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Modestes : portraits et histoires de femmes du Moyen Orient, photographies d’Alexandra Boulat

Le 24 Janvier s’achève l’exposition « Modestes », au musée international de la Croix rouge à Genève. Alexandra Boulat (1962-2007) était photo-reporter. Elle a couvert la plupart des conflits mondiaux de ces 20 dernières années, dont l’ex-Yougoslavie, l’Afghanistan, l’Irak et le conflit israélo-palestinien.

Modestes : portraits et histoires de femmes du Moyen Orient, photographies d’Alexandra BoulatDe ses voyages au Moyen Orient, la photographe a rapporté des bouts d’histoire de femmes. L’exposition rapporte des bouts de vie de ces femmes d’Iran, d’Irak, d’Afghanistan, du Pakistan, de Jordanie, de Syrie, de Gaza et de Cisjordanie. Alexandra Boulat tente d’éclairer un peu sur leurs préoccupations, leurs espoirs et leurs luttes de tous les jours. A l’histoire des photographies, s’ajoute l’esthétique sobre de l’exposition. Seulement quelques vers d’un poème arabe au dessus des photographies encadrées.

Pudeur. Les photos, dans une grande pudeur, dévoilent en subtilité le banal ou le grave. Afghanistan. Le cliché d’une jeune femme à l’hôpital qui s’est aspergée d’essence par désespoir de ne pouvoir échapper à son mariage. La photo d’à côté montre la mère de la jeune femme qui l’aide à se nourrir. Autres photos. En 2004, les Afghanes ont de nouveau le droit de vote. Alexandra Boulat est allée à Herat voir ces femmes qui se pressent pour entrer au bureau de vote en vue de l’élection présidentielle. Bousculades, sourires, empressement. Et ce visage de femme qui, à l’abri des regards, glisse son bulletin dans l’enveloppe. Un léger sourire. Dans le regard, quelque chose de malicieux.

Couleur. Les couleurs sont au service du message de la photo. Bande de Gaza. Un groupe d’enfants accompagné de leur professeur cherchent un endroit pour faire la classe. Le groupe d’enfants est au milieu, centre de l’image. Habillés en couleurs et portant leur chaise en plastique jaune, rouge, bleu, rose, ils éclairent la scène grise. En arrière plan, les ruines des bâtiments victimes des bombardements. Tout autour, des femmes en noir. La couleur, l’espoir, l’avenir, c’est les enfants. C’est sur eux que l’œil du spectateur se pose. Gaza encore. A l’intérieur d’une maison, cliché d’un citron et d’une brosse à dent. Le jaune vif du citron contraste avec la décrépitude du mur. Une coquetterie –le citron a des vertus pour la peau-  qui contraste avec une pauvreté apparente. La trace de couleur qui exprime la légèreté, la coquetterie, les préoccupations féminines malgré la guerre. Afghanistan. Moment d’intimité entre femmes. Près d’une fenêtre, à l’intérieur d’une pièce peu éclairée, des femmes aident une future mariée à se parer. Aucun sourire sur leur visage. Les couleurs sont froides et la lumière est sombre. Aucune trace de gaieté apparente.

Lumière. La lumière, comme la couleur, est là pour illustrer une idée. La lumière raconte. Elle cache ou dévoile. Jordanie. Des hommes en maillots de bain jouent avec les enfants – tous des garçons – au bord de l’eau. Tous sourient et leurs corps dessinent des attitudes relâchées et amusées. Les pieds dans l’eau, une femme voilée se tient au milieu du groupe. Figée comme une statue. La lumière vient de l’arrière plan. Au milieu, là où se tient la femme, il fait très sombre. Centre de l’image, un peu comme le pilier du groupe, de la famille. Stabilité. Mais seule, sombre, droite.

Modestes, c’est ce nom que Alexandra Boulat avait souhaité donner à l’exposition. « Modestes » pour contraster avec les combats quotidiens qui eux n’ont rien de modestes et d’ordinaires. Vider sa maison des débris de pierres suite à une explosion, nourrir sa famille quand l’électricité est coupée et le frigo presque vide, étudier à Kaboul, intégrer l’académie de police pour femmes, se présenter comme candidate aux élections ou encore changer de sexe et d’identité quand c’est la seule possibilité pour vivre son homosexualité. Tandis qu’on avance dans les allées de l’exposition, on découvre un peu la complexité et les paradoxes de ces sociétés musulmanes.

On peut parcourir l’expo seule, se faire notre propre interprétation et ensuite profiter de la visite commentée gratuite qui vient étayer certaines de nos réflexions. Et à la sortie, on a envie de découvrir le reste du travail de la reporter. Modestes : une expo simple pour des photographies puissantes.

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