Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

29. mai 2012

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Gispet

Comment je suis devenue femme… de mĂ©nage

[ndlr : article sélectionné par Mely durant la semaine de rédaction en chef]

J’ai 22 ans, je suis une femme, je viens d’obtenir ma licence de droit, et je dois me trouver un job en attendant la rentrée prochaine. La situation est simple à exposer, le job est moins simple à trouver. Le premier problème étant évidemment l’expérience ! Je ne peux vendre ni des pantalons, ni des chaussettes, ni même des bretelles sans expérience. Je peux encore moins servir un burger et un coca dans le pub anglais à côté de chez moi. Et bien oui c’est évident, la responsable me l’a dit sans même me connaître, j’aurais pleuré au bout de trois jours. J’aime la précision de la prédiction.

menage.jpgC’est la merveilleuse rage animant le monde du travail qui m’a amenĂ©e devant le seul homme qui m’a laissĂ© une chance : celui qui m’a permis de devenir femme de mĂ©nage… pardon, agent d’entretien. J’imagine que l’homme est limite trop peu mĂ©fiant puisqu’il ne connaissait pratiquement rien de ma vie ni de mon expĂ©rience lorsqu’il m’a fait signer mon contrat. Et en mĂŞme temps, cela me convenait, non pas que je possède un passĂ© de voyou, mais c’est plutĂ´t que j’ai du mal Ă  me vendre. Mon job pour deux semaines : sept heures de mĂ©nage par jour, seule, dans une immense bibliothèque universitaire. Pour ĂŞtre embauchĂ©e, j’avais juste dĂ» ĂŞtre assez maligne pour dire que non, je n’aurai pas peur d’être seule dans ce gigantesque bâtiment, mĂŞme si pas mal de films d’horreur commencent comme ça. Je vais donc raconter ma vie d’agent d’entretien, et je ne tiendrai pas rigueur Ă  Florence Aubenas de m’avoir volĂ© mon scoop.

Premier constat : je vais trop vite, ou les gens vont trop lentement, je ne sais pas. Mais le constat est là le premier jour j’avais fini ce qu’on me demandait au bout de deux heures. Il faut dire que mon employeur ne m’en demandait pas beaucoup. Quand il m’a expliqué ce que je devais faire, il m’a dit avec son fort accent marseillais «bon, vous passez une serpillère dans le hall, ça sent bon, ils sont contents et puis ça suffit». J’apprends ma première leçon : le travail doit être bien fait mais en apparence seulement.

Deuxième constat : il est très difficile de ne rien faire sur son lieu de travail. Car une fois le travail terminé en deux heures, que faire les heures qui suivent ? J’aurais bien pu me mettre à la couture ou regarder la télévision puisque le local de l’employée que je remplaçais était bien fourni en matière de divertissements mais j’ai plutôt choisi de ralentir mon rythme. Je passais au moins une heure par jour à nettoyer la pièce la plus propre de la bibliothèque, je conversais dix minutes avec chaque poubelle vidée, et je pourchassais la moindre particule de poussière. Ça peut ressembler à du zèle, de mon point de vue ça ressemblait surtout à de la dissimulation.

Troisième constat : les employĂ©s de la bibliothèque me prĂ©fèrent au moins cent fois plus en tant qu’agent d’entretien qu’ils n’auraient pu m’apprĂ©cier en tant qu’étudiante. Je fais enfin partie de leur camp, je travaille, je me lève tĂ´t, je galère. Pas comme ces salopards d’Ă©tudiants qui ne pensent dĂ©jĂ  qu’au profit, qui ne connaissent pas la «vraie» vie et qui prĂ©fèrent vider la bouteille de champagne plutĂ´t que de la jeter dans la bonne poubelle. Une fois oĂą une dame m’a dit, exaspĂ©rĂ©e «ah, ces Ă©tudiants !», j’ai osĂ© timidement, et non sans humour : «J’en Ă©tais une il n’y a pas si longtemps». Je ne m’attendais pas Ă  provoquer l’hilaritĂ© de la dame mais je ne lui ai mĂŞme pas dĂ©crochĂ© un sourire. Au lieu de ça c’est un regard Ă©trange qui s’est posĂ© sur moi, un regard d’incomprĂ©hension. Comment avais-je pu mĂ©langer ces deux mondes, comment moi, l’ex-Ă©tudiante-supposĂ©e-irrespectueuse, Ă©tais-je devenue l’humble femme de mĂ©nage.

