Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

25. mai 2012

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Du tsunami au séisme à Haiti : l’émotion au service du charity bussiness

Bien entendu, je ne remets pas en cause la tragédie du séisme qui a eu lieu en Haïti ni même la situation d’urgence dans laquelle se trouve Haïti. Bien sûr, il faut venir en aide aux victimes, les secourir et permettre à se pays de se remettre d’une telle catastrophe naturelle. Mais quelque soit la gravité de la situation,  je pense qu’il ne faut pas tomber dans l’excès  qui consiste à  ne  montrer que des images traumatisantes pour toucher le téléspectateur qui regarde le journal télévisé par exemple.

haiti.jpgLa médiatisation de ce genre d’événements semble délicate. Évidemment les journalistes doivent rendre compte de la réalité catastrophique. Les images marquent, choquent, font réagir. Parfois les commentaires des journalistes renforcent cette idée de pathos qui conduit le téléspectateur à ressentir une forte émotion. D’abord incrédule devant un séisme aussi dévastateur, il se montre ensuite très touché par ce qu’il vient de voir. Les images véhiculent une forte émotion que le téléspectateur reçoit en pleine figure.

La catastrophe naturelle devient un spectacle que l’on peut suivre à chaque épisode du Journal Télévisé.  Pour toucher le téléspectateur des images symboliques sont utilisées. Des victimes, des témoins sont interviewés et délivrent leur vécu, leur vision des faits. Mais quelle part de vrai existe-t-il dans ces images ? Comment peut-on être sûr que ces témoignages pris sur le vif ne sont pas retravaillés pour délivrer encore plus d’émotions. Pour traduire cette situation de chaos et d’anarchie rien de mieux que de montrer des corps décharnés, des sauveurs d’un jour qui ont sorti des décombres une victime qui deviendra le symbole de l’espoir. A ces images de désespoir succèdent des images de pillages. Puis des images mettent en évidence la solidarité mondiale qui s’est activée pour régler cette situation de crise.

A ce moment on montre des convois humanitaires qui tentent de parer au plus urgent. Ils distribuent de l’eau, de la nourriture, des couvertures… Sans ce travail de terrain la situation serait encore plus critique. Mais on a souvent peu d’informations sur la nature exacte de leur mission car le plus important reste le spectaculaire de l’évènement.

Devant une telle émotion le spectateur se sent concerné. Troublé, il se demande s’il ne peut pas faire quelque chose pour aider “ces pauvres gens qui souffrent”.  A ce stade le “charity bussiness” commence et une médiatisation massive de la catastrophe mobilise tous les esprits et toutes les consciences. Mais cette soudaine solidarité qui vous pousse à donner n’est -elle pas orchestrée par les médias ? En temps normal la plupart des gens ne se soucient guère de Haïti, ils ne savent même pas où se situe ce pays. Mais aujourd’hui tout le monde s’y intéresse.  Si on s’était préoccupé plus tôt du sort de Haïti, on aurait peut-être pu limiter les dégâts de cette catastrophe. Mais à ce moment Haïti n’avait pas d’intérêt.

La générosité devrait être une démarche personnelle dénuée de tout intérêt. En effet on donne pour les autres et non pour soi. Si on donne pour la bonne conscience uniquement, le geste du don perd tout son sens. Pourquoi donner plus aux victimes du séisme d’Haïti qu’à un SDF que l’on croise tous les jours dans le métro ? La distance explique cette soudaine explosion de générosité. En donnant à des personnes éloignées, les donneurs pensent Å“uvrer pour le bien de la communauté mondiale. Ils pensent aussi que leur acte généreux reste le seul moyen de lutter contre la misère humaine.

Quelque part par cette contribution on se sent utile. Au contraire, la misère du quotidien qui n’est pas mise en lumière par les médias est considérée comme banale et laisse une bonne partie des gens indifférents. Pourtant voir une personne qui vit dans la rue et qui n’a pas de quoi se nourrir devrait autant nous glacer le sang et nous faire réagir que de voir des victimes d’un séisme ou d’un tsunami à l’autre bout du monde. Mais ainsi va le monde de la charité. On donne parce que les médias nous sermonnent. Ils nous rappellent que le don ferait de nous des personnes respectables. Les chaines nationales participent à cet élan soudain de générosité. Des messages omniprésents nous indiquent qu’il faut envoyer des dons.

