Ça fait trois mois que je piétine et que je compte les jours pour voir ce film. Depuis que j’ai vu l’affiche quelque part (je ne sais plus où), je me sens comme hypnotisée par cette affiche qui, d’un coup d’œil graphique, est très réussie, et qui d’un point de vue poétique n’a pas son pareil grâce au travail effectué pour imager la fumée. Je voudrais derechef pousser un coup de gueule contre la RATP qui, au nom de la loi Évin, a complètement bousillé l’affiche. Je vous assure, ce n’est pas la même chose…
Et comme beaucoup de personnes semblent être aussi impatientes que moi, Joann Sfar, dessinateur de son état, nous a apporté une petite mise en bouche, comme une verrine au saumon, à l’avocat et au chèvre frais. Il ne pouvait en effet se contenter de faire bêtement un film – aussi raccord avec son univers fantasmagorique soit-il – sur sa vision de Gainsbourg, il fallait qu’il partage cet univers sur papier.
C’est pourquoi Joann Sfar a également sorti Gainsbourg (hors champ), pour aider les impatients à se familiariser avec le film. C’est un gros ouvrage (plus de 300 pages pour une BD !) qui raconte ce que l’on peut considérer comme le scénario du film, avec une énorme partie de director’s cut. En gros, Joann Sfar raconte le film, mais aussi ses impressions sur les acteurs, la manière dont il les fait travailler, son certain parti pris quant à la construction d’une certaine fantasmagorie autour du personnage de Serge Gainsbourg.
Et le moins qu’on puisse dire, c’est que si la BD est tirée de l’expérience du film, alors Gainsbourg [Vie héroïque] est un projet extrêmement ambitieux. Il est évident que le dessin de Joann Sfar est particulier. En gros, il a toujours su cultiver une lecture de l’âme de ses personnages de par la manière de les représenter. Les personnages qui semblent lui tenir le plus à cœur sont ceux qui ont une lecture de la vie assez optimiste : il leur dessine des yeux d’enfant. Prenons l’exemple du Petit Prince : Joann Sfar a décidé de représenter Antoine de Saint-Exupéry avec le visage fermé tant qu’il n’avait pas compris la profondeur du Petit Prince, qui est toujours dessiné comme un enfant. Pour finir, le visage de Saint-Exupéry devient bouleversant sous le dessin de Joann Sfar, car il a retrouvé sa confiance dans la beauté du monde.
Le projet du film est en effet ambitieux, car l’univers de Joann Sfar est complexe. Ses albums, en particulier Gainsbourg (hors champ), donnent la part belle à une certaine interprétation de la lumière, mais aussi à l’inclusion dans les histoires de personnages farfelus. Je me demande dès lors comment Joann Sfar peut intégrer dans Gainsbourg [Vie héroïque] les personnages qui représentent tout l’univers des rêves de Serge Gainsbourg. Certes, la technique cinématographique permet beaucoup de choses à l’heure actuelle (en témoignent Qui veut la peau de Roger Rabbit, Sin City ou encore Avatar), mais j’ai peur que l’intégration de ces personnages dans un film ne rompe le charme qui pourrait en découler.
En tout cas, au cas où le film n’est pas terrible, la bande dessinée, quant à elle, comble tous les espoirs confiés à Joann Sfar dans ce projet. À la semaine prochaine pour savoir si le film est à la hauteur…
posté le 15/01/2010 | 1266 vues | 2 commentaires | tags: vie héroique serge gainsbourg joann sfar BD ciné livre Culture
@Rose : Casta, je dirais même bien au contraire. D’après ce que j’ai vu de la bande-annonce, elle a l’air d’incarner une caricature de Bardot. Mais Bardot, en soi, est une caricature. Vediamo cosi se dice…
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En attendant la sortie du film, j’ai vu et revu la bande-annonce, j’ai écouté la bande originale, que je trouve vraiment pas mal d’ailleurs. Toi qui parlais de Vian et Gainsbourg dans ton article précédent sur le film, je sais pas si tu l’as écoutée celle-là mais elle rend vraiment bien ! –> http://www.deezer.com/listen-5060613
Ceci étant dit, quelque chose me tracasse, m’angoisse même, bien plus que mes partiels de janvier : le jeu des acteurs, notamment celui de Laëtitia Casta. Erreur monumentale de casting à mon avis. Mais je ne vais pas crier haro sur le baudet tout de suite.