Article sélectionné par Baby Haussmann lors de sa semaine de rédaction en chef
Je viens d’achever la lecture du dernier essai d’Elisabeth Badinter, Le conflit : la femme et la mère (publiĂ© aux Editions Flammarion, 18 euros) dont s’est très largement saisi les mĂ©dias et les blogueurs. C’est le premier livre que je lis d’elle. Alors, qu’en dire ?
Il se lit très facilement (ouf, pas besoin d’ĂŞtre agrĂ©gĂ©e de philo pour comprendre !) et relativement rapidement (3 heures environ). Le style est clair, agrĂ©able. La construction est fluide mĂŞme si certaines parties m’ont semblĂ© trop longues et d’autres trop rapidement abordĂ©es mais j’y reviendrai.
Une première partie aborde “les ambivalences de la maternitĂ©”, une seconde s’intĂ©resse Ă “l’offensive naturaliste”, et la troisième s’intitule “Ă trop charger la barque…” qui Ă©voque notamment les diffĂ©rentes raisons pour lesquelles de plus en plus de femmes ne veulent pas avoir d’enfant. Le dernier chapitre est consacrĂ© au cas Ă part des femmes françaises. Elle explique cette singularitĂ© par l’histoire, la culture, les traditions, etc. en citant frĂ©quemment l’un de ses prĂ©cĂ©dents ouvrages L’amour en plus.
Ce contre quoi elle s’insurge :
- La tyrannie de la maternité pour se définir comme femme.
- La tyrannie de la mère parfaite : “la barque de la maternitĂ© est aujourd’hui chargĂ©e de trop d’attentes, de contraintes, d’obligations. Il y a pĂ©ril tant pour la femme et le couple que pour le lien social”.
- L’idĂ©ologie de la Leche League (”les oukases des ayatollah de l’allaitement”).
- L’idĂ©ologie du naturalisme, qui a resurgi avec la crise Ă©conomique. Cette approche qui fait de la biologie et de la nature le socle de toutes les vertus et qui condamne plus ou moins la pilule contraceptive, les petits pots tout prĂ©parĂ©s, la pĂ©ridurale, les couches jetables, etc. “La nature devient un argument dĂ©cisif pour imposer ou dispenser des conseils. Elle est devenue une rĂ©fĂ©rence Ă©thique difficilement critiquable, auprès de laquelle le reste fait grise mine. A elle seule, elle incarne le Bon, le Beau et le Vrai chers Ă Platon. La philosophie naturaliste dĂ©tient le pouvoir suprĂŞme de culpabilisation, capable de changer les mĹ“urs.”
- L’existence de l’instinct maternel. “L’environnement, les pressions sociales, l’itinĂ©raire psychologique semblent toujours peser plus lourd que la faible voix de “notre mère Nature” selon elle.
- Certains pĂ©diatres “rĂ©actionnaires” telle Edwige Antier (pour rappel, j’avais consacrĂ© un billet Ă son dernier livre Le courage des femmes).
Ce qu’elle estime important et Ă dĂ©fendre :
- La variété des désirs et des styles de vie féminins.
- La possibilité de concilier son rôle de mère et ses désirs de femme.
- Le fait qu’ĂŞtre une femme ne doit pas se rĂ©sumer au fait d’ĂŞtre mère.
- L’ambivalence de l’amour maternel et la possibilitĂ© de l’exprimer.
Mais elle reconnaĂ®t que tout ce qu’elle combat est assez peu prĂ©sent en France (cf. son dernier chapitre). “Pour l’heure, les Françaises Ă©chappent au dilemme du tout ou rien. Elles avaient dĂ©jĂ bien rĂ©sistĂ© aux oukases de certains pĂ©diatres ; tiendront-elles face Ă ceux des naturalismes ? Sauront-elles imposer leurs dĂ©sirs et leur volontĂ© contre le discours rampant de la culpabilitĂ© ? Et de conclure “Il semble que les jeunes femmes continuent largement Ă n’en faire qu’Ă leur tĂŞte. Jusqu’Ă quand ?”.