On découvre des personnalités généreuses qui se mobilisent pour cette cause. Bien sûr cet engagement est honorable mais il leur permet aussi d’apparaitre sous les feux de la rampe. Quel que soit sa valeur, cet engagement améliore leur image auprès du public. L’argent achète parfois la générosité. Sans cette médiatisation accrue auraient-elles participé à cet élan massif de solidarité, pas sûr. Certains s’engagent au quotidien dans des associations peu médiatisées mais qui servent aussi le bien de la communauté. Pour autant ils ne viennent pas toujours dans les médias pour en parler.

Si on se souvient du tsunami, une chaine mondiale de solidarité s’était mise en place. Des milliards de dollars de dons ont afflué des quatre coins du monde. Une partie des dons a servi à la population locale mais au final une bonne partie du montant de l’aide a été détournée et n’a pas aidé les personnes concernées. Le don se doit donc d’être transparent. Je veux bien donner mais si je donne je préfère offrir des choses utiles (couvertures, pâtes, riz, médicaments…) au moins je suis assurée que ces denrées alimentaires ou non sont réellement redistribuées. Et encore il se peut que l’aide alimentaire soit aussi détournée. Il faut s’assurer aussi que l’association à laquelle on envoie des dons soit vraiment sérieuse et se renseigner sur la nature de leur engagement.

Je dis oui à l’aide mais non au charity bussiness. Parce que donner doit rester un acte honnête, humble, désintéressé et citoyen. Et que les médias arrêtent d’utiliser l’émotion à tout va  dans le simple but de faire des citoyens solidaires sans pour autant que cet acte le soit réellement.  L’émotion suscitée  nous empêche souvent d’utiliser notre sens critique et c’est bien dommage car dans des situation comme celle-ci, il faut agir oui, mais pas n’importe comment.

 

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Derniers commentaires

 

J’aime ton analyse, comme à l’accoutumée. Je crains également que la chaîne de solidarité actuelle suscitée par le tremblement de terre et ses conséquences qui ont touché Haïti ne soient un nouvel avatar de sensationnalisme, comme le furent les campagnes de sensibilisation pour les conséquences du tsunami en 2004 ou, plus lointaine encore, l’opération “sac de riz” pour la Somalie en 1992.

Le problème des circuits de solidarité actuels est que l’on sait rarement comment les circuits de solidarité traditionnels sont contrôlés sur place. Dans la majeure partie des cas, l’aide est détournée soit par le gouvernement, soit par des milices. La solution la mieux adaptée en général est d’aller sur place et de proposer directement son aide (matériel médical ou scolaire, aide à la reconstruction…). Cela implique de vouloir s’impliquer davantage humainement, ce à quoi ne sont pas forcément prêts les spectateurs du journal de 20h.


 

vu déjà vu et revu.

Tu parles d’émotion pour la charity business, mais l’émotion est déjà là dans des catastrophes comme celles là, et de tout temps. Je ne vois pas d’analyse là dedans. Moi je participe pas au don par sms etc, il y a bien d’autres moyens, à part bien évidemment partir sur place comme le dit SG.


Ce qui m’énerve dans des articles comme ceux là c’est de prendre les spectateurs du 20h pour des idiots. Putain, mais des assos qui vont sur place, j’en ai fait partie, et j’ai quitté le truc car ils sont plus pourris et portés sur la thune que ceux qui récoltent ponctuellement. Je peux citer une asso de grande envergure qui balance les projets d’étudiants parce que soi disant c’est pas ça qu’il faut sur place, mais qui demande un ordi portable pour un village où il n’y a aucune électricité!

Le truc des tentes avec l’acteur c’est quoi?

Emmaus c’est quoi?

La campagne de sensibilisation aux USA pour les européens après la 2nde guerre mondiale c’est quoi?


Rétention d’infos ou spectacle? Waouh, faudrait savoir…


Bref, je ne comprends pas tellement la pertinence de ton article à part relayer ce qui a été déjà fait par d’autres dès que le truc retombe un peu. Ben ouais, c’est une catastrophe de grande envergure, et remettre en cause les images et les témoignages parce que ça appelle le pognon, moi ça serait le contraire qui me ferait mal. C’est le chaos là bas, tu veux qu’ils montrent quoi? Les mecs qui n’ont pas à boire, ni d’eau oxygénée, je pense qu’ils s’en foutent des considérations des gens qui sont installés dans leurs fauteuils à se demander où partent leur sms + 50cents.

