Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

25. mai 2012

Mot de passe oublié

mmepastel

Mauvaises mĂšres ? Tout d’abord, il y a une tendance, relevĂ©e par le numĂ©ro de TĂ©lĂ©rama du 3 fĂ©vrier 2010, Ă  montrer des “mauvaises mĂšres” dans le cinĂ©ma français, que le magazine appelle “les malfaisantes”, en citant les quatre cas suivants (et en les faisant briĂšvement analyser par un psychiatre) :

poster-non-ma-fille.jpg-Le refuge, de François Ozon
-Je suis heureux que ma mĂšre soit vivante, de Claude et Nathan Miller
-MĂšres et filles, de Julie Lopes Curval
-Non ma fille, tu n’iras pas danser, de Christophe HonorĂ©.

Ensuite, il y a moi qui n’ai vu que le dernier et qui l’ai beaucoup aimĂ© (merci K.). Puis il y a la sortie du livre Le conflit, la femme et la mĂšre, d’Elisabeth Badinter. À l’arrivĂ©e, ça donne une forte impression d’actualitĂ©. Tout ça n’est pas un hasard. Et regardez autour de vous (ou chez vous !), vous verrez, la question mĂ©rite d’ĂȘtre posĂ©e. Laquelle ? Patience, ça vient.

Dans une interview accordée au NouvelObs
au sujet de son livre, Elisabeth Badinter dĂ©clare : “Ce qui m’importe, c’est la libertĂ© de choix des femmes, l’égalitĂ© des sexes, qui sont contrecarrĂ©es par ce modĂšle de la femme-mĂšre parfaite dominant aujourd’hui”. Elle s’insurge ensuite contre le courant “naturaliste” qui impose aux femmes l’allaitement et les culpabilise donc si elles n’y ont pas recours. Elle ajoute “Si on considĂšre que c’est dans l’allaitement, dans la fusion mĂšre-enfant que se dĂ©veloppe au mieux l’enfant, on justifie d’avance, d’une certaine maniĂšre l’éloignement des pĂšres”. Elle enfonce le clou en dĂ©clarant : “la derniĂšre Ă©tude de l’institut national dĂ©mographique le montre : tout repose sur elle (la mĂšre) Ă  80%.”

Cette derniĂšre affirmation nous permet
de faire un pont Ă©vident entre le film d’HonorĂ© et la rĂ©alitĂ© ici dĂ©crite : Chiara Mastrioanni explique dans une rencontre passionnante Ă  la Fnac (que vous pouvez voir ici, puis lĂ  - c’est en deux parties) qu’elle a Ă©tĂ© estomaquĂ©e de certaines rĂ©actions de femmes -jeunes- aprĂšs la projection du film, qui trouvaient que l‘“abandon” final de ses enfants par son personnage Ă©tait extrĂȘmement choquant ; et elle faisait remarquer avec un bon sens salutaire qu’on ne pouvait parler d’abandon puisque les enfants Ă©taient repris (probablement momentanĂ©ment) par leur pĂšre. Est-ce qu’on abandonne ses enfants si on confie leur garde au pĂšre ? C’est doublement insultant : pour la mĂšre, mais aussi pour le pĂšre !

Bref. Le film de Christophe HonorĂ© est une rĂ©ussite car il pose de maniĂšre nuancĂ©e, drĂŽle et onirique la question (ça y est ça vient) de savoir ce que c’est que d’ĂȘtre une bonne mĂšre aujourd’hui, sans nĂ©gliger d’autres questions corollaires : trouver sa place dans sa famille, s’affranchir du joug parental ou sociĂ©tal, etc


Le personnage de Lena en a irritĂ© plus d’un.
On la trouve hystĂ©rique, au mieux nĂ©vrosĂ©e. Sans doute l’est-elle, mais elle n’est pas que cela. Elle est un personnage en quĂȘte d’un Ă©quilibre qu’elle ne trouve pas, parce que comme lui dit Simon (Louis Garrel, parfait -et toujours aussi sĂ©duisant malgrĂ© une garde-robe volontairement enlaidissante !-) elle n’a pas su choisir ce Ă  quoi renoncer. Elle veut tout, et risque alors de tout perdre. On trouve le film parisien et intello ; amusant, je trouve. Le film est intelligent, ce n’est pas pareil qu’intello ! (Ou si ?) Et pas particuliĂšrement parisien (le film se passe en grande partie en Bretagne et exploite largement ce fait, ce n’est pas un simple dĂ©cor).

