Lorsque nous nous sommes rencontrés, c’était à la terrasse de ce café, situé plein sud, avec le soleil couchant en arrière-plan. Les palmiers importés de je ne sais où venaient compléter ce tableau qui aurait pu être paradisiaque si nous n’étions pas en plein février.
Le froid glacial mordait mes joues Ă pleine dent et je pouvais imaginer l’espace d’un instant la couleur rosâtre de mon nez ridicule. La serveuse lui amena son cappuccino et pendant qu’il essayait d’ouvrir le sachet du petit spĂ©culos, mon regard se posa une fois de plus sur lui. Il paraissait Ă©trangement fragile, je pouvais lire sur son visage l’inquiĂ©tude et la lourdeur du temps qui passait. Les yeux dans le vague, il tripotait nerveusement sa cigarette. Il semblait perdu…
Il but une gorgée brulante de cappuccino et la note s’envola aussitôt. Il reposa la tasse et s’empressa d’aller la ramasser sous mon regard captivé. Au milieu de la terrasse, il était seul et je pus alors m’introduire dans ses yeux électriques. Je fus engloutie par une vague de tristesse qui noya la totalité de mon corps durant une fraction de seconde. J’avais cette désagréable sensation d’avoir sauté dans un lac gelée, d’avoir fracassé mon corps contre la surface solide de la glace avant d’être absorbée par les eaux profondes. J’échouais sur la berge, inerte, pour constater, enfin, qu’il n’y avait aucune raison de lutter. Les choses étaient ainsi faites, et le mur vitré qui venait de s’élever entre nous semblait infranchissable.
Il colla ses mains sur le mur. Pour la première fois, je me sentie vide, il avait réussi par un simple regard à m’ôter la vie, à capter les moindres particules de mon corps jusqu’à me paralyser tout entière. Réceptive à la moindre respiration, j’arrivais à saisir chez lui une profonde solitude contagieuse. La porte s’entrouvrit, mon cœur s’arrêta de battre et mes poumons se liquéfièrent brusquement. L’immensité du chaos qu’il renfermait était sans pareille et j’aurais voulu stopper d’un seul souffle cette torture inhumaine.
Était-il possible de rencontrer un être dont la chair à vif était visible ? Était-il possible de fusionner en quelques secondes avec un parfait inconnu ? Était-il possible qu’une alchimie si intense puisse obstruer toutes pensées logiques ?
Je me surpris un instant Ă songer Ă notre vie future, Ă notre amour passionnel, Ă nos idĂ©es communes, Ă nos fous rires intempestifs, Ă nos codes d’amoureux irrationnels, Ă nos disputes absurdes et surtout, et par-dessus, tout Ă notre similitude. Il y avait quelque chose d’électrique entre nous, quelque chose d’extrĂŞme dans nos personnalitĂ©s respectives qui faisait qu’ensemble, nous Ă©tions possiblement dangereux… et pourtant ?
-Mademoiselle ?
La vendeuse me tira de ma torpeur, elle me tendit la boite de macarons que j’avais prĂ©alablement commandĂ©e. L’inconnu, toujours Ă la terrasse du cafĂ©, ralluma une cigarette. Le sac sous le bras, je sortis du magasin, empruntai les escalators et continuai mon chemin, troublĂ©e. Était-il possible de rencontrer son binĂ´me et de le laisser partir sans le retenir ?          Â
posté le 16/02/2010 | 666 vues | aucun commentaire | tags: quesion rêve souvenirs amour
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