Et j’aimerais bien rendre hommage aux armées, au moins elles sont là et assurent le ravitaillement. Pinailler sur des trucs comme ça me fout en l’air, désolée d’habitude je suis fan de tes articles mais là…se renseigner serait pas mal.

La solidarité elle vient quand elle vient, tant que c’est avec le coeur et une envie réelle, peu importe!!Et les personnalités genre Wyclef oui, je pense qu’il s’est forcé à chialer (surtout quand on pense à Refugee)…mais là je suis en boule pour le weekend!


 

Ok, mais si tu fait gaffe à la date de mon article je l’ai écrit juste au début du processus de la mise en place de la chaine de solidarité. Ok il y a du parti pris dans mon article. Mais dire qu’il faut que j’aille me renseigner je trouve juste ça un peu abusé. Justement c’est le cas. Bien sur c’est une catastrophe de grande envergure et qu’il faut venir en aide aux civils mais pour celle-là plus qu’ne autre. Après les haitis avaient besoin de nous bien avant la catastrophe. C’est juste un article où je réagis vivement peut être trop sur le moment. Mais t’avouera q’à force de montrer les mêmes images en boucle ce qui étaient vrai au départ quand les chaines n’avaient pas encore de correspondants sur place ça ne favorise pas la réflexio. Bien sur bil faut montrer des images pour tendre compte de la gravité des évènements car c’est la seule façon de le faire. Mais montrer pour montrer ce n’est pas non plus la solution. IL EST important aussi de pouvoir prendre du recul par rapport aux évènements et ainsi les commentaires des journalistes devraient nous aidés à le faire. Après c’est à nous ne nous prendre en charge et de réfléchir mais le Jt nous appelle pas forcément à le faire et cela peut être dommageable. Je m’attaque par particulièrement aux spectateurs du Jt mais plutot à leur contenu et la façon qu’on les journalistes de rendre de l’évènement. Evidemment c’est à nous de faire la part des choses et de la rendre de la distance mais cela est possible seulemnt quand on a appris à le faire et ce n’est pas toujours donné à tous le monde. Voilà merci pour ta réaction après tout c’est normal que mon article appelle de vive réactions je le colprends tout à fait.


 

je lol! en fait on prend tout le monde pour des cons dans cette histoire, les donateurs, les journalistes…

bien sur que c’est sensationnel un tremblement de terre qui ravage une ville, une ile entiere et qui fait des milliers de victimes. Et bien sur qu’ on va se dire, c’est triste, c’est injuste, c’est moche, ces gens qui crevent comme ca et on va donner un peu d’argent. et je pense que c’est meme pas dans la majorité des cas par soulagement de conscience (ca veut dire quoi ca d’ailleurs? je croyais que le monde etait cynique et que tout le monde se fout de tout le monde, c’est pas ce que tu laisse un peu entendre dans ton article?) mais par réel emphatie au vu des images que les medias nous ont montrés.


La charity buzzness ne marcherait pas si on n’avait pas encore un fond charitable en nous. Meme si evidemment on est tellement habitué a voir des gens crever sur nos ecrans (ou sur nos trottoirs) qu’il nous faut la grosse opération de com pour qu’on donne mais au final ya encore de la mobilisation, ya encore des dons sinceres, ya encore des iniatives altruistes qui existent et heureusement.

heureusement a l’heure actuelle pour les noirs du tier monde, dont on se contrefout d’habitude, qui habitent haiti.


Apres y’a peut etre plein de chose, de causes qui meriteraient notre aide financiere avant que ca pete avant qu’une catastrophe arrive mais rien ne t’empeche de nous faire une serie d’article dessus pour nous “eclairer” hein.

(essaye avec la planete, l’ecologie toussa et tu vas voir comment on va te repondre cyniquement que “on est pas vraiment menacé” “que t’es une rabat joie qu’essaie de faire fliiper et donner MAUVAISE CONSCIENCE aux autres” jusqu’au jour ou un truc tres moche se passe et ou on sortira le chequier)


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