Sauf que je n’étais pas devenue l’humble femme de ménage, je l’étais juste à leurs yeux. Ce rôle m’a été donné. Je ne vais pas parler comme mon amie Florence, de la précarité du travail, chacun sait déjà que le métier d’agent d’entretien est difficile, ça, c’est fait. De ma part j’ai été choquée du comportement des autres, et sans faire de féminisme «de base», ce que je détesterais faire un jour, surtout du comportement des hommes.

Pourquoi les étudiants me voyant faire le ménage se sont largement plus permis de me regarder de façon vraiment indécente, alors que l’on ne m’a jamais regardée en tant qu’étudiante ? Pourquoi le chef du personnel de la bibliothèque s’est il permis de me faire des remarques sur mon physique, pourquoi s’est il permis de me rappeler par deux fois que j’allais lui manquer alors que j’ai dû le croiser seulement trois fois sans jamais lui adresser la parole et que je ne fais pas mieux le ménage qu’un autre ? Pourquoi d’un coup je n’étais que la petite femme de ménage à qui on peut bien se permettre d’être insistant et intrusif ?

Heureusement pour moi, du moins je pense que c’est heureux, je n’étais là qu’en remplacement. Et même plus largement, je ne suis «là» que pour une transition puisqu’à la rentrée prochaine je redeviens étudiante et avec un peu de chance après ça je deviendrai journaliste. Mais après moi, il y aura la prochaine «agent(e) d’entretien», qui devra accepter qu’on la traite différemment, avec peut être moins de respect, même si en apparence il y a de la gentillesse. Si la vie suit son court, si les pôles ne s’inversent pas, si tout va bien, elle ne se rendra même pas compte qu’on ne nait pas femme de ménage, on le devient, et chacun pourra continuer de conditionner à sa place son rôle dans la société.

(cc) bricolage.108

 

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Derniers commentaires

 

Et oui, quoi qu’on fasse les gens nous collent une Ă©tiquette diffĂ©rente dès qu’ils en ont l’occasion, c’est bien con tout çà !


 

C’est tout juste incroyable… Etudiante moi mĂŞme, je crois qu’un article devrait ĂŞtre consacrĂ© au personnel des universitĂ©s en gĂ©nĂ©ral. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que “L’administration de ma fac n’est qu’un vaste complot visant Ă  m’Ă©liminer” sur facebook compte 23,511 membres ! J’essaierai de m’y coller, promis !


 

Ton article me rappelle vraiment quand j’ai bossĂ© comme caissière pendant une “transition”. il y a des jobs comme ça sur lesquelles des Ă©tiquettes sont collĂ©s, caissière et femme de mĂ©nage en sont les exemples types. pas mal de gens n’imaginent pas forcĂ©ment qu’on puisse faire bien d’autres choses Ă  cĂ´tĂ© et qu’on passe par lĂ  pendant une “transition”…

“insistant et intrusif” c’est tout Ă  fait ça. quand au comportement des hommes alors lĂ  j’imagine bien!! et oui on a droit au machisme primaire…

sur ce bon courage pour la suite.


 

j’ai fait Ă  peu prĂ©s tous les jobs Ă©tudiants…exceptĂ© mc do peut-ĂŞtre mais la cafĂ©tĂ©ria c’est pire….l’uniforme et chaussures de sĂ©cu en plus….le poids des plateaux, une salle bondĂ©e….et 1000 couverts….nettoie, ramasse, nettoie, pousse, soulève, paye tes ongles ramollis dans les produits qui bouffent la peau des mains…et surtout les clients: “surtout ma chĂ©rie, travaille Ă  l’Ă©cole pour ne pas ĂŞtre comme la dame lĂ ” connard, j’ai une formation universitaire et toi lĂ  t’es pas foutu de lire une carte, enculĂ© de ta……mais il y a des gens qui bossent lĂ  toute la vie….et rien que pour ça ben j’ai eu envie de lui foutre ses plateaux de caf dans la gueule….j’aurais dĂ» lui dire Ă  sa petite de bien travailler comme moi pour n’avoir Ă  jamais manger dans une cafet (ben ouais monsieur, je vais au resto moi, petit resto mais pas cafet!)et pouvoir se payer son Ă©pilation au laser.


Bref, les gens ont une vision des autres selon leur statut….et les valeurs? celles de la personne?


Excellent article Gispet!


 

Je l’ai fait le mcdo (yes ! I did it !!) et le pire Ă©tait cette impression de grossir par la peau. Mais c’Ă©tait plutĂ´t cool avec le recul. Pas de grossir et de suinter la graisse de frite mais de bosser dans une Ă©quipe de jeunes. Tu Ă©chappes au moins au malaise que tu dĂ©cris dans ton article. Je me suis sentie moins jugĂ©e que pour d’autres tafs alimentaires. Et je me suis mĂŞme bien marrĂ©e certaine fois avec la machine Ă  milkshake. (oui, oui, vous voyez qu’est ce que je veux dire :p)


 

Bon article petit Padawan! :o)


Hormis le fait que je trouve absolument dĂ©gueulasse que certaines personnes en dĂ©valorisent d’autres simplement Ă  cause de leur boulot il est intĂ©ressant de voir comment les Ă©tudiants voient le monde actuel du travail.


