Florence Foresti ou la difficulté d’être femme et drôle. “Femme qui rit à moitié dans ton lit”. OK. On connaît ce proverbe. Mais qu’en est-il de celles qui font rire ?
Nous avons dans cet extrait du spectacle Florence Foresti fait des sketches à la Cigale, un élément de réponse. D’abord, au premier coup d’oeil, on voit une femme rigoler de ses consœurs, désignées comme celles “douées pour la vie à deux”, à l’opposé des autres, aux talents inutiles. Cette femme qui se présente tout de suite dans la dernière catégorie citée est habillée d’un simple “Marcel” noir (on appelle pas ça une “Jeanine” ou une “Alberte”, mais un “Marcel”, ça a son importance dans notre tentative de démonstration) et d’un pantalon noir. Au début du spectacle, elle joue justement sur le choix de cette tenue sobre, voire asexuée, en expliquant que c’est pour éviter l’émeute tant elle est belle. C’est pour rire, bien-sûr.
Cette femme nous parle cash, sans détour, d’une voix rauque (évoquant parfois celle de Muriel Robin à l’époque de sa gloire sur scène, pas exactement l’incarnation de l’idéal féminin), n’hésite pas à remonter son pantalon comme un mec le ferait, se racler la gorge et à évoquer son ébriété fréquente “je suis bourrée” ou “grave déchirée”, jamais “pompette”. Bref, elle est consciemment ou non, masculine, du moins dans schémas habituels que nous avons tous en tête.
Ensuite elle se moque allègrement, et on rit beaucoup avec elle, des “filles douées pour la vie à deux”, entendez, les filles “filles“, oui, celle qui sont deux fois filles en fait, celles que certains désignent avec finesse comme “les blondes”. D’ailleurs, pour appuyer notre propos, utilisons un argument d’autorité en citant Milan Kundera : “Une blonde s’adapte inconsciemment à ses cheveux. Surtout si cette blonde est une brune qui se fait teindre en jaune. Elle veut être fidèle à sa couleur et se comporte comme un être fragile, une poupée frivole, une créature exclusivement préoccupée de son apparence, et cette créature exige de la tendresse et des services, de la galanterie et une pension alimentaire, elle est incapable de rien faire par elle-même, elle est toute délicatesse au-dehors et au-dedans toute grossièreté” (La valse aux adieux, paru en France en 1976). Bref, Florence Foresti se moque des mêmes : des filles un peu connes et cul-cul. En faisant cela, elle redit qu’elle n’en est pas, et nous, en riant avec elle, on (se) dit aussi qu’on n’en est pas.
Mais, faire rire, ça reste difficile pour une femme qui veut quand même en être une. Parce que, dans l’ordre des choses, la femme est celle qui reçoit, un réceptacle. Pas celle qui décoche des piques (avec une épée par exemple, symbole phallique par excellence). Difficile donc d’être phallique et féminine tout à la fois. L’humour, quand il est bon, agit, il ne subit pas. Il est rarement doux, mais plutôt agressif. De plus, le personnage, pour être comique, doit grimacer, et donc s’enlaidir. Comme c’est compliqué pour celle qui ne veut pas juste “être belle et se taire” (contrairement à la cible de “filles douée pour la vie à deux” qui est douce et silencieuse) mais qui veut quand même être belle et plaire, comme toute femme en a le droit !
Précisons tout de même, que, à la vue d’un sketch hilarant de 2009 sur la grossesse, il semble que Florence Foresti soit en mesure désormais de résoudre la fameuse équation épineuse : elle apparaît en robe de soirée noire, très sexy, et ne perd rien de sa drôlerie. Sans doute sa féminité en sort renforcée, pas seulement à cause de sa robe, mais aussi grâce à la force de son sujet, la grossesse, sujet de féminitude absolue.
posté le 19/02/2010 | 204 vues | aucun commentaire | tags: Femme drôle florence foresti | une personne a aimé
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