Il est malade. Gravement. Il se meurt. Il se voit mourir. Il se voit se décomposer. Pourrir. Tomber en lambeau. Déjà depuis des temps immémoriaux, il est en perpétuel conflit avec lui-même, avec les autres, avec ses pairs, son grand Ego, son corps…
Ils l’ont tous piétiné, bafoué, trompé ou malmené. Il s’est un moment vacciné. Contre le cancer. Ce qui le rongeait… Il s’agissait de faire vite et bien car sa vie était en danger. Il a dû faire face aux crises. Tétanisé. Pâle. Son choix s’est porté sur la modernité. Pour profiter pleinement de ses capacités…
Son Ego était heureux : il produisait vite et bien. Jamais une panne. Toujours à la page. Toujours au top… C’était un très bon élément. A un moment où il se sentait mieux pourtant, il a dû faire un autre choix. Se donner à fond, toujours plus, gagner moins : moins de temps pour lui, moins d’argent, moins de loisirs, moins de repos, moins d’amour, moins de joies de vivre…
Il sentait son corps se dérober. Ses facultés baisser. Sa jovialité s’envoler… Son grand Ego ne l’aimait plus. Lui, qui pourtant, lui avait tout donné. Jusqu’à sa vie de famille et son couple… Et puis malgré toutes les lois qui l’avaient protégé, tous les droits qui en faisaient sa fierté, il s’est effondré…
Son Ego est parti. Il s’est détourné de lui. Ne l’a plus désiré ni aimé. Il le sentait depuis longtemps déjà : reclassements, mutations, tensions, manipulations, harcèlements… Il a même tenté de se suicider tant sa douleur était vive. Tout indiquait un désintérêt grandissant de son Ego envers lui. Il se refusait à le voir et il ne voulait pas le croire. Cela faisait tellement longtemps qu’ils se connaissaient.
Aujourd’hui il est à terre, on lui marche dessus, on le piétine, on l’écrase. Lui qui était la fierté de tous, leur raison de vivre, leur gagne-pain… Tous les médecins se sont penchés au-dessus de son lit de gisant. Tous sont partis la tête baissée, bredouille, la larme à l’œil… Et maintenant qu’il est mort, tout le monde l’aime. C’est dans la disparition que l’on connaît l’abandon…
“Ci-gĂ®t notre Travail tant aimĂ©. Nous ne t’oublierons jamais”
(cc) 27147
posté le 16/02/2010 | 467 vues | 2 commentaires | tags: social emploi avenir travail
Merci Cuddles. Ce qui me chagrine le plus, c’est mon Ă©tat d’esprit dans ces moments-lĂ . Je suis moralement au plus bas. Et je laisse Ă©clater mon chagrin et mon impuissance. Malheureusement, ces mots ne toucheront pas grand monde. Merci encore.
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