Je trouve la gĂ©nĂ©ration actuelle très ambitieuse (j’veux un super boulot super bien payĂ©) et Ă  la fois ultra fainĂ©ante et sectaire (pfuii mĂ©nage ou Mac Do? Trop naze, j’veux pas faire ça moi, j’vaux mieux!).


Alors oui, si certains ont le cul bordĂ©s de nouilles (merci papa, merci maman) c’est loin d’ĂŞtre le cas de tout le monde!


Souvent on est obligĂ© de commencer tout en bas de l’Ă©chelle (et lĂ  je vous passerais les tonnes de boulots de merde que j’me suis tapĂ©) pour pouvoir ensuite avoir de l’expĂ©rience et avoir Ă©ventuellement la chance de progresser et d’Ă©voluer.


Je me suis toujours rappelé ce vieux dicton :


“Il n’y a pas de sot mĂ©tier”


 

En ce qui me concerne j’ai bossĂ© avec un artisan au noir et j’ai failli me dĂ©couper la main dans une machine alors pour Ă©viter la galère des boulots Ă©tudiants complètement ingrats j’ai trouvĂ© la solution : passer mon BAFA et en effet Ă  17 ans je me suis Ă©panouie comme une fleur au contact des enfants mĂŞme si c’est pas toujours facile surtout quand tu fais des colo. Tiens ça me donne une idĂ©e, je vais pondre un article bientĂ´t la dessus!


 

Ça c’est une bonne idĂ©e xena, ça serait cool de lire ton expĂ©rience. Me concernant, le petit… “problème” c’est qu’Ă  l’age ou mes parents ont tentĂ© de me pousser Ă  passer le bafa, j’avais un gros problème relationnel avec les enfants, j’ai un peu fait la capricieuse et je ne l’ai donc jamais passĂ©, alors j’essaye de me dĂ©brouiller autrement !


 

Grâce Ă  mes parents je n’aurais pas eu besoin, mais ils ont voulu que je dĂ©couvre “le monde” et que je fasse des expĂ©riences. J’ai donc fait la vendeuse de vĂŞtements et je me suis cognĂ©e les frites au Free Time (rachetĂ© par Quick je crois). Et bien j’ai appris plein de choses et notamment que le regard des autres peut ĂŞtre assassin. mais au fond, ce qui compte, c’est que j’ai forgĂ© mon caractère. je savais qui j’Ă©t


 

Pardon j’ai bugguĂ©.

Je savais qui j’Ă©tais, ce Ă  quoi j’aspirais et je n’ai jamais laissĂ© une rĂ©flexion ou un malotru me faire douter. J’ai appris Ă  ne pas juger, Ă  ne pas prĂ©juger sur des apparences qui peuvent ĂŞtre trompeuses. Mais combien sont-ils ceux qui se permettent des privautĂ©s sous prĂ©texte que l’image qu’ils reçoivent les confortent dans leur petite ignorance. Pfffttt!

C’est sans aucun doute ces expĂ©riences-lĂ  qui m’ont donnĂ© la “gniake” pour la suite de ma vie.


 

Bonsoir !

Ravie de tomber sur un article sur ce sujet !


J’ai eu le bonheur extrĂŞme de bosser comme femme de mĂ©nage et je dois dire que le mĂ©pris de certaines personnes, la façon dont j’ai Ă©tĂ© traitĂ©e…(mais par des femmes, les hommes m’ont toujours fichu la paix) font que j’ai perdu 10 heures de travail pour ne plus avoir Ă  vivre ça.


Oui, femme de mĂ©nage, c’est affreux. Le boulot est dur, physique, extrĂŞmement fatiguant et ce serait moins dur si on ne vous prenait pas constamment pour de la crotte.


Par contre, pour ma part, je travaillais dans des Ă©coles et je peux te dire qu’on ne soignait pas que les apparences ! Mais je sais que ce que tu dis est vrai dans le privĂ© oĂą on est payĂ©s une misère et on n’a pas le temps de fignoler….d’ailleurs, que les employĂ©es sachent qu’elles ont mon soutien !


Enfin, je pourrais Ă©crire un roman sur le sujet mais je n’ai pas le courage ce soir !


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