Ce que j’en ai pensĂ© :
Elle accorde trop d’importance Ă la dictature de l’allaitement et du naturalisme qui me semblent en rĂ©alitĂ© peu prĂ©gnants en France. J’ai plutĂ´t l’impression que les femmes ont vraiment la libertĂ© de choisir d’allaiter ou non et que peu de voix s’Ă©lèvent contre les petits pots tout faits ou contre les couches jetables. Mais bon, je ne suis peut-ĂŞtre pas reprĂ©sentative…
Concernant la dictature de la mère parfaite, j’ai aussi l’impression qu’en France, il existe une certaine libertĂ© pour dire et assumer “je ne suis pas une mère parfaite”. De nombreux ouvrages sortent sur le thème de “mères indignes” ou “comment ne pas ĂŞtre une mère parfaite”, très utiles pour dĂ©complexer et pour montrer que la maternitĂ© n’est pas qu’un long fleuve tranquille et que ce n’est pas forcĂ©ment que du bonheur. Je pense qu’il faudrait trouver un juste milieu entre la figure de la mère parfaite et celle de la mère indigne.
Il me semble qu’une des questions fondamentales, et peu abordĂ©e dans son livre, est la suivante : comment concilier ses dĂ©sirs d’individu (en l’occurrence de femme) et ses responsabilitĂ©s de parent (en l’occurrence de mère). OĂą placer le curseur pour pouvoir Ă la fois satisfaire ses dĂ©sirs personnels et ses responsabilitĂ©s en tant que parent ? Le rĂ´le des hommes, des pères est trop peu abordĂ©.
J’ai apprĂ©ciĂ© l’importance qu’elle accorde Ă la diversitĂ© des choix fĂ©minins, mĂŞme si on sent que certains d’entre eux ont sa prĂ©fĂ©rence ! Elle prĂ´ne la libertĂ© de chacune, le droit Ă exprimer l’ambivalence de la maternitĂ© ou le refus d’ĂŞtre mère.
Concernant les querelles entre les diffĂ©rents courants fĂ©ministes, j’avoue que je suis un peu dĂ©passĂ©e…
posté le 13/02/2010 | 2582 vues | 13 commentaires | tags: relation mère fille maman bouquin
Badinter = 2ème actionnaire de Publicis et accessoirement prĂ©sidente du conseil de surveillance. Sachant que Publicis gère le budget de… NestlĂ© et… Pampers ! Sachant ça, on y voit tout de suite plus clair sur le discours Ă peine voilĂ© anti-allaitement et anti-bio de la bourgeoise donneuse de leçons.
Quand le portefeuille passe avant les idĂ©ees… lesquelles idĂ©es sont dĂ©jĂ bien rĂ©trogrades. Elle connait quoi aux jeunes couples la bourge ? On dirait que le père elle ignore que ça existe. Sur que son mari a pas du s’occuper bcp de leurs gamins. Elle non plus d’ailleurs, avec son pognon elle a pas du trop se fouler.
Et ouais je suis fort chatouilleux sur la question ! Et sinon l’allaitement c’est excellent pour la santĂ© du nourrisson et de la mère !
@couille bleue: trop fort! l’allaitement n’est pas l’Ă©gal d’asservissement!
@CB : Merci, je ne connaissais pas ses fonctions au sein de Publicis. Dès lors et sans l’accuser il est lĂ©gitime de ne pas penser que philosophie et Ă©conomie puissent parfois faire Ă©tonnemment très bon mĂ©nage…
Femme : Libère toi en consommant?…. hum!….
J’ai beaucoup aimĂ© cet article sur un livre que je n’ai pas lu mais qui a attirĂ© mon attention dans les mĂ©dias rĂ©cemment. J’ai moi-mĂŞme Ă©crit un post sur mon blog en rapprochant les propos d’Elizabeth Badinter (dont je pense avoir saisi la teneur) et les questions posĂ©es par le beau film de Christophe HonorĂ©, Non ma fille tu n’iras pas danser. Je vous invite Ă le lire (je l’ai postĂ© quelque part sur Ladies Room, mais oĂą ? - je dĂ©bute ici !!!-).
