointe d’humour.
Autobiographique, cette bande dessinée petit format d’une centaine de pages privilégie le texte. Le style n’est pas strict ; des mots et des éclats de voix ici et là , des dessins en noir et blanc qui relèvent plus de l’esquisse. Pourtant, la narration est très vivante. Les yeux de la jeune Marjane sont comme la passerelle entre le lecteur et les femmes présentes. Assise sur un coin du canapé, Marjane semble nous inviter à ce temps du samovar et à prendre part aux réflexions soulevées par ces femmes dont les personnalités sont parfois à l’opposé. De la jeune épouse naïve à la grand-mère divorcée et libre en passant par la mère qui n’a jamais vu un pénis…
Broderies, en référence à une des parties les plus intimes des femmes, est une conversation prise sur le vif, légère et grave à la fois. Broderies, c’est aussi un peu la discussion qui part d’un point et qui s’élargit en trouvant un point d’accroche aux histoires des autres femmes. Broderies de potins et de confidences. Une bande dessinée piquante où les femmes n’ont pas la langue dans leur poche.
De Marjane Satrapi, sorti en 2003, L’Association
posté le 04/03/2010 | 495 vues | 1 commentaire | tags: satrapi secrets iran femmes bouquin | une personne a aimé
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Travaillant depuis peu dans le domaine du droit, une collègue m'a conseillé de lire le roman d'Autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère afin de mieux appréhender le monde de la jurisprudence...
j’adore Marjane Satrapi, elle a une vision si claire sur son pays, sa culture, la culture occidentale, les coutumes…bref, je suis fan.