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Avatar : la 3D, où l’on voit les méfaits de l’empathie

Ce soir, comme beaucoup de gens, je me suis rendue dans une salle de cinéma pour aller voir Avatar. Arrivés avec le petit groupe devant la caisse à 19h10 (pour la séance de 20h40, voyez le délire…), la caissière prenait sa pause et nous prévient que pour les deux séances (20h20 et 20h40, soit 400 places), il ne restait que 30 places. À nous tous, on en prenait 14… Donc on avait bien fait de se poster devant la caisse et de s’agripper aux verres. Vous vous doutez bien que les 30 places ont été vite prises, au vu de la queue de ceux qui avaient déjà réservé dès 19h30 dans le cinéma, et celle tout aussi nombreuse qui venait emplir le hall.

Avatar : la 3D, où l’on voit les méfaits de l’empathieLe pitch d’Avatar est simple, voire simpliste. C’est l’histoire, dans un futur hypothétique, d’un marine devenu hémiplégique, dont le frère jumeau mort était chercheur en physique, qu’on envoie sur la planète Pandora remplir la mission de ce frère. À savoir étudier les habitants du lieu, les Na’Vi, tous bleus et avec plein de valeurs écologico-morales à l’intérieur. Pour ce faire, il intègre l’équipe d’une chercheuse en biologie qui a crée les Avatars pour communiquer avec les Na’Vi et a adopté leur mode de pensée. Problème : la planète Pandora, et notamment l’habitat Na’Vi, est rempli d’un minerai très précieux dont l’exploitation nécessite que les gentils extraterrestres virent leur derrière. D’où la présence de l’armée américaine sur Pandora et un conflit larvé.

James Cameron est quand même doué. Il a dû réalisé huit films dans sa carrière, en battant à chaque fois des records depuis 1984 et le premier Terminator (qui est quand même son deuxième film…). Depuis, il a tourné la suite d’Alien (1986), Abyss (1989), Terminator 2 : le jugement dernier (1991), True Lies (1994), Titanic (1997) et enfin Avatar.

À chaque fois, la technique semble primer sur le scénario. Il a la manie de tout faire péter, de voir tout en grand, pour raconter des histoires inhérentes à chaque humain : le questionnement des ascendants par les descendants sur les conséquences de leurs actes (la saga Terminator), la confrontation à l’étranger (Aliens, Abyss), l’amour face au quotidien et à ses dangers (True Lies, Titanic). La thématique d’Avatar est d’autant plus universaliste en 2009 que nous sortons du sommet de Copenhague et que notre relation à la nature n’a jamais été autant remise en question.

De ce point de vue, je comparerais Avatar au premier épisode de La Guerre des Étoiles en 1977. Certes, ce n’est pas le premier film de synthèse, ni en 3D diffusé dans les salles de cinéma. Mais les spectateurs semblent ressentir la même émotion en sortant. À savoir une histoire qui leur paraît irréelle, voire féérique, par les images, mais tellement proche de leur questionnement. Comme les chanceux de 1977, je me suis dit que j’aurai vécu les balbutiements d’un nouveau genre de cinéma.

Personnellement, je l’ai vu en 3D, et je n’ai pas apprécié. Étant empathique et souffrant de claustrophobie et de vertige, je peux vous dire que j’ai douillé. J’ai quitté la salle il y a deux heures, et j’ai encore le tournis. Durant toute la projection, j’ai oscillé entre maux de tête, nausées et crises de larmes (ça c’est normal, certains passages sont très émouvants). Cela m’a presque gâché le plaisir et l’émerveillement du spectacle.

C’est en effet un vrai bonheur de sentir une interaction avec l’écran. À force d’être ancrés dans la culture de l’image, nous ne ressentons plus la même émotion que ceux qui ont découvert le cinéma en 1895. Notre cerveau est imbibé d’images depuis notre plus tendre enfance.  Le fait d’être intégré au cœur de l’image est à la fois une vraie prouesse technique et un danger : à force d’aller de plus en plus loin au cœur du virtuel, j’ai peur que l’humanité perde toute notion de réalité.

