Ladies Room - Le quotidien des filles a la page

25. mai 2012

Mot de passe oublié

Josso

Une neige cotonneuse et rĂ©gulière tombe calmement sur ma ville et je me dis qu’il est peut-ĂŞtre temps, Ă  moins d’une semaine de cette date fatidique, de cĂ©der enfin Ă  l’esprit de NoĂ«l et de raconter quelque anecdote liĂ©e Ă  cette pĂ©riode si particulière du calendrier occidental.

 

Mais, surprise, la rĂ©flexion qui m’envahit semble a priori n’avoir rien Ă  faire avec les rĂ©unions familiales et les sapins dĂ©corĂ©s. La voici : depuis que je suis Ă©tudiante, les vacances de NoĂ«l ont souvent Ă©tĂ© des moments critiques dans ma vie sentimentale, qui est par ailleurs plutĂ´t calme et dont elles ne sont donc nullement reprĂ©sentatives. Voici de quoi le prouver.

 

NoĂ«l 1998. Ma première annĂ©e d’Ă©tudes. Depuis quelque temps, je suis irrĂ©sistiblement attirĂ©e par un mystĂ©rieux jeune homme - appelons-le Alfred - qui fait tout pour susciter mon intĂ©rĂŞt. Nous partageons six heures de cours par semaine. L’avant-veille des vacances, lors de la soirĂ©e organisĂ©e par notre promotion, il m’a dĂ©libĂ©rĂ©ment ignorĂ©e pendant deux heures avant de remarquer mes incroyables dons de danseuse et de se rapprocher de moi, le regard intense et les mains tendues. Pour le faire baver Ă  mon tour, j’ai flirtĂ© sous ses yeux avec quelqu’un d’autre. Depuis, je ne pense plus qu’Ă  lui et il en sera ainsi pendant les deux longues semaines que je passe loin de l’universitĂ©, sans savoir que dans quelques jours Ă  peine, il sera enfin Ă  moi.

 

NoĂ«l 1999. Je suis une cĂ©libataire endurcie depuis plusieurs mois maintenant ; mon histoire avec Alfred n’a pas durĂ©, pas plus que deux ou trois autres après elle. La veille des vacances, je sors boire et danser avec une amie Ă  moi et, contre toute attente, malgrĂ© ma tenue honteusement estudiantine et mon maquillage plus qu’approximatif, je suis la seule des deux Ă  attirer les regards de la moitiĂ© mâle de la salle. L’un de ces regards en particulier, appelons-le Basile, va se montrer plus insistant que les autres. Basile a presque dix ans de plus que moi, il est beau comme un coeur et pendant les quatre mois Ă  venir, il va devenir mon principal initiateur sexuel (mes seules expĂ©riences furent jusqu’alors partagĂ©es uniquement avec des garçons de mon âge, pleins de bonne volontĂ© mais pas toujours très compĂ©tents en la matière).

 

NoĂ«l 2000. C’est Ă  nouveau dans un bar, et Ă  nouveau avec la compagne de danse et de beuverie de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente que je repère un jeune homme Ă  qui je semble beaucoup plaire. C’est rĂ©ciproque mais quand la soirĂ©e se termine, je ne connais de lui que son prĂ©nom, disons Carl, et le quartier oĂą il habite. Je me suis interdit de lui en demander plus parce qu’Ă  l’extĂ©rieur du bar, mon officiel du moment, nommons-le Denis, m’attend dans le froid et la neige pour me ramener chez lui. Je passe les vacances avec en tĂŞte les regards de Carl et mes sentiments pour Denis, que j’ai adorĂ© pendant plusieurs mois, sont en train de s’Ă©tioler sĂ©rieusement. Je romps avec lui par tĂ©lĂ©phone (presque dix ans plus tard, je n’en suis toujours pas fière) et j’Ă©chafaude un plan pour retrouver Carl au plus vite. Ce dernier Ă©chouera mais me permettra de rencontrer un autre Carl qui sera ma première vraie grande histoire d’amour depuis le lycĂ©e.