@mistermowax: pardon mais je rĂ©agis Ă tes propos “l’allaitement c’est excellent pour la santĂ© du nourrisson et de la mère”. Pour l’enfant sans aucun doute, mais la santĂ© de la mère, lĂ tu t’emballes mon cher!
Ce n’est pas une question de santĂ© c’est une question de fusion, de prolongement de la relation intime entre elle et son enfant. L’allaitement DOIT ĂŞtre un CHOIX voulu, ressenti. Certaines femmes se font culpabiliser de ne pas allaiter, de quel droit? D’autres essaient et subissent de tels dĂ©sagrĂ©ments, des douleurs fortes, qui les contraignent Ă arrĂŞter. En revanche, nombreuses sont celles qui en retirent un Ă©panouissement, un bonheur rĂ©els. Personne n’a le droit de juger et pardon, surtout pas un homme. C’est un choix de femme, de mère, quelque chose de fondamentalement personnel.
Coppelia c’est moi qui ai parlĂ© de la santĂ© du nourisson et de la mère et non ce cher Mistermowax ^^
Alors les bienfaits pour la mère sont de favoriser la perte de poids, ce qui n’est pas nĂ©gligeable, de diminuer le risque de dĂ©calcification et de prĂ©venir les risques de cancer du sein et des ovaires, ce qui pour le coup est carrĂ©ment important. J’ajouterais que c’est bon pour le moral, tout comme le fait de reprendre son poids d’origine plus rapidement. Et le fait que le bĂ©bĂ© n’ait pas de colliques est très reposant pour les deux parents.
Et je dois aussi te dire que je ne suis pas d’accord avec toi :) Un bĂ©bĂ© se fait Ă deux, les dĂ©cisions doivent se prendre Ă deux. Des femmes se plaignent que les pères ne s’investissent pas mais c’est pas en les mettant de cĂ´tĂ© qu’ils vont s’investir. Un père a parfaitement le droit de demander Ă sa femme d’essayer l’allaitement, vu les bienfaits pour son bĂ©bĂ©. Oui c’est aussi le sien. Ca ne te choquerait pas que le père exige que la mère arrĂŞte de fumer et de boire lorsqu’elle est enceinte ? Ca ne doit pas te choquer qu’il lui demande d’essayer d’allaiter. En tout cas il doit avoir son mot Ă dire.
Et le point de vue qu’on a rien Ă dire sous peine de risquer de culpabiliser la mère, la pauvre petite choutte, et rien Ă foutre de la santĂ© du bĂ©bĂ© et de l’avis du père, le moral de madame passe avant tout, je trouve ça parfaitement insupportable.
Un truc Ă savoir, c’est qu’il existe des tĂ©tines en silicone Ă mettre sur les tĂ©tons pour allaiter, ça aide le bĂ©bĂ© (surtout au dĂ©but) et ça fait beaucoup moins mal Ă la mère.
Il est EVIDENT que si la mère essaye d’allaiter mais ne peut pas, elle n’a pas Ă culpabiliser, mais il est tout aussi Ă©vident qu’elle a tout Ă gagner Ă essayer.
Mon cher Couille bleue.
Il est EVIDENT que si la mère n’essaye pas d’allaiter parce qu’elle n’en a pas envie, elle n’a pas Ă culpabiliser.
Et surtout cela la regarde elle, si elle essaie ou pas, mais ça ne concerne pas Couille bleue.
Je fais ce que je veux, quand je veux, oĂą je veux. Elle a raison Badinter et elle sait de quoi elle parle.
Merci pour tous vos commentaires.
Je constate que chacun(e) reçoit et perçoit très diffĂ©remment les propos d’Elisabeth Badinter selon son propre vĂ©cu, ses propres expĂ©riences.
Et que l’allaitement reste un sujet sensible, davantage que ce que je pensais sans doute. J’avais l’impression, peut-ĂŞtre Ă tort, qu’en France, la libertĂ© d’allaiter ou non Ă©tait relativement grande et respectĂ©e.