Qu’importe la technique, quand une histoire est belle, elle trouvera toujours un écho dans l’humanité. Et si c’était tout simplement cela, Avatar ?

7 Responses to “Avatar : la 3D, où l’on voit les méfaits de l’empathie”

  • On m’en parle trop, j’ai peur d’y aller, maintenant. Merde. Il a pourtant l’air génial, ce film.

  • En 3d c’est cool sauf, que passé 30 minutes t’as les yeux qui piquent.
    Le scénario est creux, la thématique tellement d’actualité, ce film est téléphoné.

    C’est braveheart dans l’espace avec des gens bleu en 3D.

    Par contre niveau spéctable (pour 13€) ça en vaut le détour ça c’est clair.Un bon divertissement.

  • @Bake, t’es mimi, mais je disais justement que James Cameron, s’il est scénariste de ses films, n’est pas partisan du moindre effort. Il semble que le film le plus élaboré qu’il ait fait sur le plan scenaristique, c’est “True Lies”, et encore, c’est une reprise de “La Crise”…

  • je suis d’accord avec vous toutes …le scénario est simpliste , en plus il nous colle encore une histoire d’Amour avec un grand A , celle que nous les filles nous ne vivrons jamais , en tous cas pas comme Neytiri et son Amour inconditionnel pour jake et lui son attachement total à ses propres valeurs ,,, pour cela c’est simpliste mais je les envie moi ses “héros” des temps modernes.
    La critique écolo est elle aussi facile et la transposition à la réalité se fait instinctivement , bon d’accord M Cameron nous dépeint une réalité noire ou blanche alors que nous tout est gris ici… mais le gris parlons en : de ceux et celles qui ont vu ce film n’avez vous pas eu une boule dans la gorge en voyant notre ” monde” réel à la sortie du film ,, un sentiment de frustation : ” ah oui nous c’est seulement ça ” une périphérie de ville grisâtre, une métropole des immeubles , des agressions publiciataires à tous les coins de rue ou ne poussent ni fleurs ni arbres séculaires,ou ne vivent aucun peuple rempli de convictions profondes à plus de 1000km à la ronde ? Et c’est là la magie eternel du cinema nous faire rêver l’espace d’un moment , et avec Avatar j’ai rêvé !

  • MademoiselleK

    Sortir de la salle fût plutôt un grand soulagement de mon côté.
    Très bien fait MAIS effectivement complètement téléphoné, absolument pas original ni révolutionaire au niveau de l’histoire et de ce monde ‘imaginaire’…J’ai simplement été vraiment déçue…

  • perso je rejoints Gael. Evidemment on peut critiquer, evidemment c’est pas Tetro, evidemment c’est grand public, facile, téléphoné, simpliste…
    Mais techniquement quelle claque, graphiquement quel univers ! Et puis soyons clair c’est du grand Cameron, avec ses defauts et ses excès. Mais Titanic aussi c’était téléphoné, grandiloquent, arrosé d’eau de rose. Et pourtant ce film va rester dans les annales du cinéma.
    Pourquoi faudrait il bouder son plaisir et se surprendre a rever un peu (oui, à rever de l’amour des contes de fée, à la magie tout ça…), à rever beaucoup ! Entre nous la couleur est annocée dès l’affiche. Amies prosaïques il fallait passer votre chemin si vous n’étiez pas pretes à vous laisser emporter ! ;-)

  • @Mag : Quelle claque techniquement, certes, mais sur le plan éthique, ça me pose quand même des questions sur l’avenir du cinéma, des média et à terme de la société. Car il faut bien savoir que la société du XXe siècle a fortement été influencée par le cinéma, puis la télévision, quant à son contenu philosophique. Je me demande jusqu’où on peut représenter la réalité, et surtout quel sens désormais donner à la réalité quand on peut la représenter par le biais du virtuel.

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