Stefan Brijs, présenté comme l’un des plus grands auteurs flamands, signe ici un ouvrage dont le titre et la 4ème de couverture laissaient présager une plongée dans la question Religion vs. Science, sur fond de métaphysique.
Viktor Hoppe, médecin, revient dans son village natal, situé au croisement de la Belgique, des Pays-Bas et de l’Allemagne, 30 ans après l’avoir quitté. Il y revient accompagné de ses 3 enfants, triplés partageant la même difformité que leur père, à savoir un bec de lièvre et s’enferme avec eux dans la maison familiale, provoquant ainsi les rumeurs les plus folles dans le village. Charlotte Maenhout, l’ancienne institutrice du village, est engagée par le docteur pour s’occuper des enfants et elle s’apercevra, au fur et à mesure qu’elle les côtoie et qu’elle s’attache à eux, que le secret qu’ils portent sur leurs épaules est plus lourd qu’une simple histoire de père célibataire endurci…
On se doute très vite du fin mot de l’histoire, l’intérêt du roman n’est justement pas dans le secret scientifique qui entoure les 3 anges (prénommés d’ailleurs Michaël, Raphaël et Gabriel) mais dans l’histoire même du docteur Viktor Hoppe et de sa démarche mégalomane couplée aux progrès génétiques du début des années 80.
Le roman est d’ailleurs construit de façon à “passer” très vite sur les enfants et leur arrivée au village ainsi que leurs relations avec leur nourrice et leur père.
Stefan Brijs met rapidement l’accent sur l’enfance du docteur, atteint du syndrome d’Asperger à une époque où celui-ci n’avait pas encore été diagnostiqué et nommé.
Il met aussi l’accent sur les dérives d’une science sans conscience et à l’instar de Rabelais dans “Pantagruel”, aborde le sujet via le clivage de telles initiatives avec la morale, l’éthique et la religion, celle-ci étant omniprésente dans la vie du docteur, son objectif quasi avoué étant de se jouer de Dieu et de “faire mieux que lui”.
Un livre lourd donc.
Lourd de sens, la question morale autour des manipulations génétiques n’ayant pas fini de secouer les milieux scientifiques.
Lourd de sous-entendus aussi, puisque l’accent mis sur l’enfant du docteur et les traumatismes vécus, couplés à son autisme, donnent une explication (mais non une justification) à ses actes.
Lourd de style finalement, puisque “Le Faiseur d’anges” s’essouffle très vite, dès la moitié du livre, j’ai décroché, trop de noms, trop de Bible, trop de flash backs mélangés au présent de la narration, trop peu également d’émotions.
Car c’est ce qui m’a le plus “marqué”. La froideur, le grisâtre, la distance, l’autisme évoqué dans le roman qui en devient en fait l’ambiance globale où rien finalement n’a de couleur et où aucune émotion ne surgit jamais ou alors si peu.
Pari réussi si l’auteur souhaitait justement en arriver là mais dans mon cas, cela m’a juste fait tomber le livre des mains.
Dommage car le sujet traité est intéressant. Le traitement par contre n’a pas fonctionné pour moi.
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“Le Faiseur d’anges“, Stefan Brijs
Paru le 21 janvier 2010 aux Éditions Héloïse d’Ormesson
posté le 28/01/2010 | 1890 vues | aucun commentaire | tags: clonage génétique ange éthique religion lecture bouquin
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