Je connais cette maladie, on ne peut pas dire que je n’ai pas été prévenue. J’ai lu des romans, j’ai eu des séances de prévention, mes parents ont essayé de m’enseigner la prudence. Mais la prudence c’est pour les autres. Moi je possède la magie d’éloigner les choses en n’y pensant pas.
Le SIDA c’est une maladie pour les pauvres, les Africains, les Cambodgiens, tous ces gens là qui n’ont pas les moyens d’acheter des préservatifs ou qui ne savent pas que ça existe.
Pourquoi devrais-je faire attention ? Le préservatif, c’est surtout pour m’éviter de tomber enceinte. Et comme je m’en fiche un peu de tomber enceinte, si j’oublie ce vulgaire bout de latex (que j’aime bien parfumé à la fraise) quelle importance ?
Et puis même si je suis «sexuellement active» depuis mes 16 ans, je n’ai connu que deux amants. Le premier était aussi pur que moi, le pauvre agneau, le second avait pris ses précautions. Bon, quand j’ai eu l’opportunité d’avoir un nouveau partenaire, je n’ai pas vraiment hésité. J’avais soif de nouvelles expériences et de potins à raconter à mes copines. Le beau jeune homme avait 27 ans, une allure magnifique de poète maudit, photographe de génie, invité d’honneur au festival. Tout pour faire rêver cette jeune adulte en manque de reconnaissance que j’étais. Il est tombé dans mes bras comme un fruit mûr mais je n’avais pas vu qu’il était pourri de l’intérieur.
Bien-sûr, on a commencé par être sérieux. Mais il s’y est tellement mal pris, j’avais tellement peur de mal-faire, que ce bout de plastique sec dans mon pauvre corps me faisait aussi mal qu’un manche à balai. Mais ça n’allait pas du tout avec mes plans ça, oh non ! Moi je voulais une symbiose sexuelle, un panaché de sensations, du champagne et des frissons. Pas cette honte amère d’être nulle, pas ces regards gênés et ce plafond blanc que je voyais flou à travers mes larmes. Alors la nuit suivante, j’ai envoyé valser sur le parquet les petits sachets et mon photographe ne s’est pas défendu.
J’ai pris la pilule du lendemain et j’ai tout oublié pendant trois mois. Puis je suis tombée amoureuse, pour la première fois. Un ami d’enfance, retrouvé par hasard. Un magnifique clin d’œil de la vie, un cadeau de noël surprise. Je me sentais encore novice, encore pure, presque vierge. Alors le SIDA, vraiment, ça ne m’a même pas effleuré l’esprit. Il était aussi con et empressé que moi. Il suffit d’une fois… Baptiste !
Etre malade, c’est une chose, condamner à mort un homme qu’on aime, cela en est une autre. Mon histoire tend à la tragédie, laissez-moi vous dire que c’est une terrible farce. Un gâchis monstrueux. C’est d’une nullité terrible et je n’ai pas assez de larmes pour pleurer. Mes excuses résonnent dans le vide, sonnent inutiles. Mes explications sont absurdes et n’expliquent rien à personne.
Car tu vois, la connerie, ça ne s’explique pas. Ça fait seulement du mal. Ce texte Ă©tait une anticipation, Ă©crit la veille du rĂ©sultat. J’avais 39° de fièvre et une crise de nerfs derrière moi.
Le test est nĂ©gatif. Mais j’ai retenu la leçon… Il suffit d’une fois !
(cc) id-iom
posté le 12/02/2010 | 1080 vues | 6 commentaires | tags: sida peur témoignage sexe amour | 4 ont aimé
Oui, heureusement. Mais ça m’a remit les idĂ©es en place cette terreur. Ces monstruositĂ©s que je profère au dĂ©but du texte sont sincères, je les pensais vraiment, de loin, un peu de façon inconsciente. J’ai eu de la chance.
Merci aussi Ă LadiesRoom qui offre cette possibilitĂ© formidable de s’exprimer avec si peu de tabous. Je n’aurai osĂ© ça nul part ailleurs.
On est toujours ravis d’accueillir des tĂ©moignages forts, des partages d’expĂ©rience de ce type ! Bravo, et bienvenue, donc :)
Oh Miette, j’ai flippĂ©, vraiment.
Oui personne n’est Ă l’abri de cette merde et on n’est pas plus fort, il faut se protĂ©ger.
Je suis contente pour toi (que je ne connais pas) que tes tests soient négatifs.
Je pense qu’ils t’ont faits prendre conscience d’une chose importante: il y a des sujets que l’on ne peut pas prendre Ă la lègĂ©re notamment ce simple morceau de latex.
Moi j’ai connu cette angoisse d’attendre des rĂ©sultats, j’avais aussi l’impression d’avoir tout les symptomes, j’essayais de traquer le moindre ganglion et puis - grace Ă Dieu - tout va bien. Mais maintenant je suis très vigilante, peut etre trop. Parqu’en plus j’ai eu pas mal de partenaires Ă l’Ă©poque des faits et des mecs un peu exposĂ©s (militaires, pompiers…), mĂŞme si eux sont très vigilants aussi car leur carrière en dĂ©pend, il n’empeche que c’est des mecs qui tringlent beaucoup. De toute façon, il faut se mĂ©fier de tout le monde en matière de Sida c’est dur mais bon on n’est jamais trop prudent. Surtout quand on voit que mĂŞme certaines femmes qui avaient confiance en leur mari ont Ă©tĂ© infectĂ©es.
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Bravo pour ce texte très poignant jusqu’au bout… Je crois que ce genre d’histoires se vĂ©rifie pour n’importe qui, on n’est jamais Ă l’abri d’une bĂŞtise de passage…. Beaucoup de stress Ă canaliser, l’angoisse… En tout cas, tout est bien, qui finit bien, au final :)