N’hĂ©sitez pas Ă lire Ă©galement les commentaires qui ont Ă©tĂ© laissĂ©s sur le blog. C’est très riche !
Je suis obligĂ© de revenir ici après ma grosse semaine d’absence ^^
@ Vero freud : on dirait que je t’ai agressĂ© personnellement. Alors comme tu as du mal Ă comprendre ce que j’Ă©cris, je vais te faire une traduction : que toutes les nanas du monde allaitent ou non ne me concerne pas, mais ça concerne LE PERE. Comprendo cette fois ? Pas moi mais le père de l’enfant. Après je connais pas ton histoire perso mais - si c’est pas dĂ©jĂ le cas - si un jour tu as un enfant d’un homme dont tu es amoureuse, je pense pas que tu lui diras : “Ecoute je t’aime, mais l’allaitement c’est mon affaire alors sois gentil et ta gueule” Oui ton message je l’ai pris comme ça.
@ Rumeur : MĂŞme chose je connais pas ton histoire perso mais si un jour tu as un bĂ©bĂ© que tu veux voir grandir avec la meilleure santĂ© possible, tu oublieras sans doute cette magnifique devise que j’assimile aux ravages du fĂ©minisme con-con. (mais vraiment con et immature en prime, t’en as d’autres des comme ça ?)
Maintenant j’Ă©coute vos tĂ©moignages et si ça vous intĂ©resse, je pourrais vous donner le mien.
J’interviens un peu tard dans le dĂ©bat, mais je voudrais prĂ©ciser le point de l’allaitement.
Ayant moi-mĂŞme allaitĂ© mes deux enfants jusqu’au 3ème mois je ne rentre pas dans le cadre de la prĂ©conisĂ© par la Leche League : allaitement maternel exclusif les 6 premiers mois et mixte jusqu’Ă ce que le bĂ©bĂ© n’en ai plus besoin (http://www.lllfrance.org/Qui-sommes-nous/Nos-valeurs.html).
J’ai lu le livre et ce que reproche E. Badinter c’est les pressions qui s’appliquent sur les jeunes mères pour suivre ce modèle, surtout dans les pays anglo-saxons, pour l’instant…
J’ai adorĂ© ce livre, il a Ă©tĂ© salvateur pour moi qui essayais d’ĂŞtre la mère parfaite…
L’allaitement j’en ai bavĂ©, j’ai dĂ©testĂ© !!! Et la Leche League, très prĂ©sente au Luxembourg m’a bien mis la pression. J’ai quand mĂŞme allaitĂ© 6 mois mon fils et 4 mois ma fille et c’est les mois les plus dĂ©testables de ma vie! Je ne suis pas une vache mais une femme… Pour ce qui est du mĂ©dical c’est une vaste foutaise, une de mes amies ayant allaitĂ© ces 4 enfants chacun 6 mois a reçu le diagnostic il y a peu cancer du sein… Et pour le reste, j’y crois pas plus… Je suis une fervente dĂ©fenderesse du “Fais comme tu veux, ne te laisse pas influencer par ce que l’on te dit que ce soit dans un sens ou dans l’autre”
L’allaitement tout un sujet!
Mais E Badinter et son bouquin m’ont Ă©normĂ©ment aidĂ© et j’ai regrettĂ© qu’il ne soit pas sorti avant…
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Il y a un vrai courant du retour Ă la nature et Ă la “mère” parfaite. Cela implique que l’on culpabilise la femme, surtout celle qui veut continuer Ă exister, Ă travailler tout en essayant d’ĂŞtre Ă la hauteur de son rĂ´le de mère. On n’en est pas (encore??) Ă une pression violente, nĂ©anmoins les suggestions auprès des futures mères ne sont pas dĂ©guisĂ©es.
Il n’y a pas de mode d’emploi de la mère idĂ©ale, on fait ce qu’on peut, au mieux, en fonction de ses instincts.