Sans doute Lena incarne-t-elle,
entre autres, la mĂšre tendance fusionnelle qui voudrait ĂȘtre parfaite qu’a dĂ©crite Elisabeth Badinter (ce que lui reproche sa sƓur FrĂ©dĂ©rique dans l’extrait), mais justement, elle n’a pas renoncĂ© Ă  ĂȘtre autre chose, et se retrouve perdue devant tant d’exigences pour elle-mĂȘme, exigences personnelles recouvertes en plus des exigences et injonctions des autres.

Mais elle est aussi celle qui se pose des questions essentielles, et la fin du film, plus ouverte qu’il n’y paraĂźt, pourrait bien laisser penser qu’elle va trouver des rĂ©ponses


Article initialement paru sur mon blog.

 

Signaler un abus

Envoyer Ă  un ami

Derniers commentaires

 

Ca serait d’ailleurs intĂ©ressant, peut-ĂȘtre, de faire une suite : “Non, Nigel, tu n’iras pas chasser”, pour les pĂšres…

(Félicitations pour cette premiÚre publication:D)


 

L’autre titre du film je crois (mais je ne suis pas sĂ»re) Ă©tait “Making plans for Lena” ….


Je laisse un commentaire

NB : Avant de commenter, rendez-vous sur la charte des commentaires

Vous devez vous identifier pour pouvoir laisser un commentaire.

Zapping

Laurie
Laurie a posté un commentaire. (15:42)
Rose H.
Rose H. a posté un commentaire. (15:24)
tevouille
tevouille a posté un commentaire. (12:53)
maris315
maris315 a mis Ă  jour son avatar. (12:53)
maris315
maris315 rejoint le clan des filles Ă  la page. (12:53)
Previously on LR

Prévention en cas de décÚs

Je me dois de vous prĂ©venir : alors je vous prĂ©viens, perdre l’un de ses meilleurs amis n’est pas une sinĂ©cure, si un jour on vous en donne l’opportunitĂ©, refusez immĂ©diatement et faites de votre possible pour Ă©viter toute...

La morale est dans le titre...

« On ne badine pas avec l'Amour » d'Alfred de Musset. Alors voilĂ . Je vais vous parler du XIXĂšme siĂšcle. D’une piĂšce de théùtre qui commence comme une gentille bluette et qui finit en tragĂ©die. On Ă©tait pourtant...

Gestes

Depuis plusieurs jours je m’installe à une terrasse et je regarde une grand-mùre avec sa petite-fille
 La grand-mùre doit avoir la cinquantaine, elle semble jeune et dynamique, elle admire sa petite-fille qui doit avoir entre six...

La personne que tu es en train de devenir.

La fille est debout devant le miroir, elle est en culotte, les cheveux en bataille, le dos un peu voûté, l'air misérable. Elle doit avoir dans les 25 ans, et voilà dix minutes que debout devant...

Le bus

« J’ai parfois envie de vous dire tant de choses. » Mais par oĂč commencer ? LĂ  est la question. « Est-ce que je vous parle de la pluie et du beau temps ? Du dernier navet vu au cinĂ©ma ? Peut-ĂȘtre pourrais-je commencer par vous parler


Le jour oĂč je suis passĂ©e de l’autre cĂŽtĂ©... de l'IMC

Depuis quelques temps, je me laisse aller sur le plan alimentaire. J’ai bien conscience que faire des apĂ©ros en grignotant des tas de cochonneries trois fois par semaine (minimum...) n’est...

Les Partenaires

Les Amies

Paperblog