 

NoĂ«l 2001. Une des pĂ©riodes les plus perturbĂ©es de ma vie sentimentale. Pour faire bref, disons simplement que je me suis bĂŞtement amourachĂ©e d’Eloi, un voisin Ă  moi, et que je me suis auto-persuadĂ©e qu’un jour, ce serait rĂ©ciproque. En fait, ce ne le sera jamais et je comble ce vide en multipliant les rencontres sexuelles sans signification. Par ailleurs, je fume beaucoup trop, je ne mange pas assez et sur les photographies de ce NoĂ«l-lĂ , je suis anormalement fine et menue.

 

NoĂ«l 2002. Alfred a rĂ©apparu dans ma vie depuis des mois et cette fois, l’anecdote est devenue une vĂ©ritable histoire d’amour. Malheureusement, il Ă©tudie Ă  l’Ă©tranger depuis le dĂ©but de l’annĂ©e universitaire et j’ai eu le malheur de faire une - en rĂ©alitĂ©, deux, mais il ne connaĂ®t pas la deuxième - bĂŞtise avec un ancien amant. Il se montre incroyablement dur et mĂ©prisant, ce qui est sans doute une manière de masquer sa douleur, pour me faire payer cette bĂŞtise. Il ne me pardonnera en fait pas rĂ©ellement avant le mois de juillet suivant. Les fĂŞtes de NoĂ«l, qui devraient ĂŞtre si douces et calmes, sont donc pour moi un long chemin de croix.

 

NoĂ«l 2004. L’annĂ©e prĂ©cĂ©dente a Ă©tĂ© calme : j’Ă©tais encore avec Alfred, les choses s’Ă©taient arrangĂ©es et NoĂ«l s’est bien passĂ©. Mais cette fois, Alfred et moi, c’est dĂ©finitivement terminĂ©. Juste avant NoĂ«l, une tornade a dĂ©barquĂ© dans ma vie : un garçon de mon âge nommĂ© Fanfan qui s’est invitĂ© dans mon coeur, a tout rasĂ©, est restĂ© une semaine et parti sans crier garde. De ma vie, je n’avais jamais Ă©tĂ© aussi maltraitĂ©e par un homme. A NoĂ«l, mon moral est au plus bas et Ă  nouveau, ma silhouette s’est incroyablement amincie sans que personne ne se demande exactement pourquoi. En mĂŞme temps, j’ai dĂ©cidĂ© de sĂ©duire une autre personne, un certain Gaspard qui m’attire depuis bien avant Fanfan et dont je veux faire mon lot de consolation. J’y parviendrai en effet en janvier, mais dans des conditions si pitoyables que cette aventure ridicule m’enverra directement chez le psy, qui dĂ©crĂ©tera sans me surprendre qu’il me faut travailler en prioritĂ© sur… mes relations avec les hommes/

 

Ici s’achève la liste de mes NoĂ«ls sentimentalement infects. Depuis 2005, la personne qui les peuple est toujours la mĂŞme et jamais elle ne m’a fait souffrir. C’est peut-ĂŞtre ça, le vĂ©ritable esprit de NoĂ«l.

 

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Derniers commentaires

 

Tu Ă©cris : “Jamais cette personne ne m’a fait souffrir”. Si vous ĂŞtes dĂ©jĂ  4 ans ensemble, ça compte !

Aimer, c’est pourtant plus que “ne pas faire souffrir”, du moins est-ce ainsi que je conçois l’amour. Aimer, c’est dĂ©jĂ  se rĂ©jouir de la simple prĂ©sence de l’autre, se sentir vibrer intĂ©rieurement rien qu’au son de la voix de l’autre. C’est se sentir valorisĂ© par l’admiration de l’autre. Se savoir sous la protection de l’autre et se sentir apaisĂ©.


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