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De passage en Bretagne, une expo : Boat people, bateaux de l’exil

Ou le mouvement entre la terre de ses racines quittée et la terre d’accueil inconnue. Boat people, c’est quoi ?

De passage en Bretagne, une expo : Boat people, bateaux de l’exilLe terme boat people désigne les vietnamiens qui ont fui l’oppression politique de leur pays dans les années 80 suite à l’installation du régime communiste. Ils ont été des dizaines de milliers à embarquer sur des bateaux de fortune en direction de la mer de Chine.

Le phénomène a pris une ampleur importante quand il a été rejoint par des millions de personnes de la péninsule indochinoise suite à des bouleversements politiques et économiques dans leurs pays respectifs. Durant les deux décennies qui suivent 1975, ils ont été au total 3 millions de personnes du Vietnam, Laos et Cambodge à fuir leur pays par la mer. Ces événements font partie des plus grands exodes maritimes de l’histoire.

L’importance du phénomène boat people tel qu’il a été dans la péninsule indochinoise – les chiffres, la couverture médiatique et l’aide humanitaire déployée- n’est plus d’actualité mais ces flux migratoires sont eux encore bien actuels et concernent plusieurs points du globe. Il s’agit de milliers voire dizaines de milliers d’arrivées par an, en Europe principalement, et venant pour la plupart du continent africain.

Aujourd’hui, le terme teinté de poésie et de respect boat people est remplacé par les termes de « clandestins » ou « immigrants illégaux » …

L’exposition retrace donc l’histoire de ces départs massifs dans la péninsule indochinoise durant les années 80 et plus particulièrement l’histoire du « boat people de Douarnenez ». Secouru une nuit de 1981 par un navire envoyé par Médecins du monde, ce boat people est devenu le symbole de ces événements. A bord se trouvait 86 hommes, femmes et enfants fuyant le Vietnam. L’embarcation authentique a été ramenée et exposée à Paris afin d’alerter l’opinion publique. Selon le souhait de  Médecins du monde qui voulait que la bateau soit conservé dans une ville maritime, l’embarcation a été transférée dans la ville de Douarnenez, en Bretagne.

A leur retour, les vietnamiens se trouvant à bord ont apporté des témoignages bouleversants des conditions de vie sur le bateau. Ces témoignages évoquent les difficultés encore bien actuelles de ceux qui fuient leur pays par la mer. Les conditions sanitaires, les maladies, le manque d’eau et de vivres, la perte de repère et la piraterie. Ce dernier sujet est d’ailleurs un des plus traités dans l’expo parmi les risques encourus par les migrants. Les témoignages sur les agressions de pirates sont d’une violence terrible.

Dans la salle où se trouve l’embarcation de Douarnenez
, prêtée pour l’occasion, on peut lire la copie d’une longue lettre écrite par un couple de vietnamiens. Les difficultés de la vie à bord y sont évoquées mais surtout les horreurs commises par les pirates. La peur et la déshumanisation des victimes sont terrifiantes. Les femmes sont souvent les premières victimes de ces barbaries. La lettre se lit difficilement tant certains passages racontent de la cruauté pure.

L’expo s’articule autour des étapes de l’embarquement pour la mer de Chine à l’arrivée. Le bateau refuge, le navire asile, l’humanitaire, la mobilisation de l’opinion publique et enfin le « pied » à terre. Passé et actualité se mêlent habilement. En traitant des boat people de mer de chine, l’exposition évoque le problème actuel des migrations par la mer, leurs origines souvent mal comprises et les difficultés de la demande d’asile.

La mise en scène de l’expo est assez originale. On apprécie de pouvoir s’asseoir dans une cuisine reconstituée type années 80, papier peints à gros motifs orangés et meubles laqués rouges, et de regarder les infos de l’époque sur un vieux poste de télévision qui diffuse des extraits en boucle. On peut aussi se poster sous une des espèces de chapeaux en verre suspendus sous lesquelles sont diffusés en permanence des émissions radios.

Les réactions d’écrivains et d’artistes, des témoignages de réfugiés, l’intervention d’ONG entre autres. Coupures de journaux, articles, photographies et objets retrouvés viennent compléter le grand nombre de documents sonores. Une occasion de se retrouver 30 ans en arrière et de découvrir l’approche que les gens et les médias avaient de ces événements. Une exposition choc et utile. Tout simplement.

Jusqu’au 2 Mai 2010, aux Champs Libres de Rennes
Une exposition produite par le port –musée de Douarnenez et adaptée par le musée de Bretagne pour les Champs Libre

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